Edito
09H58 - mercredi 3 février 2021

Confinons les cons plutôt que les personnes âgées et les plus vulnérables ! L’édito de Michel Taube

 

Le gouvernement doit-il confiner les personnes vulnérables au Covid ? Mais de qui parle-t-on ? Des plus de 85 ans qui encombreraient les services de réanimation ? C’est un mythe. Les personnes très âgées n’ont été que rarement transportées dans les services de réanimation, pour une raison simple : elles ne sont quasiment jamais intubées parce qu’elles ne le supporteraient pas. Cela ne date pas du Covid. 

Les imprudents, les inconscients, les égoïstes qui refusent de porter le masque et d’observer des gestes barrières, ou qui encouragés par quelques médecins médiatiques qui se croient plus malins que la quasi-totalité de leurs confrères sur terre, négligent de se désinfecter les mains, peuvent aussi se retrouver dans un lit de réanimation.

Si nous n’étions bien élevés, nous pourrions être tenté de les appeler des cons, tant leur irresponsabilité a causé bien des préjudices à leurs prochains et à la société.

Pendant ce temps, les variants du coronavirus ont élargi leur terrain d’action. Les seniors ne sont plus leur seul gibier. Certains variants aiment même la chair fraîche.

En fait, ce ne sont pas les vieux qu’il faudrait confiner, mais bien ceux qui, comme un certain Donald Trump, se croient plus forts que le virus, ou qui se fichent royalement d’être contaminés, convaincus d’être à l’abri de complications ou tout simplement inconscients ou indifférents à leur propre sort. 

Des irresponsables, on en trouve partout, jeunes, vieux, ça ne s’arrête pas. « Soyez exemplaire, ayons une solidarité collective », nous dit-on. Encore faut-il donner un bon exemple, n’est-ce pas monsieur le vice-procureur et monsieur le commissaire de police, pris sur le fait, en train de déjeuner dans un restaurant clandestin à Carpentras ? On pourrait croire à une mauvaise blague mais non. Ce fut comme un remake du chef d’œuvre de Francis Veber, mais cette fois, un « déjeuner de cons ». Ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, et après tout, comme disait Georges Brassens : « Qu’on ait 20 ans, qu’on soit grand-père, quand on est con, on est con ! »

Mais puisque le débat porte sur les personnes âgées, les obèses, les hypertendus et autres diabétiques, oublions un instant cette armée de « y’en a que pour ma gueule » qui, précisons-le, poussent le bouchon jusqu’à être indifférents au confinement et aux inutiles sacrifices de pans entiers de l’économie et de notre vivre-ensemble. 

Certains juristes diront qu’on ne peut les confiner, car ce serait contraire au principe d’égalité constitutionnel. En tout cas, la Conseil constitutionnel avait considéré dans sa décision n° 96-375 DC du 9 avril 1996 « que le principe d’égalité ne s’oppose pas à ce que le législateur déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt général pourvu que la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l’objet de la loi qui l’établit. » 

Problème bien français : le Conseil d’État ne l’entendrait peut-être par de cette (sourde) oreille. Et que dirait la Cour de cassation ? Quel souk ! Trois hautes juridictions susceptibles de répondre différemment à la même question, au motif qu’elles ne jugent pas la même chose (parfois si, en fait !) et que les fondements de leurs décisions seraient différents. Ailleurs, aux Etats-Unis notamment, il existe une Cour suprême unique. Qu’attend-on pour fusionner ces trois entités qui coûtent si cher au contribuable, nuisent à l’efficacité de la justice et entravent l’action des pouvoirs publics ?

S’il était utile et possible de confiner les personnes à risque, en particulier les personnes les plus âgées, ce n’est certainement pas ces juges hors sols qui devraient nous en empêcher. Après tout, ne peuvent-elles par faire cet effort, alors que toute la société, les jeunes en particulier, se sacrifient pour leur éviter d’être atteintes par le virus ? Sauf qu’à observer le monde tel qu’il est, et non tel que le voient certains sur leurs graphiques, cela ne servirait probablement pas à grand-chose. Les très vieux (pardon, les super seniors) sortent très peu, certains pas du tout. Ils ne voient que peu de monde, ne se réunissent pas pour boire un coup ou organiser une rave party sauvage, sont en général très prudents, portent plutôt deux masques qu’un… À l’image des nombreux résidents d’EHPAD décédés lors de la première vague de l’épidémie, c’est de l’extérieur, et souvent des soignants plus que des familles, que sont venues la maladie et la mort. C’est aussi de l’extérieur qu’elles entrent aujourd’hui dans les foyers des personnes âgées, à leur domicile ou en EHPAD. 

Ce sont celles et ceux qui ne se protègent pas de façon scrupuleuse parmi ces femmes, ces hommes, soignants ou familles, dans ce cas inconscients, négligents, imprudents, et autres égoïstes que nous avons évoqués plus haut qui contaminent les personnes âgées, chez elles. 

Non, il est inutile de confiner d’office personnes âgées et/ou malades chroniques. Ces personnes doivent en revanche être entourées d’affection, d’attention et de bienveillance de la société dans le plus strict respect des gestes barrière et des distances physiques nécessaires. 

Pourquoi dans une commune, dans un quartier pour les grandes villes, ne pas embaucher une personne chargée d’appeler, de rendre visite, de prodiguer des conseils de prévention et de bon sens à toute personne âgée ou vulnérable ? La France a besoin de 67 millions de préventeurs pour s’en sortir !

Dans le cadre de cette attention humaine, les messages « ne sortez pas trop », « protégez-vous » auront bien plus d’efficacité sur ces personnes fragiles que tous les discours culpabilisateurs.

On en revient à la case départ. Ce sont les cons qu’il faut confiner. Mission impossible ! C’est pourquoi ce message s’autodétruira dans cinq secondes.

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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