Edito
14H20 - lundi 25 avril 2022

Macron réélu : et si on en prenait pour 20 ans ? L’édito de Michel Taube

 

 

A quoi pensait Emmanuel Macron en fermant les yeux sur la Marseillaise lors de son seul meeting du premier tour à La Défense [notre photo] ?

Trois semaines plus tard, Emmanuel Macron a donc réussi son pari fou (rappelons-nous les crises des gilets jaunes et des retraites, la parenthèse Covid) : être réélu et achever son OPA sur la droite et la gauche de gouvernement. Et désormais pour longtemps. Le président n’a que 44 ans et s’il ne pourra être candidat à sa succession en 2027, il pourrait alors désigner son Medvedev français (Edouard Philippe ?) et revenir en 2032 pour une nouvelle décennie. Bref un quart de siècle sous le règne d’Emmanuel Macron ? C’est aujourd’hui envisageable ! Macron, un mélange de Jupiter et de Louis XIV (bon, ce dernier régna 72 ans).

Car Emmanuel Macron a-t-il seulement le choix ? Son destin personnel épouse désormais celui de la France. Même s’il a eu la sagesse de ne pas annoncer la couleur hier soir (contrairement à Jacques Chirac qui avait annoncé dès le soir de sa victoire de 2002 la création de l’UMP), Emmanuel Macron aura du mal à résister à la tentation de créer un parti unique d’extrême-centre, un grand parti, ou une grande maison commune, brassant très large, des derniers transfuges de LR façon Eric Woerth aux socialistes socio-démocrates en déshérence. Bon nombre de députés sortants d’En Marche doivent trembler pour leur investiture car Emmanuel Macron, qui supervisera lui-même les derniers arbitrages, devra donner des gages à ses nouveaux alliés.

Face à la macronie triomphante (bon, il est vrai que Macron avait le triomphe modeste hier), les extrêmes s’organisent : Mélenchon d’un côté, Marine Le Pen de l’autre, rêvent d’une cohabitation. Les sondages « sortie des urnes » en prêteraient l’intention aux Français.

Alors Macron serait réélu le 24 avril 2022 et il écoperait d’une majorité d’opposition le 19 juin ? Cette hypothèse est hautement improbable mais plusieurs conditions la rendraient possible : si la gauche plurielle se reconstitue autour des Insoumis (processus déjà bien entamé dans les coulisses avec les Verts et les communistes), elle peut rêver de constituer un groupe politique d’opposition très puissant. Quant à la droite nationaliste, si Marine Le Pen et Eric Zemmour ne s’entendent pas (c’est l’impression que la championne du RN donne depuis le soir du premier tour contrairement à son rival de Reconquête), elle risque de pâtir de ses divisions internes… malgré une France à droite. Pour dire les choses autrement, si le RN et Reconquête ne s’entendent pas, ils vont être laminés aux législatives.

Ensuite, il faudrait que les abstentionnistes, les votes blancs et nuls décident d’aller voter les 12 et 19 juin ! Ce qui n’est pas gagné ! Puisque seuls les candidats à la députation réunissant 12,5% des suffrages exprimés pourront se maintenir au second tour des législatives, il faudrait que bien plus que 50% du corps électoral se déplace aux législatives. Les mécontents, les déçus de la politique, les désaffiliés feront-ils le pas pour infliger à Macron une défaite de troisième tour ?

L’arbitre des élégances sera la situation économique conjoncturelle : le 24 avril, les Français qui disent avoir du mal à finir les fins de mois ont voté largement Marine Le Pen. L’inflation, l’explosion des taux d’intérêts, la crise économique mondiale et notamment en Chine (la Bourse de Paris a ouvert en baisse ce matin) pourraient faire basculer bon nombre de Français dans l’aventure !

Macron sous cohabitation pour cinq ans ? De quoi lui laisser le temps de désigner son dauphin et de préparer son retour en 2032 ! Imaginez : dans dix ans, Emmanuel Macron n’aura que 54 ans !

 

Michel Taube

 

RDV mardi 3 mai pour le Live du Mardi avec Opinion Internationale

Je m’inscris Mardi 26 avril à 19h sur Zoom : bilan de l’élection présidentielle / Débat « Solutions pour la France « Faut-il créer un McKinsey public au sein de l’Etat ? » avec Patrick Pilcer, Philippe Latombe et des décideurs engagés au coeur de l’actualité.

 

Directeur de la publication

Refonder ? L’édito de Michel Taube

Emmanuel Macron, comme tout bon communiquant, a l’art d’abuser des mots : il promit la « révolution » en 2016 dans son livre de candidat à l’élection présidentielle. Voici qu’il lance demain le Conseil National…
Michel Taube