Edito
06H27 - mercredi 20 avril 2022
France

Que le spectacle commence ! L’édito de Michel Taube

 

À ma gauche (centrée ou décentrée) : Emmanuel Macron, champion sortant.

À ma droite (extrême) : Marine Le Pen, challenger pour la troisième fois (la septième de la famille).

Le combat sera sans merci. Le vainqueur sera désigné par le grand jury populaire dimanche prochain.

À gauche, donc, un tenant du titre dont les « combats intermédiaires » furent parfois des défaites, certaines humiliantes : raclée aux élections européennes, KO aux municipales… Bon. Macron et LREM, ce n’est pas la même chose, mais tout de même : s’il perd ce combat ultime, son parti disparaîtra.

Le bilan du sortant est mitigé. Son adversaire se chargera de le lui rappeler. Mais l’homme a le regard bleu du séducteur, presque le profil du gendre idéal, poste désormais convoité par Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement. Et puis le bilan, c’est déjà du passé. « J’voudrais bien, mais j’peux point ». La faute au Covid et à la crise ukrainienne, bien sûr. Mais aussi à ces maux qui frappent ce pays béni des dieux, tant ses atouts sont nombreux : bureaucratie, conservatisme, corporatisme…

La réforme des retraites, Emmanuel Macron l’a ratée, tant parce que le projet était une mélasse juridico-administrative aussi indigeste que les protocoles sanitaires de la crise Covid, mais aussi par la faute d’une poignée de privilégiés, pour l’essentiel des roulants de la SNCF et de la RATP, menés par des syndicats extrémistes à la représentativité inversement proportionnelle à leur capacité de nuisance. Il faudra peut-être un référendum pour faire passer une réforme déjà adoptée dans tous les pays comparables interdisant aux syndicats de faire de la politique et de bloquer le pays pendant les vacances. Ils sont fous, ces Gaulois !

Loin à droite, la fille de son père. Tout comme le traitre à la laïcité Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen rase gratis et promet des milliards qu’elle n’a pas. Les sous sont à la banque, mais il s’agit de la BCE, la Banque centrale européenne. Ce n’est pas un chef d’État qui en détient la clé. Donc, soit Le Pen ment grossièrement et se fiche des Français, soit elle doit sortir de l’Union Européenne et de l’euro pour les arroser d’une pluie factice de francs ultra dévalués, ce qui serait un autre mensonge, un désastre économique et une ruine de chacun, donc de (presque) tous.

Rien que pour cela, les jeux devraient être faits, même si le reste est à l’avenant : les relents d’un passé nauséabond qui hante la maison Le Pen, et qui revient à nos narines maintenant qu’ils ne sont plus masqués par le « parfum » zemmourien.

Les Français ne croient pas plus aux promesses qu’ils ne s’intéressent au bilan d’un sortant. Encore que sur quelques questions régaliennes, comme la sécurité et le respect de l’autorité, le président-candidat devra se montrer expert en pirouettes pour faire gober la frugalité de son bilan. Néanmoins, s’acharner pour mettre en exergue ce que nous savons déjà serait une perte de temps pour Marine Le Pen.

En définitive, le fond du débat, pourtant théoriquement essentiel, on s’en fiche un peu, surtout avec des candidats aussi diamétralement opposés. Ce sera le système, avec ses défauts et ses injustices, contre le nationalisme, dont l’histoire nous enseigne à quoi il peut conduire.

Ce que l’on attend, devant notre petit écran, c’est la petite phrase qui déstabilise, l’uppercut qui met KO. Du spectacle, en somme ! On risque d’être déçu. Marine Le Pen a déjà subi un KO, lors du débat de 2017. Bien que piètre débatteuse, elle est chat échaudé craignant l’eau froide. Et en matière de chat, elle semble s’y connaître ! Bien mieux qu’en économie, en tout cas. Son adversaire doit cogner humblement, car ridiculiser la leader nationaliste pourrait être ressenti comme une marque de mépris que d’aucuns considèrent comme un trait de caractère du monarque élyséen.

Pour éviter le pugilat, certains évoquaient une sorte de pacte de non-agression. Et quoi encore ? Manquerait plus qu’on nous serve un débat aseptisé, façon Chirac contre Jospin en 1995. Autant se mater une série sur Netflix ! Ou regarder le mutiplex de la journée de championnat de France de foot qui se jouera au même moment !

Que le meilleur gagne, donc, ou en tout cas… Que la plus mauvaise perde !

 

Michel Taube

 

RDV mardi 26 avril pour le Live du Mardi avec Opinion Internationale

Je m’inscris Mardi 26 avril à 19h sur Zoom : bilan de l’élection présidentielle /Débat Solutions pour la France « Faut-il créer un McKinsey public au sein de l’Etat ? » avec Patrick Pilcer, Philippe Latombe et des décideurs engagés au coeur de l’actualité.

 

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