Edito
15H02 - vendredi 20 janvier 2023

Le Pen à Dakar et la France délaissée dans la rue : cet autre plafond de verre pour la leader de la droite nationale. L’édito de Michel Taube

 

Hier 19 janvier, les deux finalistes de l’élection présidentielle étaient à l’étranger pendant que la France des villes et des champs était dans la rue. Un symbole de plus de la fracturation de la société française entre ses élites politiques et les Français.

Certes, Emmanuel Macron était invité de longue date en Espagne pour la signature d’un important traité d’amitié et de coopération entre la puissance ibérique et la France. De quoi jeter les bases d’une Europe méditerranéenne comme alternative à une Europe politique en état de mort cérébrale à Bruxelles.

La présence au Sénégal de Marine Le Pen interroge aussi sur sa stratégie de banalisation poussée jusqu’en Afrique. A quand un voyage à Alger pour la fille de son père ?

Pour Marine Le Pen, son absence de Paris est plus délicate à justifier. La leader du Rassemblement National a construit tout sa crédibilité politique sur la question sociale, réussissant à capter l’électorat populaire comme ni les communistes ni la droite républicaine ni Eric Zemmour ne savent plus le faire.

Mieux, c’est la France des ruralités et des villes petites et moyennes qui a largement voté Le Pen en 2022 puis élu 89 députés RN. Et c’est cette même France qui est très largement descendue dans les rues de France hier : c’est dans les petites villes que les cortèges syndicaux et citoyens ont été les plus massifs.

Or dans les manifestations sociales hier contre la réforme des retraites, Marine Le Pen n’était pas la bienvenue. Laurent Berger, patron de la CFDT, a été très clair, – et c’est tout à son honneur -, en refusant d’inviter le RN à défiler derrière les cortèges syndicaux avec les autres forces politiques. Chez Force ouvrière (FO) certes, il existe des passerelles politiques avec la droite nationaliste. Mais la digue syndicale tient pour le moment.

La réalité est que ce plafond de verre syndical pour Le Pen, ce refus des syndicats de toute présence de la leader de la première force politique de France qui défende pourtant la retraite à 60 ans (et quelques entorses) n’est que le reflet de cette autre réalité : ce sont les forces de gauche, devenues minoritaires en France, qui ont défilé hier. Les cortèges étaient surtout composés de fonctionnaires et d’agents d’entreprises et d’administrations des services publics.

Qu’elle se rassure, Le Pen a beau être absente des manifestations, elle n’a pas besoin d’être sur les pavés : elle récolte sans bouger les fruits de la colère sociale. En 2019, juste après le mouvement des gilets jaunes, et alors même que Mélenchon et consorts avaient récupéré et happé ce mouvement citoyen et apolitique au départ, le Rassemblement national avait fait un carton aux élections européennes et les Insoumis avaient essuyé une cuisante défaite.

Car les classes populaires votent Le Pen plus encore que Mélenchon et c’est donc ce dernier qui a été éliminé du premier tour de la présidentielle. Et c’est pourquoi plus la crise économique et sociale se creusera, plus Le Pen pourra espérer atteindre en 2027 la barre fatidique des 50,01% des suffrages exprimés à l’élection présidentielle. Dans le landernau parisien, beaucoup en sont convaincus.

Les couches populaires ne croient pas dans les solutions ultra-étatistes, immigrationnistes et faussement internationalistes des Insoumis. Elles préfèreront, par dépit, par colère, par résignation, se jeter dans les bras du nationalisme populiste que leur propose Marine Le Pen, présente ou non dans les rues de France pour dénoncer la réforme des retraites.

Retraite à 64 ans ou pas, pavés sous la plage ou non, Mélenchon roulera toujours pour Le Pen…

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Directeur de la publication

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