Edito
15H56 - mercredi 16 mars 2022

Votez, citoyens ! L’édito de Michel Taube

 

Avec cet édito, Opinion Internationale commence une série d’articles au cœur de l’élection présidentielle : Solutions pour la France, Elys’Art, et dès le 21 mars des interviews vidéos et podcasts de politiques et d’experts.

L’abstention est le cancer de la démocratie. Elle donne corps à cette citation, tantôt attribuée à Jean-Louis Barrault, tantôt à Coluche : « La dictature, c’est ferme ta gueule. La démocratie, c’est cause toujours ! ». Mais vote surtout !

La démocratie, c’est la loi du nombre. Du nombre de ceux qui votent ! Et si les abstentionnistes l’emportent au soir du premier tour, la rupture de confiance entre les élus du prochain quinquennat et le peuple français nous fera encourir des crises à répétition.

Plus que jamais, voter est un devoir citoyen ! N’en déplaise à des Michel Onfray qui depuis des décennies conceptualisent l’abstention ou le vote blanc.

Si l’on ne vote pas, si on laisse les élus — en France l’ELU néo monarchique de la Vème République — n’en faire qu’à leur tête, si l’on se désintéresse de la politique, alors effectivement, le fossé énorme entre dictature et démocratie se réduira inexorablement à une non — alternance : nous n’en sommes même plus à un coup pour toi, un coup pour moi, entre la droite et la gauche, dans une forme ou une autre, une étiquette qui n’indique plus vraiment la véritable composition du produit. Non, désormais, c’est le grand centre incarné par Emmanuel Macron qui risque fort de succéder au en même temps du premier quinquennat.

S’abstenir, c’est aussi ouvrir une voie… royale à la tyrannie des minorités, qui n’est pas un slogan d’extrême droite, mais une réalité que les habitants des municipalités gérées par les Khmers verts depuis les élections de 2020 subissent tous les jours. Les plus déterminés vont voter. En 2020, ce furent les gauchos bobos wokos qui conquirent de grandes villes sur les ruines d’une abstention record. Et qui en avril prochain ?

On peut être blasé par la politique, par les promesses qui n’engagent que ceux qui y croient, par le carriérisme de ceux qui, à leur bénéfice plus qu’au service de l’État, préparent une juteuse reconversion dans le privé, par cynisme, clientélisme, compromissions, reniements, trahisons…

On peut aussi regretter l’entêtement des « vieux » de la politique, et des jeunes nés vieux qui refusent le vote électronique, sur son smartphone, au motif que voter est un acte solennel qui nécessite un cérémonial particulier, et que c’est souvent dans le secret de l’isoloir, à l’ultime, moment, que l’électeur fait son choix. Le propos n’est pas de supprimer les bureaux de vote, mais de prendre acte de ce que le smartphone est une prolongation de la main de tant de personnes, les jeunes en particulier, qui sont aussi ou qui devraient être des citoyens, donc des électeurs. Cet entêtement archaïque participe au très fort abstentionnisme chez les jeunes et les moins jeunes. On déclare et paye ses impôts en ligne, autre acte citoyen essentiel à la vie de tout État.

Contrairement au discours ambiant, s’abstenir les 10 et 24 avril prochains serait d’autant plus regrettable que l’offre politique est plus diversifiée que jamais : deux candidats centristes très « système », Valérie Pécresse (plutôt centre droit) et Emmanuel Macron (plutôt centre gauche), deux candidats nationalistes, Marine Le Pen et Éric Zemmour, une myriade de candidats de gauche, hélas seulement de cette gauche qui a troqué ses valeurs humanistes et républicaines (la laïcité en particulier) pour un multiculturalisme teinté de wokisme, et parfois d’accommodements nullement raisonnables avec l’islam politique, une gauche dominée plus qu’incarnée par Jean-Luc Mélenchon. Il y a aussi Fabien Roussel, candidat communiste qui semble enfin avoir compris que l’immigration massive était l’ennemie du prolétariat. Il n’y a donc que l’embarras du choix, avec une vraie perspective d’un clivage fondamentale, peut-être civilisationnel, que serait un second tour Zemmour-Macron, bien plus ouvert que les actuels sondages le laissent croire. Bon Marine Le Pen, reconnaissons-le, fait preuve de grande résilience ! Son électorat populaire semble rester sensible à son prisme porté plus sur le pouvoir d’achat que sur les questions identitaires. Mais son électorat ira-t-il voter le 10 avril ? Rien n’est moins sûr.

Enfin il y a l’insolente avance d’Emmanuel Macron, accrue nettement depuis l’entrée en guerre de la Russie contre l’Ukraine et la réaction (presque unanime) de l’Europe. Cette avance, inédite pour un premier tour sous la Vème République, risque de démoraliser fortement les électeurs centristes, notamment à droite, et pourrait, s’ils s’abstiennent en masse le 10 avril, faire monter mécaniquement les extrêmes.

Plus que jamais l’abstention pourrait rebattre les cartes et provoquer des surprises que les sondages comme à chaque échéance électorale depuis quelques années n’arriveront pas à anticiper.

La démocratie, cela ne doit pas être « cause toujours », et donc « fais ce qu’il te plait », ou encore « je m’en fiche ». Voter, c’est aussi, c’est encore un devoir citoyen, car être citoyen dans ce monde où les autocraties sont majoritaires, c’est une chance. C’est même un joyau qu’il faut préserver pour éviter de s’entendre dire « ferme ta gueule ».

Les 10 et 24 avril prochains, votons !

Michel Taube

Directeur de la publication

Refonder ? L’édito de Michel Taube

Emmanuel Macron, comme tout bon communiquant, a l’art d’abuser des mots : il promit la « révolution » en 2016 dans son livre de candidat à l’élection présidentielle. Voici qu’il lance demain le Conseil National…
Michel Taube