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05H24 - vendredi 20 mai 2011

Conséquence inattendue de la crise grecque : l’exode vers la campagne

vendredi 20 mai 2011 - 05H24

Un an après l’appel à l’aide de la Grèce, le phénomène des néo-ruraux ou paléo-urbains s’intensifie en terre hellénique selon le quotidien Ekathimerini. Une reconversion du secteur agricole qui a pour principal objectif  de surmonter le plus longtemps possible la crise, mais peut-être pas durablement.

L’exode urbain s’accélère en Grèce : de nombreux chômeurs, originaires d’Athènes ou de Thessaloniki, se lancent dans l’agriculture. Ce phénomène, en grande partie lié au désarroi des Grecs, a renversé la tendance : l’agriculture occupait seulement 17 % de la population active de la Grèce en 2000, avant de baisser à 11,33 % en 2008. Un exode rural que le gouvernement hellénique tentait d’endiguer depuis 1981, grâce à l’intégration de la Grèce à l’UE et la mise en œuvre de la PAC (Politique agricole commune). Mission accomplie, puisque les revenus agricoles se sont depuis stabilisés. En période d’austérité grecque,  le secteur primaire redevient donc une valeur sûre, avec 551 000 « employés » ou « chefs d’entreprises » prêts à remuer ciel et terre pour gagner leur vie.

L’agriculture hellénique profite de la crise

Les Grecs apprennent désormais à vivre avec moins d’argent, sous le contrôle de l’Europe et du Fond Monétaire International (FMI). Certains se reconvertissent. L’emploi dans le secteur agricole a ainsi profité de la crise économique en Grèce, enregistrant une hausse de 7% ces deux dernières années. Ces chiffres contrastent avec un chômage ayant atteint un triste record de 15,9% en février. « C’est une évolution importante compte tenu des perspectives négatives dans le tourisme et le commerce», a indiqué une étude de la Confédération des agriculteurs grecs, publiée dans le quotidien Ekathimerini.

Alors que l’activité agricole était classée dans la catégorie « situation précaire » avant la crise, la création de 38000 emplois pérennes dans ce secteur a changé la donne. Les néo-ruraux grecs se recrutent surtout chez les 45-64 ans, qui quittent d’autres secteurs de l’économie en crise. Ils sont instruits, ils veulent des formations. Certes, ils gagnent modestement leur vie ou complètent leurs revenus « juste pour un temps », mais ils ont changé l’image de l’agriculture en Grèce, et ce définitivement.

Un « retour à la terre » durable ?

Reste à connaître l’impact de l’essor de l’agriculture grecque sur l’environnement. La pression croissante qu’exercent ces activités économiques sur le patrimoine naturel n’est pas sans conséquences. Surtout que la Grèce fait partie des quatre pays de l’OCDE qui n’ont pas encore soumis leur Stratégie et leur plan d’action nationaux pour la biodiversité.

Instaurer un cadre d’action détaillé pour la protection des espèces et des
écosystèmes ou favoriser une économie agricole locale : la question n’est plus de choisir, mais d’agir en faveur de ces deux piliers. Même en temps de crise.

Alice Muntz-Portal pour www.green-eyes.fr

SR : Noemi Carrique et Camille Dumas