Ainsi le président de Place Publique, l’inexpérimenté mais cependant talentueux Raphaël Glucksmann, a-t-il largement gagné ce dimanche 11 octobre 2026, avec plus de 66 % des votes en sa faveur, les primaires organisées, à gauche, en vue de désigner le candidat de la « social-démocratie » aux élections présidentielles, en France, de 2027. Un triomphe, donc, pour celui que je vis naguère jouer en courte culotte dans l’appartement de son père, feu mon ami André Glucksmann, cet intellectuel de haute volée qui, malgré quelques notoires errements sur le plan politico-idéologique, passant allègrement de l’extrême gauche, maoïste, à la droite néolibérale, atlantiste, fut aussi, au niveau philosophique, le remarquable auteur, notamment, d’un essai, intitulé « Les Maîtres Penseurs », qui fit date, en même temps que la non moins fameuse « Barbarie à visage humain » d’un certain Bernard-Henri Lévy, dans la seconde moitié des années 1970.
Ce fut par ailleurs là l’époque de ceux que l’on désignait alors, erronément, sous l’abusive mais très médiatique étiquette de « nouveaux philosophes », à propos desquels j’ai moi-même écrit par la suite un livre ayant pour titre, renvoyant explicitement là au plus célèbre des ouvrages du grand Emmanuel Kant, « Critique de la déraison pure – La faillite intellectuelle des ‘nouveaux philosophes’ et de leurs épigones » (Editions François Bourin/Les Pérégrines, 2010).
LA DEMISSION D’OLIVIER FAURE DE SON POSTE DE PREMIER SECRETAIRE DU PS
Mais, pour en revenir au sujet qui nous occupe aujourd’hui, concernant le bien plus jeune Raphaël Glucksmann, ce que son éclatante victoire lors de cette primaire (quoique un peu plus de 140.000 votants représente un chiffre encore très faible au regard de la population française en sa totalité) signifie aussi paradoxalement, et peut-être par-dessus tout, c’est l’inexorable déclin, à gauche au sein de l’échiquier politico-idéologique français, du Parti Socialiste en tant que tel puisque son officiel premier secrétaire, Olivier Faure, arrivé deuxième dans cette même primaire, n’aura à peine recueilli que 14% des votes. Quant aux trois autres candidats, dont deux d’entre eux, Ségolène Royal et Jérôme Guedj, sont pourtant des piliers – des éléphanteaux, faudrait-il dire, à l’aune des plus anciens – de ce même PS, mieux vaut laisser choir sur leur résultat un voile charitable, en les taisant élégamment, tant leur score final s’avère médiocre, voire pitoyable.
C’est dire si, confronté à cette énorme gifle, Olivier Faure, qui eut le cruel mérite (l’oxymore est ici de mise) d’organiser cette primaire, en mauvais stratège qu’il est depuis bien trop longtemps maintenant, devrait démissionner, honorablement, de son poste de premier secrétaire de ce même PS !
LA MORT DES DEUX PRINCIPAUX PARTIS – PS ET LR –AU SEIN DU TRADITIONNEL ECHIQUIER POLITICO-IDEOLOGIQUE FRANÇAIS ET LE DANGER DE LFI
La principale erreur, il n’y a guère si longtemps, de ce PS désormais, et inéluctablement, moribond ? Sa coupable alliance, au sein de l’usurpé (par rapport à l’originel Front Populaire de Léon Blum) et donc très mal nommé « Nouveau Front Populaire » (NFP), avec « La France Insoumise » (LFI) d’un extrémiste, démagogue patenté et antisémite notoire, ennemi déclaré de la Ve République avec sa mise en cause des institutions, son refus du vote démocratique lorsqu’il ne lui convient pas, ses constants appels à l’insurrection populaire et ses suspectes accointances avec l’islamisme radical, tel que l’inénarrable mais dangereux, et hélas puissant à l’heure actuelle, Jean-Luc Mélenchon !
Morale de la fable ? Après la double mort des principaux partis, que ce soit la gauche républicaine (PS) ou la droite républicaine (LR), c’est aussi tout le centre de l’échiquier politico-idéologique français, et le macronisme en premier lieu, qui est en train de vaciller, sinon de disparaître, laissant ainsi grand ouvert, pour les prochaines présidentielles justement, un boulevard pour les deux extrêmes : LFI à l’extrême gauche et le RN à ce que d’aucuns nomment encore l’extrême droite !
SUFFRAGE UNIVERSEL ET PAIX CIVILE A L’AUNE DE LA DEMOCRATIE : EVITER, A LA FRANCE, L’APOCALYPSE D’UNE NOUVELLE TERREUR POLITICO-IDEOLOGIQUE, SINON SOCIOLOGIQUE
Car, qu’on se le dise une bonne fois pour toutes, c’est là aujourd’hui la principale leçon historique de ces dernières années : les Français, qui ont l’esprit révolutionnaire depuis 1789, n’aiment guère les tièdes ; ils finissent même, avec le temps, par en avoir la nausée et, finalement, les vomir, tel le Christ de l’Apocalypse selon Saint-Jean (chapitre III, verset 16).
Reste à espérer, et c’est là mon vœu le plus cher tant j’aime ma patrie littéraire, philosophique et intellectuelle, que la France, déjà en proie à la violence ces jours derniers, ne connaîtra pas prochainement l’apocalypse, précisément, d’une guerre civile, si d’aventure le RN gagnait effectivement les présidentielles de 2027 comme le laissent supposer les sondages, au sanguinaire visage de la Terreur d’autrefois (1792-1793) : terrorisme, et non seulement intellectuel, mais aussi politico-idéologique, sinon sociologique, dont LFI semble parfois encore aujourd’hui se délecter outrageusement, pour le malheur des authentiques démocrates, avides seulement, quant à eux, de tolérance, sagesse, dignité humaine, respect d’autrui et donc, en leur plus haut et noble sillage éthique, du suffrage universel, sans lequel il n’est point de paix civile, ce précieux bien pour l’humanité tout entière, qui vaille ni ne tienne à long terme !
DANIEL SALVATORE SCHIFFER*
*Philosophe, professeur d’esthétique et de philosophie de l’art, spécialiste de la Renaissance et du dandysme, auteur d’une cinquantaine de livres, dont « La Philosophie d’Emmanuel Levinas – Métaphysique, esthétique, éthique » (Presses Universitaires de France), « Oscar Wilde » et « Lord Byron » (Gallimard-Folio Biographies), « Divin Vinci – Léonard de Vinci, l’Ange incarné », « Gratia Mundi – Raphaël, la Grâce de l’Art », « La Constellation Dante – Le chant du Sublime », « (Editions Erick Bonnier), directeur de plusieurs ouvrages collectifs, dont « Repenser le rôle de l’intellectuel (Editions de l’Aube) et « L’humain au centre du monde – Pour un humanisme des temps présents et à venir. Contre les nouveaux obscurantismes » (Editions du Cerf). A paraître : « Machiavel, le Prince des humanistes » (Editions Erick Bonnier).
















