Edito
06H39 - jeudi 25 novembre 2021

Le Covid vote (encore) Macron. L’édito de Michel Taube

 

Il n’y a pas que l’abstentionnisme annoncé, les divisions à l’extrême-droite, à droite, à gauche et à l’extrême-gauche qui servent les intérêts du président sortant. Une campagne électorale atrophiée par une pandémie, et qui se déroule presque exclusivement sur des plateaux de télévision, sans public, sans envolées lyriques, sans flonflons ni confettis, sans drapeaux tricolores qui s’agitent par milliers, sans frénésie ni ferveur, ce n’est pas vraiment une campagne électorale, mais plutôt comme un match de foot sans spectateurs.

Malgré la vaccination, les prochaines semaines pourraient nous replonger dans cette atmosphère de cimetière que sont ces grands stades vides, mais surtout, nous priver, au moins partiellement, du grand spectacle qu’est devenue la campagne de l’élection présidentielle.

Ceci dit, le gouvernement s’est bien gardé d’être accusé de torpiller la démocratie en prenant une circulaire scandaleuse d’un point de vue sanitaire qui consiste à ne pas imposer le pass sanitaire pendant les réunions de campagne électorale pour la présidentielle. Le 5 décembre au Zénith, nous pourrions donc avoir un méga cluster de contamination pour l’entrée officielle dans l’arène d’Eric Zemmour.

Le Covid est donc de retour, même s’il ne nous a jamais tout à fait quittés. Déjà il a repris ses droits à la une des médias. Exit Zemmour, qui a peut-être grillé d’un coup toutes ses cartouches, jusqu’à celle qu’il s’est tirée lui-même dans le pied en s’obstinant à n’être qu’un polémiste agressif et provocateur, à sujet unique. Exit LR, qui pour le moment bénéficie de la visibilité d’une primaire interne qui lui permet de vivoter dans le débat national, mais pour combien de temps ? Exit la gauche dans toutes ses formes et nuances de rouge et de vert (pour le rose, on reviendra plus tard, voire jamais), gauche qui elle aussi s’acharne à s’autodétruire, entre wokisme, multiculturalisme, écologie fantasmagorique et déni de réalité.

Marine Le Pen a certes été remise en selle par les excès d’Éric Zemmour, mais le grand bénéficiaire du retour du Covid est bien Emmanuel Macron, d’autant plus qu’après les atermoiements kafkaïens du début de pandémie, ses décisions du 12 juillet 2021 ont permis à la France de devenir un modèle en matière de vaccination et de pass sanitaire, n’en déplaise aux antivax et antipass, aussi minoritaires que bruyants. Pour une fois le chef de l’État a fait preuve d’autorité et beaucoup de Français l’ont suivi. Il va falloir en faire preuve à nouveau face à la virulence de la cinquième vague : pass sanitaire subordonné à une vaccination de rappel, gestes barrière, mille et une attentions sur les personnes fragiles et âgées.

À son corps défendant, il semble bien qu’Emmanuel Macron ait comme meilleur allié ce fichu coronavirus, seul capable d’éclipser les autres sujets d’actualité. Mais pour ce faire, encore faut-il qu’il existe un véritable péril sanitaire, avec un risque de saturation des services de réanimation entraînant des mesures de restriction des libertés de type couvre-feu, confinement, télétravail généralisé, obligation de porter le masque, restriction des réunions (électorales !).

On sait aujourd’hui que si la vaccination ne diminue que modérément les risques de transmission du virus, elle réduit très significativement la gravité de la maladie. Ainsi, la cinquième vague ne devrait pas être appréciée à l’aune des cas positifs, mais bien des malades hospitalisés. Jean Castex est aujourd’hui cas contact après avoir oublié tous les gestes barrières, mais la petite musique gouvernementale qui commence à se faire entendre est bien celle d’un nouveau défi sanitaire qui se profile.

Bientôt, le président de la République, chef de l’État et père de la Nation, viendra inquiéter, effrayer, puis rassurer et cajoler les Français : « nous sommes en guerre ». Celle-là, il ne nous la refera peut-être pas, sauf à déclarer que le vaccin est inefficace et qu’on s’est tous fait avoir par les laboratoires (américains).

Le Covid voterait-il Macron ? Pour combien de temps ? Les opposants ne l’entendront pas de cette oreille, à moins de cinq mois du premier tour de la présidentielle. Sans saturation des hôpitaux, il serait abusif de jouer de cette carte pour étouffer le débat sur les autres sujets. Tous les autres ? Non. Celui du délabrement d’un l’hôpital malade de sa bureaucratie (comme toute la France) et des fermetures de lits qui n’ont jamais cessé, cela ne pourra pas être éclipsé par le Covid, bien au contraire.

Qui sait, notre virus réfléchira peut-être avant de glisser son bulletin dans l’urne.

Michel Taube

Directeur de la publication

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