Edito
12H36 - mercredi 5 mai 2021

L214 dans le Finistère : en finir avec ces abattoirs de torture ! L’édito de Michel Taube

 


Il convient d’abord de rappeler que les cochons sont des animaux intelligents et sensibles, plus encore que les chats et les chiens. Toute personne ayant un animal domestique vomirait d’effroi en imaginant son chat ou son chien en lieu et place de ces pauvres truies, torturées à coups de pied et d’aiguillons électrique dans l’anus, avant une agonie dans d’atroces et insupportables souffrances, dans un abattoir du groupe Les Mousquetaires / Intermarché du Finistère. Celui-ci a demandé un audit et annoncé la suspension de cette seule ligne de production.

C’est une fois encore à l’association L214 que l’on doit ces images indignes de l’espèce humaine, si supérieure et si morale. Elle fait ici œuvre d’utilité publique. Mais ces images ne sont pas les premières du genre, et personne ne peut croire que les clients de ces abattoirs, notamment la grande distribution, ignorent cette monstruosité. Pourtant, rien n’est fait pour y mettre un terme.

Emmanuel Macron est-il sensible au bien-être animal ? La chasse, autre pratique parfois barbare lorsqu’elle a pour seul fondement le loisir, ou la tauromachie à l’ancienne, cela lui va très bien. Perpétuons nos traditions ! Mais comment rester de marbre devant le sort la maltraitance inouïe qu’est l’élevage en batterie et l’abattage industriel ?

Le droit des animaux existe, mais il est très insuffisant (les animaux sont des biens meubles) et peu appliqué par les juges : l’article L214-1 du Code rural (qui donna son nom à l’association) dispose que « Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. »

L’article 515-14 du Code civil dispose que « Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens. »

L’article 521-1 alinéa 1er du Code pénal dispose que « le fait, publiquement ou non, d’exercer des sévices graves, ou de nature sexuelle, ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. »

Le même article édicte une exception bien regrettable pour les courses de taureaux et les combats de coqs, au nom de la tradition, encore. Mais le pire des scandales est bien celui des élevages et abattoirs, dénoncé par L214. C’est de la torture de masse, durant toute la vie de ces animaux jusqu’à leur dernier râle.

La castration à vif des porcelets devrait être prohibée le 1er janvier prochain, mais certains industriels ont annoncé qu’ils perpétueraient cette pratique barbare « sous anesthésie », une précaution que les défenseurs des animaux appuyés par des vétérinaires jugent très insuffisante.

 

Poursuivre et sanctionner toute la chaîne ?

L214 a déposé plainte pour sévices graves commis envers des animaux auprès du procureur de la République de Quimper. L’association souhaite que soient condamnés la direction de l’abattoir ainsi que les services vétérinaires du département. Ce dernier ne sera vraisemblablement pas inquiété, et la direction s’en sortira au pire avec une condamnation symbolique. Il faut dire que dans un pays où l’on peut « casser du flic » (et du pompier, du médecin, ou une femme juive quand on a fumé du cannabis…) en toute impunité, on ne va pas faire tout un fromage pour et avec du cochon ! L’impunité serait une tâche de plus sur cette justice dans laquelle les Français ont déjà majoritairement perdu confiance.

On pourrait même aller plus loin : les salariés de ces abattoirs ne peuvent s’abriter derrière les ordres qui leur sont donnés, de même qu’un chauffeur routier ne peut dépasser les limitations de vitesse sur ordre de son employeur. En 2019, un individu a été condamné à trois ans de prison, dont deux ans fermes, pour avoir défenestré son chien. Quand la justice veut, elle peut, preuve supplémentaire qu’elle est devenue arbitraire. Ces juges du tribunal correctionnel de Montpellier devaient être sensibles à la cause animale. Les tortionnaires des abattoirs devraient-ils connaître le même sort judiciaire, tout comme leurs commanditaires ?

 

Pour notre honneur et notre santé : consommons moins de viande et prohibons celle venant d’élevages et d’abattoirs industriels

Malgré l’œuvre salutaire de L214, nous ne partageons pas les excès de certains véganes qui vandalisent des boucheries. L’être humain n’est pas végétarien et se situe au sommet de la chaîne alimentaire. Cela l’autorise à tuer des animaux pour les manger, comme cela se fait entre animaux sauvages, mais pas de les torturer. Les véganes nous rétorquerons que nous ne sommes pas sauvages et que l’on pourrait se passer de viande. Mais nous sommes bien pires : nous sommes des barbares, tant à l’égard du règne animal qu’à celui des Hommes. Toute notre histoire le démontre.

Mais nous sommes aussi capables du meilleur. Nous avons le sens du progrès.

Sur le plan sanitaire, il est aujourd’hui établi qu’il est préférable de consommer moins de viande, a fortiori si elle est gavée de médicaments ou d’hormones. On sait aussi que l’élevage industriel est un désastre écologique : il génère une gigantesque consommation d’eau pour produire la nourriture animale et une pollution considérable des nappes phréatiques.

 

À un an des élections présidentielles, l’heure est aux propositions. Nous avions déjà suggéré qu’à un horizon d’une dizaine d’années, l’agriculture intensive et l’importation de produits qui en sont issus soient interdites dans toute l’Union européenne. La France retrouverait son excellence agricole. Elle fut le grenier de l’Europe, et la qualité de sa viande fut enviée. Chacun est libre d’être végane ou végétarien, mais aussi de consommer de la viande, celle provenant d’animaux qui ont une vie saine et digne, avant de mourir, là aussi, dans la dignité. La viande serait de bien meilleure qualité. Son coût serait plus élevé, mais moins qu’on ne le croit, eu égard aux marges des hypermarchés qui maltraitent les producteurs.

Évidemment, ni l’Union européenne ni la France n’auront le courage d’affronter les industriels de la malbouffe et de la torture animale, et leurs puissants lobbies. Ce sera donc au consommateur d’agir en modifiant ses habitudes : manger moins de viande, privilégier les bouchers de quartier, se renseigner sur les conditions d’élevage et d’abattage, évidemment renoncer à s’approvisionner dans les grandes surfaces.

Cela a déjà commencé, et les images diffusées par L214 ne peuvent qu’accélérer le processus. Nous aimerions que l’association étende son champ d’action : élevages en batterie, combats de chiens dans certaines cités, tauromachie, expérimentation animale parfois indigne (laissons tout de même la science avancer !)… En revanche, qu’elle prenne ses distances avec ceux qui s’en dégradent des petits bouchers et veulent imposer le véganisme à tous.

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

 

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Michel Taube