Edito
11H15 - vendredi 18 août 2023

Bormes-les-Mimosas ou le vain appel d’Emmanuel Macron à la jeunesse ? L’édito de Michel Taube

 

Source : Instagram Elysée

Depuis 2018, Bormes-les-Mimosas, belle commune du Var, est devenue le théâtre du rituel de pré-rentrée d’Emmanuel Macron. Une pré-rentrée en mode historique pavée hier de l’annonce d’un nouveau “chemin de mémoire” pour célébrer les 80 ans des débarquements qui ont conduit à la capitulation du nazisme en 1945. 

“Chemin de mémoire” : c’est ainsi que s’appellera la longue déambulation mémorielle qui commencera en octobre avec la libération de la Corse, se poursuivra en 2024 avec les commémorations des débarquements de Provence et de Normandie et se ponctuera en 2025 par la fin de la seconde guerre mondiale. 

C’est la deuxième fois depuis sa première élection à la tête de l’Etat qu’Emmanuel Macron rencontre la grande histoire : il s’était déjà délecté en 2017-2018 de la déambulation mémorielle de la Grande Guerre dans le nord et l’est de la France, savamment orchestrée à l’époque par Joseph Zimet.

En cette pré-rentrée 2023-2024, et dans cet exercice de style qu’il délecte tant, Emmanuel Macron a voulu délivrer un message d’espérance, se tournant plus particulièrement vers la jeunesse. Insistant sur le caractère collectif de la liberté fièrement conquise par nos aînés, il a appelé les jeunes à une forme de sursaut pour affronter l’avenir.

A quelle jeunesse s’adressait Emmanuel Macron ? Celle des quartiers enflammés de nos 533 communes touchées par les émeutes de fin juin et début juillet ? Cette génération perdue de la République l’a-t-elle seulement écouté ? Le compte Tik Tok du chef de l’Etat n’a même pas relayé son discours de Bormes-les-Mimosas. 

Sur le compte Instagram d’Emmanuel Macron, la présidence a publié un carrousel dont l’objectif est certainement de toucher une audience plus jeune et connectée. On peut toujours espérer qu’ils seront des centaines de milliers à liker ! Puis à vouloir s’engager !

S’engager ? Que valent les plus belles phrases en politique lorsque l’action n’est pas au rendez-vous ? A son passif, le président de la République avait justement suscité en 2017 beaucoup d’espérance en promettant que toute une classe d’âge vivrait cette expérience de liberté et de formation collective avec le service national universel (SNU), sorte de redéfinition plus moderne du défunt service militaire.

Six ans plus tard, et malgré les efforts de beaucoup de macroniens comme Sarah El Haïry partie vers un autre dessein, celui de la biodiversité, les beaux discours de Bormes-les-Mimosas cachent mal l’échec d’ambition du SNU dont seulement quelques dizaines de milliers de jeunes profitent. Elle est bien loin la classe d’âge mobilisée dans cette expérience unique et si formatrice du devoir collectif que pourraient apporter six mois ou un an sous les drapeaux ou les couleurs de la République.

En écoutant hier le chef de l’Etat insister sur les enjeux de la jeunesse, nous nous sommes rappelés cette réflexion au lendemain du traumatisme des émeutes de juillet : si tous ces jeunes partaient à l’armée pendant un an, beaucoup de ces mauvaises graines pourraient être transformées et sauvées pour la République.

Allez, Monsieur le président, puisque fin juillet vous avez annoncé une grande initiative politique pour la rentrée, osez ponctuer votre adresse à la jeunesse de Bormes-les-Mimosas par un grand appel à rétablir le service militaire ! Alors, vos paroles lyriques inspirées de la grande histoire trouveront une traduction présente audacieuse à la hauteur des défis titanesques de notre époque.

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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