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13H29 - mardi 21 juin 2011

Les cahiers d’espérances, ou de la démocratie en économie

mardi 21 juin 2011 - 13H29

 

Les États généraux de 1789 eurent leurs cahiers de doléances, les États généraux de l’Économie sociale et solidaire (ESS) ont leur Cahiers d’espérances. Lancés en octobre 2010 par le Labo de l’ESS, près de quatre cents cahiers ont été écrits par des individus, des associations, des entreprises, des acteurs de l’ESS .

Le processus est une démonstration de démocratie. En effet, chacun pouvait écrire un cahier s’il respectait la structure voulue par le Labo. D’abord, il faut s’indigner, attitude devenue caractéristique de tout individu révolté qui se respecte depuis Stéphane Hessel, en passant par les indignés grecs et espagnols. Les rédacteurs critiquent un point de l’économie actuelle, qu’ils estiment injuste, inefficace, ou plein de dysfonctionnements. Par exemple, un membre de la Commission Alternatives d’Attac France dans son cahier intitulé « A l’Attac : ‘Récupérons le travail’ » s’indigne de la récurrence des plans sociaux et de la régression de l’emploi, notamment industriel en France: « Indignation face à un capitalisme prédateur, qui sacrifie l’emploi sur l’autel des actionnaires et de leurs exigences de rentabilité à court terme. Indignation face à des pouvoirs publics qui encouragent le développement de ce capitalisme financier, livrant ainsi leur population aux mains de la finance etc.» Ensuite, pour ne pas en rester aux plaintes et aux revendications dépourvues d’exemples, il faut écrire des propositions concrètes qui font leurs preuves tous les jours. Le même rédacteur évoque la réussite de CERALEP dans les Rhône-Alpes, usine de céramique à capitaux américains qui est devenue une SCOP ( société coopérative de production). Chacun des membres de l’entreprise possède une voix lors des décisions. En outre, les salaires ont augmenté et la société a embauché dix personnes. Ainsi, les acteurs de l’ESS ont eu l’occasion de s’engager, de prendre la parole tout en refusant des solutions utopiques. Sollicitées par le Labo de l’ESS, les chambres régionales de l’économie sociale (CRES) ont accepté de recueillir les cahiers écrits dans leur région. Le CRES d’Auvergne a prévenu les cinq mille acteurs et structures de l’ESS auvergnats de la possibilité d’écrire les Cahiers d’espérances. Il a en reçu cinquante sur les quatre cents écrits en France. Pauline Petot, animatrice économie sociale et solidaire du CRES d’Auvergne explique cette forte mobilisation. Selon elle, les acteurs de l’ESS ont pris conscience que tous réunis, ils deviennent plus influents. Ce point de vue peut s’appliquer à l’ensemble du pays puisque le Labo espérait seulement quarante cahiers et en a reçu dix fois plus. Les thématiques dans lesquelles doivent s’inscrire les cahiers sont une seconde contrainte. Au nombre de dix, elles concernent l’épargne et la finance, le travail et l’entrepreneuriat, la consommation et l’alimentation, le logement et l’habitat etc…Des groupes de travail, aussi appelés groupes de pilotage, ont analysé ces cahiers afin d’en extraire une synthèse des indignations et des propositions réalistes et pertinentes. Ces Cahiers d’espérances, accompagnés des « 50 propositions pour changer de cap » écrits par le Labo de l’ESS, alimenteront en idées la campagne présidentielle. En effet, le Labo souhaite faire de l’Économie sociale et solidaire un enjeu des élections de 2012.

Le procédé initié par le Labo est démocratique parce qu’il laisse la parole non seulement aux acteurs de l’ESS, mais à tous ceux qui sont indignés par l’économie actuelle et qui ont des propositions à partager. En effet, nombre de thématiques concernent les problèmes de la vie quotidienne et ne requièrent pas de connaissances très techniques en la matière. Le débat n’est donc pas confisqué par des experts. De plus, les idées développées ont été expliquées et débattues auprès du public lors d’ateliers aux États généraux de l’ESS. Enfin, quand on évoque la démocratie, on pense souvent à la politique. Or, la démocratie n’est pas seulement un régime politique. Elle est aussi un mode de décision, un mode de gestion. En ce sens, l’entreprise peut être gérée de manière démocratique, via les SCOP. La démocratie est également un type de société qui valorise l’égalité conçue comme l’équité sociale, comme le règne des semblables. L’économie sociale et solidaire lutte contre les inégalités sociales et salariales trop importantes, souhaite le droit réel au travail et soutient des projets à forte utilité sociale. Elle développe ainsi une société démocratique.

 

Vivien Rebière