Edito
06H50 - vendredi 22 avril 2022

Marine Le Pen souvent en phase avec les Français. Et pourtant… L’édito de Michel Taube

 

 

Si l’on en croit plusieurs études sur l’état de l’opinion, Marine Le Pen pourrait, voire devrait être la prochaine présidente de République. Elle est en phase avec la majorité des Français, au-delà de sur ses sujets traditionnels : certes, le pouvoir d’achat est devenu la question prioritaire, mais les Français sont aussi majoritairement pour la restriction de l’immigration, la lutte contre l’islamisme et ses symboles (le voile), le rétablissement de l’autorité de l’État…

En outre, la majorité des Français sont, comme Marine Le Pen, hostiles au libéralisme triomphant, sans toutefois prôner le collectivisme ou ce qui s’en approche. Ils n’aiment guère « l’Europe de Bruxelles », mais ne veulent pas sortir de l’Union européenne, à l’image de la cheffe du RN, qui laisse croire qu’elle dictera sa loi aux 26 autres pays de l’Union, et leur imposera une Europe des nations qui, à la première divergence, se révélerait être celle des nationalismes et des égoïsmes concurrentiels.

Marine Le Pen veut incarner une forme de nationalisme social débarrassé de la tyrannie du marché, de la bureaucratie de Bruxelles et de la mondialisation.  

Le discours de la candidate nationaliste tend à se structurer, comme les mesures qu’elle avait notamment égrenées lors de sa conférence de presse du 12 avril à Vernon (Eure), puis lors du débat face à Emmanuel Macron. Certes, les lacunes demeurent nombreuses, mais sur les questions régaliennes et institutionnelles, le positionnement a le mérite d’être identifiable. Aux classiques thèmes du FN/RN, dame Le Pen ajoute une réforme institutionnelle faisant la part belle au référendum.

Cette présidentielle est bien l’opposition des rejets (voir notre édito du 12 avril), et celle d’Emmanuel Macron est intense, en particulier dans l’électorat de Jean-Luc Mélenchon, aujourd’hui considéré comme arbitre du scrutin. Quel paradoxe que cette présidentielle : la France penche idéologiquement à droite, et Éric Zemmour fut la grande vedette du début de campagne. Et voilà que c’est la gauche et ses thématiques qui dictent le tempo du second tour. Emmanuel Macron risque d’être perçu comme le président des riches dans un pays qui compte de plus en plus de pauvres. Et Marine Le Pen, héritière d’une extrême droite née sur les ruines du régime de Vichy, ne se dit même plus de droite.

Lors du débat du second tour, Marine Le Pen, soucieuse de cultiver sa « présidentialité », s’est montrée étonnamment réservée dans l’attaque du bilan d’Emmanuel Macron : sur le Covid, la France est à peine dans la moyenne des pays comparables, ceux de l’OCDE en particulier. Sur le chômage, l’amélioration, par ailleurs largement subventionnée, ne parvient pas à faire reculer significativement le chômage de masse. Emmanuel Macron se vante de réindustrialiser le pays alors que le déficit commercial a explosé depuis cinq ans. L’administration est toujours, et même plus que jamais, une étouffante usine bureaucratique, la simplification promise n’étant pas au rendez-vous. À l’école, les « pédagogues » sont encore omniprésents et le « pas de vague » règne sur les questions de laïcité. Quant à la sécurité, la police, la justice, l’immigration, l’islam politique, les actions n’ont jamais été à la hauteur des discours. Ce n’est pas parce qu’Éric Zemmour n’a pas tenu la route, victime de ses propres égarements comme de la conjoncture, que ses thèmes de campagne ont disparu des préoccupations des Français. Ils sont aujourd’hui portés par Marine Le Pen, mais avec une détermination atténuée par les clins d’œil à l’électorat mélenchoniste.

La déception que suscite Emmanuel Macron, qui se voulait le Kennedy français en 2017, déception qui dégénère souvent en rejet et parfois en haine, conduit un nombre croissant d’électeurs à se dire que cette fois, on peut essayer Marine Le Pen, candidate pour la troisième fois, et qu’Éric Zemmour comme l’amour des chats de sa concurrente ont rendu presque fréquentable. Oui, Marine est à bien des égards en phase avec la majorité des Français.

 

Entre le moins bon le pire…

Pourtant, malgré les échecs et les renoncements du sortant, à commencer par la laïcité travestie en vent soufflé dans les voiles de l’islam politique, Marine Le Pen est la promesse du pire, non seulement parce qu’elle manque de nuance dans sa volonté de canaliser et limiter l’expression religieuse.

D’abord, contrairement à ce qu’elle a parfois pu laisser entendre, Marine Le Pen n’exclut pas un « Frexit » par référendum : la semaine dernière, lors de sa conférence de presse sur les institutions et la démocratie, elle a explicitement avoué que le retrait de l’Union Européenne n’est pas une question « existentielle » (selon ses propres termes).

Pour mettre en place son programme, Marine Le Pen devra tôt ou tard s’affranchir de l’UE et de l’Euro. Que croit-elle ? Qu’il lui suffirait de téléphoner à Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (que certains voient future Première ministre d’Emmanuel Macron) pour qu’on accorde chaque année à la France une ligne de 200 milliards d’euros de crédit gratuit ?! Comme Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen croit qu’elle va dicter ses règles à l’Europe (Mélenchon croit même pouvoir les imposer à la terre entière). On peine à croire à tant de naïveté ou d’incompétence. C’est du mensonge, de la mystification, de la supercherie.

Si l’escroquerie européenne que propose la cheffe du RN suffit à la discréditer, tant d’autres promesses intenables, d’autres attitudes autoritaires interrogent sur ses compétences et sa sincérité, sa conviction démocratique aussi.

Ouvrons les yeux : Emmanuel Macron n’a pas un bon bilan. Sa défaite ne serait pas ce que les footeux appellent un match volé. Mais puisqu’au second tour, il est d’usage d’éliminer, l’heure est venue de s’y coller. C’est l’UMPS, comme disait Marine Le Pen, contre les gaucho-facho pour ne pas dire les nationaux – socialistes. C’est aussi l’Europe imparfaite contre le parfait naufrage économique, culturel et moral. La cheffe du parti issu de la collaboration avec le régime de Vichy, Marine fille de Jean-Marie, et qui ne l’est pas seulement restée biologiquement, ne peut décidément incarner la France.

 

Michel Taube

 

 

RDV mardi 26 avril pour le Live du Mardi avec Opinion Internationale

Je m’inscris Mardi 26 avril à 19h sur Zoom : bilan de l’élection présidentielle /Débat Solutions pour la France « Faut-il créer un McKinsey public au sein de l’Etat ? » avec Patrick Pilcer, Philippe Latombe et des décideurs engagés au coeur de l’actualité.

 

Directeur de la publication

Refonder ? L’édito de Michel Taube

Emmanuel Macron, comme tout bon communiquant, a l’art d’abuser des mots : il promit la « révolution » en 2016 dans son livre de candidat à l’élection présidentielle. Voici qu’il lance demain le Conseil National…
Michel Taube