Edito
06H25 - mardi 15 juin 2021

Euro 2021, France-Allemagne : je t’aime moi on plus… L’édito de Michel Taube

 

Politique et sport ne font pas toujours bon ménage : on le verra avec les matchs de l’Euro 2021 qui se tiennent à Bakou en Azerbaïdjan et surtout l’an prochain au Qatar avec la coupe du monde de football Fifa… Mais célébrons, pour une fois, l’amitié entre deux peuples hier ennemis : la France et l’Allemagne qui s’affrontent ce soir même sur le tatami vert du stade de Munich.

Pas de quoi accorder une dérogation pour prolonger les festivités au-delà de 23h si la France venait à l’emporter ? Les autorités françaises s’y sont opposées !

France-Allemagne, c’est une vieille histoire. Nous sommes tous un peu Allemands et Français, enfants de Charlemagne (Karl der Grosse outre Rhin), frères ennemis qui ont longtemps réglé leurs comptes à coups de canon (“Tous à Berlin !”). Après que de Gaulle et Adenauer eurent enterré définitivement la hache de guerre, qu’au-delà des divergences et de la concurrence commerciale la France et l’Allemagne devinrent le socle de la construction européenne, ce sont les joutes sportives, et tout particulièrement les grandes compétitions de football, qui ont offert autant d’opportunités d’exprimer (ou d’exorciser ?) les rivalités et les rancœurs, certes pacifiquement, mais en exacerbant le patriotisme, sans qu’il dégénère en nationalisme.

 

Séville, le 8 juillet 1982 : plus jamais un France-Allemagne ne sera comme avant

Dans le cœur des Français qui l’ont vécu, et peut-être des Allemands, le France-Allemagne du 8 juillet 1982, à Séville, en demi-finale de la Coupe du monde organisée par l’Espagne, restera la plus grande dramaturgie sportive de l’histoire. La France compte alors dans ses rangs le meilleur joueur du monde, Michel Platini. Avec Alain Giresse et Jean Tigana à ses côtés, il forme le milieu de terrain dont rêvent toutes les équipes.

56ème minute : le drame ! Le gardien allemand Harald Schumacher, dont l’agressivité et la nervosité interrogeaient (à quoi carburait-il ?!), va commettre l’irréparable, sauf aux yeux de l’arbitre. Centre de Platini pour l’arrière de l’équipe de France en position d’attaque. Le gardien allemand sort de la surface de réparation. Sa cible n’est pas le ballon, mais le joueur adverse. Le choc est terrible. Battiston gît inconscient sur la pelouse, secoué par des spasmes, trois dents en moins. Platini lui tient la main lors de son évacuation sur une civière. Personne ne comprend que Schumacher n’ait pas été expulsé sur le champ. L’équipe de France, qui avait pris le match en main, est perturbée, comme cassée dans son élan. 1-1 à la fin du temps réglementaire. Prolongations. 3-1 pour la France à 20 minutes de la fin. Battiston sera vengé et la France disputera la finale, croit-on encore ! 

La suite, c’est l’égalisation d’une Allemagne certes combative, mais jamais brillante, puis des tirs au but pour départager les équipes. L’Allemagne a gagné. Cette victoire, dont la dimension tragique marquera à jamais le football français, est une plaie qui n’en finit pas de cautériser. Quatre ans plus tard, l’Allemagne battra à nouveau la France en demi-finale de coupe du monde, une France diminuée par la blessure de son capitaine Platini qui ne fut que l’ombre de lui-même. Une victoire encore sans panache pour la Mannschaft, mais sans drame ni discussion. 

La France lui rendra d’une certaine manière la pareille lors de l’Euro 2016 : dominée par l’Allemagne durant presque tout le match, les Bleus virent cette fois la chance tourner en leur faveur. Deux ans plus tard, la France gagnera la coupe du monde comme l’Allemagne le fit dans les années 1980 : sans grand panache et avec beaucoup de “réussite”.

Aujourd’hui, l’équipe de France de Didier Deschamps ne jure que par la victoire. Ce soir, c’est en favori qu’elle rencontrera l’Allemagne, à Munich. Un match Allemagne-France donc, avec le retour du public dans les gradins, certes en nombre limité dans cette période de sortie de confinement. Quatre joueurs français jouent au Bayern de Munich, dont au moins deux devraient être titulaires au coup d’envoi. Et quelques joueurs allemands jouent en France, notamment au PSG. 

Les ressentiments du passé semblent s’être dissipés. On se rappellera que c’est devant et dans le Stade de France, durant un match France-Allemagne, que se firent entendre les premières explosions de la terrible tragédie du 13 novembre 2015, lorsque plusieurs attentats islamistes firent 130 morts (131 avec le suicide d’un rescapé) et 413 blessés, dont 99 grièvement. La solidarité de l’Allemagne et de la plupart des nations de la planète fut totale. Quelques semaines plus tard, la France affronta l’Angleterre à Wembley. 80.000 Anglais y chantèrent la Marseillaise. 

 

France-Allemagne en foot, France-Angleterre en rugby : toujours plus qu’un match

France-Allemagne, ce 15 juin 2021. Les deux nations ne sont plus ennemies depuis bientôt 76 ans, mais les rivalités perdurent. Un France-Allemagne de foot, tout comme un France-Angleterre de rugby. Des frères ennemis qui se retrouvent, mais qui se respectent. Ce n’est que du sport, après tout. Si la France est favorite face à un adversaire en crise, il n’y a pas de compétition internationale dont l’équipe d’Allemagne de football ne soit un des favoris. Les jeux ne sont donc pas faits, tant s’en faut.

Cet Euro de football est singulier à bien des égards. En raison du contexte sanitaire bien sûr (rappelons qu’il aurait dû se dérouler en 2020), mais aussi parce que les matchs sont disséminés dans onze pays d’Europe (la France n’était pas candidate), avec les deux demi-finales et la finale à Londres, au stade Wembley. Parmi eux, l’Azerbaïdjan, en conflit avec l’Arménie soutenue par la plupart des pays européens. Football et géopolitique ne sont jamais très éloignés. Nous aurons tout le loisir d’y revenir avant la fin de cet Euro 2020, le 11 juillet… 2021 !

 

 

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notre indépendance, c’est vous !

Parrainez Opinion Internationale

Les lois du marché. L’édito de Michel Taube

Les lois du marché priment souvent sur celles du législateur, et le capitalisme s’est accommodé de toutes les idéologies : le communisme n’a jamais été qu’un capitalisme d’État, plus violent, plus absurde, plus injuste que...
Michel Taube