Edito
11H29 - mercredi 19 janvier 2022

Jean-Michel Blanquer à Ibiza : un after au goût de mauvais procès. L’édito de Michel Taube

 

Les viseurs des fusils à lunettes des candidats à la présidentielle se tournent progressivement vers Emmanuel Macron, non seulement parce qu’il est le sortant, mais aussi et surtout parce Marine Le Pen comme Valérie Pécresse, (deux femmes à ses trousses, est-ce le triomphe du féminisme ?) devront grapiller à Monsieur En même temps les quelques points qui permettront, sauf énorme surprise, à l’une d’elles de figurer au second tour de ce combat présidentiel sans merci.

Et quand la cible joue l’esquive ou refuse le combat (oh Manu, c’est bon là, t’es candidat !), on se déchaîne contre son camp. A tort ou à raison, peu importe en définitive.

Aujourd’hui, c’est haro sur Blanquer, son ministre de l’Education nationale. Se retrouver à Ibiza, à deux heures de vol de Paris (grâce à Madame Hidalgo, il en faut à peine moins pour traverser la capitale en voiture), quelle énorme faute politique et morale qui justifie sa mise à mort ! Bien que les fêtes de fin d’année soient derrière nous, on nous ressert les homards de François de Rugy, qui s’en serait empiffré aux frais de la princesse lorsqu’il fut président de l’Assemblée nationale.

Pas un seul ministre de l’Education nationale n’est parvenu à dompter ni dégraisser le fameux mammouth, terme provocateur employé par Claude Allègre en 1997, lorsqu’il occupa la fonction de Jean-Michel Blanquer. Et pourtant, entre les Académies qui aimeraient n’en faire qu’à leur tête, les syndicats enseignants qui considèrent chaque réforme comme une déclaration de guerre, et une administration centrale capable de pondre des protocoles sanitaires plus complexes que le code du travail (l’appellation « référentiel bondissant » pour désigner un ballon de foot n’est pas une légende), Jean-Michel Blanquer avait toutes les bonnes raisons d’éprouver le besoin de se ressourcer quelques jours à Ibiza ou ailleurs.

Quelle faute aurait-il commise pour mériter pareille opprobre ? Annoncer d’Ibiza (mais ni d’une plage ni d’une boîte de nuit) le protocole Covid de janvier, dont les dispositions alambiquées et les modifications incessantes (mais qui n’a pas tâtonné, face à cette pandémie ?) ont servi de prétexte à une grève des enseignants. Le grand moralisateur qui a sorti l’énorme affaire ibizesque est Mediapart. Les gauches, les droites en ont profité pour lui tomber dessus !

La deuxième faute du ministre, qui méritait bien une lapidation en place publique, fut d’annoncer le protocole de rentrée scolaire dans un entretien au Parisien, d’abord accessible aux seuls abonnés, la veille de la rentrée.

Par ailleurs, les membres de la Haute Autorité de Santé qui ont bien tardé à valider le dit protocole avant sa parution, ils n’étaient pas en vacances à Ibiza, ou à la montagne, ou ailleurs ? On le sait, en France, il ne faut jamais subir une catastrophe en plein mois d’août ou pendant les vacances de Noël : la France tourne au ralenti.

Jean-Michel Blanquer a commis deux autres fautes bien plus graves : il a sanctuarisé l’école pendant la crise Covid, et c’est bien entendu ce qui restera parmi les grands (les rares) succès du quinquennat Macron. Et il a été constant dans la lutte pour une laïcité ferme dans l’école, défi majeur si l’on ne veut pas que celle-ci devienne un territoire perdu de la République. Ce bilan, sans parler de la réforme du Bac, doit faire pâlir bon nombre des prédécesseurs de celui qui vient de battre le record de France de longévité à la tête du Ministère de l’Éducation National.

Opinion Internationale n’est souvent pas tendre avec Emmanuel Macron mais sachons rendre à César ce qui revient à César.

Finissons sur une proposition, positive, car nous ne sommes pas Mediapart ! Le ministre Blanquer, pardon, le ministère bien sûr, n’a-t-il pas les mails personnels, les téléphones portables, des groupes Whatsapp de tous les personnels, classés par établissement scolaire ? Plutôt que de réserver l’exclusivité du protocole à un média payant (Opinion Internationale, qui est gratuit, en aurait été preneur !), un petit message sympa envoyé dès validation de la HAS aurait permis d’éviter une semaine de querelles politiciennes et une (première) journée de galère le jeudi 13 janvier. Même un tweet, voire une photo (sobre bien sûr) d’Ibiza, auraient détendu l’atmosphère… Osons le message : « Chers amis enseignants et personnels de l’Éducation Nationale, je vous invite à prendre connaissance du protocole de rentrée que la Haute Autorité de Santé vient de valider : continuité, efforts renouvelés, tester, tester, tester, tous ensemble nous vaincrons la Covid ! Je vous envoie plein de soleil d’Ibiza où je ne vois, heureusement, aucun burkini ! Allez, Bonne année 2022 ! ».

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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