Edito
18H56 - mercredi 5 octobre 2022
Iran

Le jour où le régime iranien fut mis au ban des nations. L’édito de Michel Taube

 

La nouvelle révolution iranienne – Hector

Imaginons un instant…

Ce jeudi 6 octobre 2022 à 18h : réunis à Prague pour un Sommet de l’Union Européenne élargi à 17 pays du continent européen, destiné à jeter les bases de la Communauté politique européenne (belle opportunité), les 27 dirigeants européens, rejoints en vidéo conférence par leurs homologues du G7 et quelques membres du G20, annoncent solennellement le rappel de tous leurs ambassadeurs en poste à Téhéran et la convocation le lendemain des ambassadeurs iraniens dans leurs capitales respectives.

Joe Biden annonce dans la foulée la suspension de toute discussion sur le nucléaire tant que les femmes iraniennes n’auront recouvré leur droit de vivre librement.

Le lendemain, vendredi 7 octobre 2022 à 12h, le Prix Nobel de la paix est attribué aux femmes iraniennes et à Salman Rushdie pour son œuvre « libre, audacieuse et en rien hostile à quelque religion que ce soit ». Dans ses attendus, l’Académie appelle le régime de Téhéran à lever toute poursuite, tout appel au meurtre contre l’écrivain qui a survécu à un énième attentat en août dernier* e à libérer toutes les femmes et les manifestants qui ont été arrêtés depuis trois semaines.

A 16h, les Fédérations nationales de football professionnel et amateur du monde entier annoncent qu’elles protègeront les onze joueurs de l’équipe masculine de foot iranienne qui ont apporté leur soutien au mouvement des femmes et qu’elles demanderont l’exclusion de l’Iran de la coupe du monde au Qatar au cas où il leur arrive quoi que ce soit.

A 18h enfin, Elon Musk, Mark Zuckerberg, Sundar Pichai, en présence de Larry Page (exceptionnellement sorti de sa discrétion légendaire) et des dizaines de patrons de Licornes du net annoncent, pour contrer la censure et la chape de plomb que le régime des mollahs essaie d’imposer sur le peuple iranien, le déploiement d’un système de communication alternatif qui permettra aux Iraniennes de continuer à communiquer entre elles et avec le reste du monde.

En vingt-quatre heures, un des régimes les plus oppressifs et les plus puissants du monde, se retrouve ainsi isolé de la communauté internationale. En vingt-quatre heures, les femmes iraniennes se sentiraient pousser des ailes et verraient leur mouvement universel gagner leur rapport de force.

Le début d’une nouvelle révolution ? Un nouveau Norouz pour le peuple iranien ?

Dans cette mini fiction, il y a des vérités déjà à l’œuvre : les VPN et la mobilisation de milliers d’internautes permettent d’atténuer les effets de la censure. Mais sur le plan politique, que fait l’Europe ? Que fait Macron ? Hier, Joe Biden, pourtant entouré de partisans de la mollesse voire de compromissions avec Téhéran, s’est indigné du sort fait aux femmes en Iran et a décidé à s’engager fermement. Bravo Monsieur Biden !

Quid de l’Europe ? Le 20 septembre, quatre jours après la mort de la jeune Mahsa Amini, Emmanuel Macron rencontrait Ebrahim Raïssi, le président de la République iranienne, lors de l’Assemblée Générale de l’ONU à New-York. Certes, c’est le rôle de la France, sa singularité, son rayonnement, de discuter avec tout le monde, même avec le diable. Mais qu’ont fait les diplomates occidentaux depuis le déclenchement de cette colère du peuple iranien ?

Jeudi 6 et vendredi 7 à Prague l’Europe a une opportunité unique de peser sur le sort de la crise qui secoue en profondeur un régime d’autant plus oppressif qu’il est de plus en plus coupé et isolé de son peuple. Le régime est probablement comme son « Guide » l’ayatollah Khamenei : à bout de souffle !

Au moment où monte la protestation mondiale contre la violence, où une répression grandissante s’abat sur les femmes iraniennes, mais aussi sur les étudiants, les universitaires qui sont arrêtés en masse, au moment où la fantastique diaspora iranienne dans le monde se mobilise comme jamais, au moment où tout le pays (dans les plus petites villes, dans les régions les plus reculées), est gagné par la contestation, au moment où les Iraniens, en Iran et dans la diaspora, n’ont plus peur de dénoncer les travers, la corruption et la censure d’un régime moyenâgeux, aidons les femmes iraniennes à écrire leur histoire !

« Liberté, égalité, fraternité » : la France a une belle devise. Les femmes iraniennes ont un slogan tout aussi universel, il est leur devise : « femmes, vie, liberté ».

 

Michel Taube

 

*Nous avons l’honneur d’être co-auteur d’un ouvrage collectif initié et coordonné par Daniel Salvatore Schiffer : « Penser Salman Rushdie » à paraître le 10 novembre aux éditions de l’aube avec le soutien de la Fondation Jean Jaurès.

 

 

 

 

 

 

 

Mesdames, Vous, femmes d’Iran, vous avez lancé le mouvement de votre liberté et vous êtes en train de faire votre révolution iranienne !

Comme vous, des actrices, des citoyennes du monde entier, découpent une mèche de leurs cheveux en signe de solidarité.

Pourquoi les femmes seraient seules à couper leurs cheveux ?
 
C’est pourquoi Nous, les hommes du monde entier, sommes avec vous ! Nous aussi nous découpons une mèche de nos cheveux ! Et chaque mois s’il le faut, nous le ferons, femmes et hommes, jusqu’à votre victoire !

Nous partageons votre devise : « Femmes, vie, liberté » !

Votre révolution est la nôtre !

You, women of Iran, have stood up for your freedom! You are making your Iranian revolution!

Actresses, and many women across countries, following your symbolic act, have cut a lock of their hair as a sign of solidarity.

It should not be only women who cut their hair!

That is why we, men from across the world, are also going to stand with you! We will also cut a lock of our hair!

We, women and men alike, will continue to do so once every month until your victory!

And we chant with you:

Women, life, freedom!

Your revolution is also our revolution!

 

Notre édito politique sur le manque de réaction des dirigeants politiques dans le monde : https://www.opinion-internationale.com/2022/10/05/le-jour-ou-le-regime-iranien-fut-mis-au-ban-des-nations-ledito-de-michel-taube_108665.html

 

La vidéo des actrices du cinéma français, initiée par Richard Sédillot, avocat, Julie Couturier, Bâtonnière de Paris, et Christiane Feral-Schuhl, l’ancienne présidente du Conseil national des barreaux.

 

 

Directeur de la publication