Opinion Eco & Entrepreneurs
19H06 - mardi 2 avril 2024

Dette publique : on n’a pas tout essayé pour la réduire. La chronique de François Perret

 

Un drôle d’anniversaire. Il y a 50 ans disparaissait Georges Pompidou et avec lui toute une époque… Le président Valéry Giscard d’Estaing prenait les manettes du pays fin mai 1974. Le premier choc pétrolier venait de sonner le glas, fin 1973, des prospères années de l’après Seconde Guerre mondiale, emportant avec lui le temps béni d’une gestion harmonieuse des finances publiques.

Car 1974 fut la toute dernière année où la France réussit à clôturer un exercice budgétaire par un excédent annuel. En cinquante ans (1974-2024), aucun gouvernement– de droite comme de gauche- n’y est plus parvenu. De sorte que, de déficit en déficit, la dette publique a fini par devenir exponentielle, avec une pointe à plus de 3 088 milliards d’euros au dernier trimestre 2023.

En cause, une croissance annuelle des dépenses publiques qui excède systématiquement le rythme de création des richesses nationales (avec à la clé, un déficit de 5,5% l’an dernier contre 4,9% initialement budgétés).

Et c’est un peu panique à bord aujourd’hui. Car le Titanic France aperçoit déjà l’iceberg de la faillite sans vraiment donner l’impression d’être en mesure de le contourner. Non que la France n’apparaisse plus en capacité d’emprunter pour financer la marche courante de son État. Mais avec des taux d’obligations assimilables du Trésor (OAT) à dix ans remontés à plus de 3%, la charge de la dette ronge année après année notre capacité à faire les investissements nécessaires à la préparation de notre avenir. Quand la France s’apprête à devoir régler une charge annuelle de sa dette qui devrait s’élever à plus de 52 milliards d’euros en 2024, elle ne parvient d’un autre côté qu’avec la plus grande peine à consacrer une dizaine de milliards de plus (63,6 milliards en tout) pour financer la modernisation de son appareil éducatif national !

Ça ne peut plus durer comme ça ! Non seulement parce que les règles européennes de déficit et d’endettement, suspendues depuis la pandémie de Covid-19 et la crise en Ukraine, sont partiellement réactivées en 2024, mais parce que notre pays est à la merci des agences de notation. Le 26 avril prochain, Moody ‘s et Fitch actualiseront la note de la France. Et toute dégradation de celle-ci entrainerait sur les marchés une remontée presque automatique des taux auxquels l’État emprunte.

Le président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, l’a dit sans mâcher ses mots au début du mois de mars à l’occasion de la publication du rapport annuel des Sages de la rue Cambon : « nous sommes au pied du mur, nous ne pouvons plus différer l’effort, nous l’avons longtemps fait ». Une alerte bien entendue par Bruno Le Maire, qui s’est fendu d’une annonce d’un plan d’économie de 10 milliards. Une goutte d’eau par rapport aux quelque cinquante milliards réclamés par ailleurs par la Cour pour la période 2025-2027.

A-t-on tout essayé pour baisser la dépense publique ? Beaucoup de gouvernements se sont indéniablement cassé les dents en s’attaquant aux flancs du mammouth. Mais avec une fonction publique qui continue de grossir, et sans apporter toute la démonstration nécessaire que la croissance des administrations entraîne un mieux-être du citoyen de cet État très « protecteur », il est encore permis de s’interroger sur la bonne taille de l’effectif. Sans tomber pour autant dans le piège d’appauvrir les départements qui doivent continuer d’agrandir leurs rangs (Éducation Nationale, Santé, Défense…) afin de préparer l’avenir.

Comparaison n’est pas raison, nous dit-on. Mais ignorer qu’avec une politique volontariste, nos amis canadiens étaient parvenus à réduire de 15% l’effectif de leur administration publique fédérale entre 1994 et 1999, nous exposerait à un procès en aveuglement. D’autant qu’un collectif de hauts fonctionnaires français – « Les Gracques »- avait, pour sa part, proposé lors de la campagne présidentielle de 2022 une stratégie visant à réduire de 250 000 postes le nombre d’emplois publics (4,4% de l’effectif global), avec à la clé une économie estimée à terme de 13 milliards d’euros par an.

Messieurs les ministres de l’Économie et de la fonction publique, et si on se plongeait dans ce grand bain froid mais assurément vivifiant de la discipline RH côté public ?

 

François PERRET

Economiste, professeur affilié à ESCP-Business School, vice-président du think-tank Etienne Marcel, et auteur de « Non. Votre salaire n’est pas l’ennemi de l’emploi ! Vaincre l’austérité salariale, c’est possible » (éd. Dunod)

 

Retrouvez l’entretien vidéo avec  François Perret : « Pour vaincre l’austérité salariale, il faut augmenter les compétences pour faire décoller les rémunérations ».