Edito
08H13 - lundi 25 mars 2024

Tsunami africain au Sénégal : le populiste de gauche Bassirou Diomaye Faye prochain président de la République. L’édito de Michel Taube

 

 La vague anti-Francaise, islamisante et populiste qui balaie l’Afrique frappe Dakar tel un tsunami violent. Et là ce n’est pas un coup d’Etat comme en Guinée, au Mali, au Burkina-Faso ou au Niger qui fait la décision mais le vote démocratique de l’une des plus vaillantes démocraties d’Afrique francophone.

Certes, ce vote est en partie tronqué : à cause du Ramadan, le taux de participation serait en très forte baisse par rapport à l’élection présidentielle de 2019, les personnes âgées étant restées à leur domicile ou à la mosquée l’après-midi. Pire, le pouvoir sortant et le président Macky Sall ont installé un climat de violence politique incessante depuis trois ans, suscitant des manifestatons fortement réprimées (jamais le Sénégal n’avait connu ces dizaines de morts parmi des manifestants), faisant de leurs opposants des bouc-émissaires et des victimes faciles d’un pouvoir déliquescent et autoritaire. 

Ainsi, le candidat de l’opposition au pouvoir sortant, Bassirou Diomaye Faye, poulain du leader Ousmane Sonko, chef du parti des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), était encore en prison il y a dix jours, avec son mentor. Et leur libération a soulevé un mouvement de liesse dans tout le pays qui annonçait le résultat de dimanche.

Résultat : Bassirou Diomaye Faye est donné largement en tête et pourrait être élu dès le premier tour de scrutin. Amadou Ba, premier ministre sortant et candidat du parti au pouvoir, est donné nettement en retard et pourrait, – on ne le saura que dans quelques jours – disputer un second tour hautement improbable.

Le vrai vainqueur est évidemment Ousmane Sonko, petit Mélenchon sénégalais, dont les flirts avec l’islamisme et une volonté de rupture, – notamment avec la France ? -, ont séduit de nombreux jeunes et les classes populaires.

Le « candidat du changement de système » et d’un « panafricanisme de gauche » va donc devenir le 5ème président de la République du Sénégal. Ah elles sont loin les années Sédar Senghor !

Pour l’heure, il faut espérer que la société civile sénégalaise, les chefs d’entreprises, les diasporas sénégalaises, la France, comme premier partenaire historique du Sénégal, grand pays francophone, aideront le nouveau pouvoir en place à modérer ses visées aventurières. Dans l’intérêt des jeunes Sénégalais autant que du rayonnement de l’Afrique dans le monde.

 

Michel Taube

 

Directeur de la publication