
À l’occasion du 95e Congrès des Départements de France, organisé du 14 au 16 octobre à Reims, la colère monte chez les présidents des conseils départementaux. Face aux nouvelles restrictions budgétaires envisagées par le gouvernement, les élus locaux dénoncent une politique qui menace directement leur capacité à agir au service des Français. Et cette fois, ils semblent décidés à ne plus se laisser faire.
À la tête de Départements de France, François Sauvadet, par ailleurs président de la Côte-d’Or, ne mâche pas ses mots. « L’État est littéralement en train de nous faire les poches », accuse-t-il. Selon les calculs de l’association, les mesures annoncées pour le PLF 2027 représenteraient près de 1,87 milliard d’euros de prélèvements et de crédits supprimés. À cela s’ajoute la disparition du fonds de sauvegarde de 600 millions d’euros, qui avait permis de soutenir 58 départements en difficulté. Une véritable douche froide pour des collectivités dont les dépenses sociales ne cessent d’augmenter.
Car les départements sont en première ligne. RSA, protection de l’enfance, accompagnement des personnes âgées, handicap, collèges, routes départementales ou encore financement des pompiers : leurs responsabilités sont considérables. Les dépenses sociales représentent désormais 70 % de leurs budgets, contre 54 % il y a dix ans. Et pendant que l’État décide de nouvelles obligations, ce sont les collectivités qui doivent trouver les moyens de les financer. Une situation devenue intenable pour une partie croissante du territoire.
Des élus locaux qui refusent de payer les erreurs de l’État
Le paradoxe est saisissant. Alors que l’État peine à maîtriser ses propres dépenses, il demande aux départements de contribuer à la réduction du déficit public. François Sauvadet estime que 34 départements pourraient désormais se retrouver sous le seuil critique de 7 % de marge brute. Derrière ces chiffres, ce sont des investissements retardés, des routes moins bien entretenues, des collèges fragilisés et des services publics de proximité menacés.
Dans la Marne, son président Jean-Marc Roze envisage même un gel des investissements pendant un an. Un signal particulièrement inquiétant, qui montre que la crise ne concerne plus uniquement les départements les plus fragiles. Même des collectivités réputées bien gérées et peu endettées commencent à devoir faire des choix douloureux.
Mais cette fronde dépasse largement les seules questions financières. Les présidents des départements réclament une véritable révolution dans les relations entre l’État et les territoires. Ils dénoncent la centralisation excessive des décisions, l’empilement des structures administratives et l’absence de concertation avec ceux qui connaissent les réalités du terrain.
Pourquoi Paris devrait-il décider de tout, alors que les élus locaux sont souvent les mieux placés pour répondre aux besoins de leurs habitants ?
À Reims, les départements entendent donc présenter leur propre feuille de route, à travers un « pacte de Reims ». Parmi leurs revendications figurent des financements pérennes, une meilleure compensation des dépenses sociales, une réforme des compétences territoriales et davantage de liberté d’action. Le rapprochement de la gestion des collèges et des lycées, la simplification de l’organisation territoriale ou encore la refonte du financement des services d’incendie et de secours font partie des pistes évoquées.
À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, ce congrès prend ainsi une dimension éminemment politique. Les présidents des départements veulent interpeller les candidats et rappeler une évidence trop souvent oubliée : la France ne se gouverne pas uniquement depuis les ministères parisiens.
La révolte des départements pose finalement une question fondamentale : jusqu’où l’État peut-il imposer ses décisions aux collectivités sans leur donner les moyens de les appliquer ? Il serait temps que le pouvoir central comprenne que les départements ne sont pas de simples variables d’ajustement budgétaire. Ils sont l’un des derniers remparts de la promesse sociale du modèle français, particulièrement dans cette France rurale et péri-urbaine qui a trop souvent le sentiment d’être abandonnée.
Michel Taube



















