Edito
14H46 - mercredi 14 octobre 2026

Sophie de Menthon, fondatrice de J’aime ma boîte : « Les Français aiment leur entreprise, mais les politiques et les médias ne le disent jamais ! »

 

Sophie de Menthon, fondatrice de J’aime ma boîte : « Les Français aiment leur entreprise, mais les politiques et les médias ne le disent jamais ! »

À l’occasion de la 24e édition de « J’aime ma boîte », organisée jeudi 15 octobre, Sophie de Menthon, qui vient de publier « Mais qui a bien pu décider ça ? » (Ed. Eyrolles), défend une conviction : malgré le climat politique et économique, les Français restent profondément attachés à leur entreprise. Selon une enquête IFOP, 72 % des personnes interrogées déclarent aimer leur boîte, une proportion qui atteint 76 % chez les jeunes. La fondatrice de cette initiative revient sur près d’un quart de siècle de mobilisation, dénonce le pessimisme ambiant et interpelle les responsables politiques sur leur rapport au monde de l’entreprise. 

 

Opinion Internationale : vous organisez, ce jeudi 15 octobre, la 24e édition de « J’aime ma boîte ». Dans le contexte actuel, est-ce encore un événement que les Français ont envie de célébrer ? 

Sophie de Menthon : je suis particulièrement heureuse de cette 24e édition, car aujourd’hui, nous avons 72 % des Français qui disent : « J’aime ma boîte ». Est-ce que vous vous rendez compte ? 

L’une de nos seules lueurs d’espoir en ce moment, c’est justement la fête de l’entreprise ! J’espère que tous ceux qui nous lisent vont symboliquement fêter leur entreprise. C’est fondamental pour l’ambiance de l’entreprise, pour témoigner qu’on s’intéresse à ce que l’on fait. Cela peut être un café, un pique-nique général ou n’importe quelle initiative conviviale. 

Depuis 24 ans, les Français aiment de plus en plus leur entreprise et que l’entreprise gagne. Les patrons sont plus appréciés que les politiques, les syndicats ou les journalistes. 

J’ai la faiblesse de croire que je compte un peu dans cette évolution. 

 

 

Et depuis 2002, quelle est la tendance pour l’image des entreprises ? 

La première année où j’ai voulu demander aux Français s’ils aimaient leur boîte, l’institut de sondage ne voulait pas réaliser l’enquête. On me disait : « Madame, on ne peut pas demander aux gens s’ils aiment leur entreprise. » 

J’ai insisté pour qu’on leur pose la question. Huit jours après, ils m’ont rappelée, stupéfaits : nous avions un très beau chiffre, 66 %. Cela a baissé certaines années, mais aujourd’hui, nous sommes à 72 %. 

C’est ce qui me porte.  

D’autant que cette année, nous avons une situation épouvantable. Les jeunes sont dans la rue, il y a le chômage, on ne peut pas augmenter nos salariés tellement nous sommes taxés, tellement il y a une différence entre le brut et le net. Et pourtant, 72 % disent : « J’aime ma boîte ». C’est la seule lumière en ce moment. 

  

C’est surtout un paradoxe français, non ? Ce sondage de l’IFOP semble aller à contre-courant du discours ambiant sur les entreprises. Comment expliquez-vous ce décalage ? 

C’est absolument incroyable. Nous sommes en train d’être manipulés par des politiques, par des médias, par un pessimisme général et par des syndicats aussi. 

Il y a quelque chose de très intéressant dans ce sondage. On nous dit que les jeunes ne veulent pas travailler, qu’ils n’aiment pas le travail. Vous savez quoi ? Ce sont eux qui aiment le plus leur boîte à 76 % ! 

 

Sophie de Menthon, fondatrice de J’aime ma boîte : « Les Français aiment leur entreprise, mais les politiques et les médias ne le disent jamais ! »

Pourquoi les jeunes sont-ils attachés à leur entreprise alors qu’on les présente souvent comme une génération en rupture avec le travail ? 

Je pense que le logiciel qui domine les esprits est faux. 

D’abord, dans les médias, on ne parle plus que des drames.  

D’ailleurs, on va parler de « J’aime ma boîte » grâce à vous, qui êtes un homme concret, positif et intelligent ! 

 

Mais moi je suis chef d’entreprise avant tout et mon business, je n’ai pas peur de le dire, c’est « le commerce des idées »… et des solutions ! Formule inventée au Siècle des Lumières. Et les idées gouvernent le monde.

Mais beaucoup me disent qu’on ne peut pas parler de l’entreprise en ce moment, parce qu’on ne s’intéresse qu’à ce qui va mal. 

Quant aux jeunes qui manifestent, je pense qu’ils sont manipulés. Mais la vérité, c’est qu’ils sont beaucoup plus exigeants. Ils aiment le travail, mais ils ne veulent rien sacrifier de leur vie. 

 

« J’aime ma boîte », ce n’est donc pas seulement une fête des dirigeants. Les salariés sont au cœur de votre démarche ? 

Ce sont les salariés et les patrons qui font la boîte ! 

 

Toujours dans ce paradoxe français, l’épargne salariale et même l’actionnariat salarié se développent. Pourtant, le discours politique laisse entendre que la France est toujours enfermée dans une lutte des classes, avec les entrepreneurs d’un côté et les salariés de l’autre. Comment analysez-vous cette contradiction ? 

L’actionnariat salarié est très intéressant. Nous avons posé une question : « Seriez-vous plus motivé si vous étiez actionnaire ? » 55 % répondent oui. 

Et en même temps, que fait le gouvernement ? Il taxe l’épargne. Il a décidé d’aller taxer l’épargne salariale, et surtout les actionnaires de l’entreprise, même les petits actionnaires salariés. 

 

Cette 24e édition intervient alors que la prochaine élection présidentielle approche. Y a-t-il un message politique dans « J’aime ma boîte » ? 

Je vais vous dire quelque chose : les Français s’en foutent de plus en plus de la politique.

Mais oui, il y a un message politique dans « J’aime ma boîte ». C’est que les Français trouvent que leur patron serait bien meilleur pour gérer la France. 

Et mon message politique, c’est qu’il n’y a pas un candidat qui parle de l’entreprise. 

 

Il y a tout de même quelques responsables politiques qui défendent les entrepreneurs… 

À peine ! Il y a David Lisnard, il y a Sarah Knafo, qui n’est pas candidate. 

Écoutez les débats à la télévision. Vous avez entendu le mot « entreprise » prononcé dans le débat des socialistes ? À part pour dire qu’il faut taxer, on ne parle pas de l’entreprise. 

 

Les entrepreneurs sont-ils unis pour faire entendre leur voix ou celle des rares politiques qui les défendent ? Par exemple, David Lisnard était absent du grand débat de rentrée organisé par le MEDEF à la REF.

C’est bien dommage et je l’ai fait remarquer. Et d’ailleurs, Patrick Martin m’en a beaucoup voulu. 

Patrick Martin a organisé un tête-à-tête entre David Lisnard et Fabien Roussel, le dirigeant communiste, pour compenser le fait que David Lisnard n’était pas au grand débat. 

J’ai trouvé cela scandaleux. 

 

Les organisations patronales soutiennent-elles cette édition de « J’aime ma boîte » ? 

J’ai le soutien d’Amir Reza-Tofighi, qui est le patron de la CPME rebaptisée à bon escient Les entrepreneurs. Il m’a fait une magnifique vidéo, alors qu’il est malade. Il est formidable. 

En revanche, Patrick Martin a refusé cette année de soutenir « J’aime ma boîte ». 

 

Pour cette édition, vous avez choisi une boussole aux couleurs de la République comme symbole. Très beau choix ! Pourquoi une boussole ? 

En préparant cette édition, j’ai entendu quelqu’un dire : « Mais les Français perdent la tête ! » 

Et du tac au tac, j’ai répondu : « Eh bien, l’entreprise, c’est la boussole qui vous évite de perdre la tête ! Et la France a sérieusement besoin d’une boussole pour avancer dans les tempêtes qui s’annoncent. »

 

Propos recueillis par Michel Taube 

Michel Taube

Le Pen condamnée mais présidentiable : l'humiliation ou la justice face aux politiques. L'édito de Michel Taube
Directeur de la publication