Edito
19H54 - mercredi 22 septembre 2021
France

Zemmour à Mélenchon : « c’est moi la France ! » – Opinion Internationale publie un extrait (fictif) de leur duel sur BFMTV.

 

Opinion Internationale a imaginé la passe d’arme sur la laïcité et l’identité de la France entre les deux rhéteurs qui débattront ce soir sur BFMTV. La réalité dépassera-t-elle la fiction ?

 

Messieurs, vous vous opposez sur l’identité française. Deux questions :  vous considérez-vous l’un et l’autre comme patriotes ou nationalistes ? Monsieur Mélenchon, vous avez parlé de créolisation comme d’un fait de société là où Eric Zemmour y voit une dénaturation de notre société. Mais au fond vous êtes d’accord tous les deux sur le constat : la France change de couleur ?

Jean-Luc Mélenchon : « je ne suis pas Zemmour, moi. Je n’ai pas besoin d’être nationaliste ! Je suis un patriote ! Vous, Monsieur Zemmour, vous êtes un réactionnaire dans le sens le plus péjoratif et dangereux du terme. Vous fantasmez une France qui n’existe plus, et n’existera plus, cette France de la Renaissance, qui dominait effectivement le monde. Vous n’êtes pas patriote, mais nationaliste. Vous croyez ou feignez de croire que la France peut redevenir blanche alors qu’elle est plurielle et diverse. C’est sa chance !

Moi je représente la France de la diversité. Cela ne changera pas, quoi que vous fassiez. Vous prétendez vouloir sauver la France. Vous en seriez le fossoyeur si vous étiez élu, ce qui heureusement ne se produira jamais.

Éric Zemmour : Eh bien vous avez tort Monsieur Mélenchon. Vous confondez la France avec votre électorat, heureusement de plus en plus minoritaire. L’heure n’est hélas plus à rétablir la France comme une grande puissance, mais à sauver la France dans son existence-même, bien au-delà de la République.

En 2018, vous aviez eu l’outrecuidance, la vanité de répondre à un policier qui venait inspecter vos bureaux sur une commission rogatoire : « la République, c’est moi ». Eh bien, Monsieur, la France, c’est moi ! Et c’est pourquoi de plus en plus de Français souhaitent que je sois candidat.

Je ne veux pas, et les Français dans leur immense majorité ne veulent pas, que nous soyons submergés par une immigration arabo-musulmane et africaine accompagnée d’une natalité galopante. Je ne veux pas et les Français ne veulent pas devenir étrangers chez eux, chez nous. Nous ne voulons pas devenir une République islamique, un danger bien réel et non fantasmé, dans des départements entiers comme la Seine-Saint-Denis ou les quartiers nord de Marseille, et comme le montrent toutes les études consacrées au fait migratoire et à la démographie.

 

Messieurs, deux questions : la laïcité est-elle vraiment menacée dans notre pays aujourd’hui ? Craignez-vous un risque de guerre civile dans les prochains mois, les prochaines années ?

Jean-Luc Mélenchon : la République n’est en rien menacée sinon par vos excès, Monsieur Zemmour ! C’est vous qui allez provoquer une guerre civile si vous continuez ! D’ailleurs vous êtes prêt à plonger la France dans une guerre civile pour vendre vos bouquins, à force de monter les uns contre les autres, à semer la discorde et la haine.

 

On se calme, Messieurs, on se calme !

Jean-Luc Mélenchon : je suis calme, mais il paraît qu’on est ici pour dire les choses ! Quant à la laïcité, Monsieur Zemmour vous l’avez totalement pervertie pour la transformer en arme contre les musulmans. La laïcité, c’est la neutralité de l’État et pas autre chose. C’est la loi de 1905, et pas autre chose. Vous voulez en faire une religion et un dogme raciste. Vous ne ratez jamais une occasion de fustiger les musulmans au nom de la laïcité, alors qu’ils ne l’ont jamais mise en danger. La haine des musulmans, comme celle des femmes, suinte de tous vos propos, vos attitudes. Elle est votre fonds de commerce.

Eric Zemmour : Vos propos sont grotesques et même diffamatoires. Si la laïcité reposait uniquement sur la loi de 1905, la France n’aurait pas été obligée de se doter d’une législation contre les signes religieux ostensibles à l’école, contre la dissimulation du visage, ou contre l’incitation à la haine en ligne. La laïcité est la forme ultime de la sécularisation. Lorsque nos valeurs sont attaquées comme elles le sont par l’islam politique, avec votre soutien, la laïcité doit être l’un de nos boucliers.

Vous êtes un pompier pyromane, et bien plus pyromane que pompier. Et ce n’est là qu’un volet de votre allégeance à l’islam politique. Les Français voient qui sont vos amis, quelles sont vos fréquentations, les manifestations auxquelles vous participez, comme celle du CCIF, dissout après l’assassinat de Samuel Paty.

 

Jean-Luc Mélenchon : contrairement à ce que vous prétendez, la manifestation que vous évoquez était bien un rassemblement contre le racisme dont les musulmans, plus que les autres, sont victimes dans ce pays. Eux, au moins ne m’en ont pas exclu, contrairement aux groupuscules fascistes que vous défendez, et qui n’ont pas supporté que je me joigne à une marche en hommage à Mireille Knoll.

Mais surtout, pourquoi le voile vous gêne-t-il tant ? Les racistes de votre espèce brandissent sans cesse le voile pour mieux stigmatiser les musulmans. Pourquoi ne respectez-vous pas leurs traditions, leur culture, leur religion ? Oui, vous éprouvez de la haine à leur égard. Vous êtes bien islamophobe, et donc raciste. D’ailleurs, vous avez déjà été condamné à trois reprises !

Eric Zemmour : Une fois seulement, pour un délit d’opinion, et par des juges qui se croient investis d’un pouvoir politique et moral que la Constitution ne leur confère pas. Les Français ne veulent pas d’une République de juges et je les écouterai. Mais, bon, passons !

Monsieur Mélenchon, l’invective n’est pas une argumentation. Si vous vous étiez penché sur l’histoire et l’idéologie de la confrérie des Frères musulmans, matrice idéologique de l’islam politique, obscurantiste et impérialiste, vous sauriez que le voile des femmes occupe une place essentielle dans sa stratégie. Il donne à l’islam une visibilité et alimente le prosélytisme. Il oblige les autres à s’y habituer, et finalement à l’accepter.

C’est l’islam politique qui a fait en France du voile un étendard, et refuser de le combattre au prétexte de la stigmatisation et de l’amalgame est une faute majeure, un crime contre les femmes et contre la France. C’est vous qui stigmatisez les musulmans en empêchant ceux d’entre eux qui sont républicains d’exister, c’est vous qui encouragez le racisme tant à leur égard que de leur part, en considérant que défendre la laïcité et lutter contre l’islam politique seraient du racisme.

Quant à la seconde question : oui, il y a un risque de guerre civile si on ne met pas un terme clair et net au déclin de la France et à la maltraitance dont la société française est victime. Voyez ce qui s’est encore passé lundi à Cavaillon : au pays des melons, dans ce si beau Luberon, les habitants vivent dans la peur. L’école a dû demander aux parents de venir chercher leurs enfants car ça tirait dans tous les sens devant un collège ! Faut arrêter cela et avec moi, si je décide d’y aller et que les Français me font confiance, ce sera tolérance zéro !

 

Monsieur Zemmour, pourquoi vous en prenez-vous aux personnes avec cette guerre des prénoms que vous avez ravivée ?

Éric Zemmour : je ne m’en prends pas aux personnes. Je fais la différence entre l’Islam et les musulmans, surtout ceux de France. L’autre jour à Nice, une jeune femme est venue me dire : « Monsieur, vous m’avez donné la force d’enlever mon voile que j’étais obligée de porter dans mon quartier. » Voilà la France que je propose aux Français, notamment aux musulmans qui en ont marre d’être pris en otage par vous, Monsieur Mélenchon, et les islamo-gauchistes.

Quand votre collègue à l’Assemblée nationale Danièle Obono ose traiter Jean Castex de blanc, c’est vous et les vôtres qui mettez le feu aux poudres. Comme les indigénistes que vous courtisez, c’est vous qui ramenez tout aux origines, à la race, à la couleur. C’est quoi ce raisonnement si ce n’est du racisme ?

Jean-Luc Mélenchon : arrêtez de vous donner le beau rôle ! Votre guerre des prénoms, – j’aime bien la formule, révèle tout simplement que vous ne supportez pas les prénoms étrangers, notamment musulmans. Mais, Monsieur Zemmour, faudra vous y faire : ce ne sont plus des prénoms étrangers, contrairement à ce que vous prétendez. Que cela vous plaise ou non, la France d’aujourd’hui est multiculturelle. C’est comme le couscous, qui est devenu un plat national, plébiscité par les Français, que cela vous plaise ou non !

Eric Zemmour : Que vous le vouliez ou non, le prénom est un marqueur d’intégration, pardon, d’assimilation. Je souhaite que les musulmans français soient plus Français que musulmans et vous, vous souhaitez l’inverse, par clientélisme ou conviction.

Jean-Luc Mélenchon : Vous voulez les obliger à choisir entre l’islam et la France ?

Eric Zemmour : encore une déformation de mes propos. L’islam spirituel ne me dérange pas. L’islam politique qui veut régenter la société et la vie des gens, cet islam n’est pas compatible avec nos traditions et nos valeurs. Ceux qui veulent la charia doivent se choisir un pays où elle est appliquée, même s’ils sont Français.

 

Eh bien, Messieurs, je ne crois pas que vous vous retrouverez de sitôt autour d’un bon couscous après ce débat enflammé.

 

Texte écrit par Michel et Raymond Taube 

Directeur de la publication
Directeur de l'IDP - Institut de Droit Pratique / rédacteur en chef d’Opinion Internationale

Les lois du marché. L’édito de Michel Taube

Les lois du marché priment souvent sur celles du législateur, et le capitalisme s’est accommodé de toutes les idéologies : le communisme n’a jamais été qu’un capitalisme d’État, plus violent, plus absurde, plus injuste que...
Michel Taube