Edito
12H34 - mercredi 23 février 2022

Dans la tête de Poutine. L’édito de Michel Taube

 

Si l’on en croit les Américains et le Secrétaire général de l’OTAN dont les intérêts se révèlent de moins en moins ceux des Européens, Vladimir Poutine serait sur le point d’envahir l’Ukraine jusqu’à Kiev. Il est vrai que la semaine dernière, les annonces par le Kremlin d’un retrait des troupes russes stationnées depuis plusieurs semaines aux portes de l’Ukraine se sont révélées comme un leurre.

Lundi 21 février au soir, Vladimir Poutine a posé un geste politique aux conséquences militaires quasi automatiques : en signant les actes de reconnaissance de la souveraineté des séparatistes pro-russes sur tout le territoire des provinces (les fameux « oblasts ») de Lougansk et Donetsk, lesquelles forment ensemble la région du Donbass, cette décision politique surprise impliquait nécessairement l’occupation militaire imminente par les troupes russes de l’est de l’Ukraine.

Dès lors, la question est simple : les Ukrainiens vont-ils accepter les bras croisés le démantèlement de tout le front oriental de leur territoire ? Kiev vient d’appeler ses ressortissants à quitter la Russie et l’armée vient d’annoncer la mobilisation de ses réservistes.

Que veut Poutine ? L’homme a atteint un tel pouvoir, un tel sentiment de puissance (doit-on rappeler comment et combien il a mis au pas toute opposition interne et, même si la Russie est économiquement une puissance moyenne, sa force militaro-industrielle est devenue considérable) que son seul désir, le plus profond, le plus intime, est peut-être désormais d’être le nouveau tsar de toutes les Russie. Poutine est convaincu qu’il en a désormais le pouvoir et qu’en face de lui, l’Occident ne sera jamais disposé à faire couler du sang français, allemand, britannique ou Américain pour sauver l’Ukraine.

Pour Poutine, Kiev est la capitale spirituelle de toutes les Russie, « la mère de toutes les villes russes » : c’est à Kiev que se trouve, pour grossir à peine le trait, le siège mondial de tous les orthodoxies chrétiennes. C’est important pour Poutine et avec l’âge cette donnée devient peut-être prépondérante.

Vladimir Poutine est un dictateur pour qui le peuple russe n’a guère d’importance. En a-t-il jamais eu dans son histoire souvent tragique ?

Nous ne sommes pas dans sa tête, pour reprendre le titre d’un livre de Michel Eltchaninoff chez Actes Sud. Mais nous sentons Vladimir Poutine capable d’avancer ses pions, de jouer son fou et d’autres armes pour rester le Roi de la Russie.

Ce qui nous a le plus choqué, ce n’est même pas le discours aussi violent sur le fond que désinvolte dans la forme de Poutine lundi soir. Lors de sa conférence de presse le 7 février avec Emmanuel Macron à Moscou, il avait clairement dit que la menace nucléaire ferait partie de ses options contre tout pays qui s’opposerait à lui.

Qu’est-ce qui peut arrêter un tyran ?

La réponse appartient peut-être au peuple russe (notamment l’armée) qui se sent plus européen que Poutine lui-même. A moins que les Occidentaux ne se décident au final à mourir pour une Kiev européenne et atlantiste… Ce que ce pays n’a finalement jamais été pleinement.

Michel Taube

Directeur de la publication

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