Ensemble prévention Covid
11H34 - samedi 16 janvier 2021

Pourquoi les soignants devraient obligatoirement se vacciner. Par Daniel Guillerm, président de la Fédération Nationale des Infirmiers, Co-initateur de la campagne « Ensemble Prévention Covid »

 

A deux jours du 1er Talk « Ensemble Prévention Covid » sur les enjeux de la vaccination Covid, Opinion Internationale publie La Tribune parue dans le JDD le 26 décembre 2020 par Daniel Guillerm, président de la FNI, Fédération Nationale des Infirmiers, partenaire de www.ensemblepreventioncovid.fr. 

Les 16 et 17 décembre 2020, dans un débat sans vote à l’Assemblée nationale puis au Sénat, Jean Castex, Premier ministre, et Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, ont présenté la stratégie vaccinale contre la Covid-19. Très rapidement, le vaccin sera proposé aux pensionnaires des Ehpad et à leurs soignants, soit environ un million de personnes.

En coulisses, le gouvernement s’inquiète à juste titre de la méfiance des Français à l’égard des vaccins, méfiance nettement accrue ces derniers mois et largement supérieure à nos voisins européens. La confiance n’y est… Et sans elle, comme l’a subodoré le nouveau « Monsieur vaccins Covid », Alain Fischer, sans elle l’efficacité de la stratégie vaccinale ne sera pas au rendez-vous. 

Confiance ? Paradoxe saisissant : les infirmiers, piliers de notre système de santé puisqu’ils sont 130.000 libéraux, les derniers professionnels à se déplacer au domicile de plusieurs millions de patients chaque jour, et alors qu’ils se sentent encore plus mobilisés qu’en juin afin de « gérer au mieux la suite de l’épidémie » (sondage Harris Interactive de décembre), sont parmi les sceptiques à l’idée de se faire vacciner contre la Covid-19. 

Il ressort d’une enquête effectuée fin octobre et début novembre par Santé Publique France auprès des professionnels de santé libéraux que 68% d’entre eux se feraient vacciner, avec toutefois de fortes disparités entre les médecins et les pharmaciens (80 %), les kinés et les sages-femmes (60%) et enfin les infirmiers (50 %). Raisons invoquées : le manque d’informations sur ses effets secondaires et cette désagréable impression de « servir de cobayes ». 

Plus étonnant : 80 % de l’ensemble des professionnels interrogés recommanderaient pourtant la vaccination à leurs patients.

Un mois plus tard, la méfiance des professionnels de santé français s’accroît, en particulier parmi les soignants en Ehpad. Selon un sondage pour la Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne privés solidaires (Fehap), porte-voix du secteur privé non lucratif, 76 % des 1992 soignants en Ehpad interrogés rechigneraient à se faire vacciner contre le Covid-19. 5 % d’entre eux hésitent et seuls 19 % des sondés semblent certains de se faire vacciner. 

La méfiance ne porte qu’accessoirement sur la dangerosité du vaccin, au motif que la technique de l’acide ribonucléique messager, ou ARN messager, serait inédite dans la vaccination. 

Autre ra ison : l’altruisme. En effet, si l’efficacité du vaccin est établie à l’égard du sujet vacciné, on ne peut encore affirmer avec certitude, faute d’essais validés à grande échelle, que la vaccination ferait obstacle à la transmission du virus. A quoi bon donc se vacciner puisque les soignants risqueraient de contaminer leurs patients, notamment en Ehpad ?

Nous opposons trois arguments aux sceptiques… 

Les professionnels de santé, tout comme ceux de l’éducation, du social ou de la justice, ont un devoir d’exemplarité. Surtout dans les Ehpad où les pensionnaires se disent nombreux à ne pas vouloir se faire vacciner. 

Ensuite, les soignants retors à la vaccination pourraient s’exposer à des poursuites pénales de familles de personnes âgées pour n’avoir pas pris toutes les mesures de protection disponibles.  C’est comme si, au fond, un soignant refusait de porter un masque. On remarquera que des plaintes ont été déposées par des soignants contre des membres du gouvernement au motif que ces derniers n’auraient pas su les protéger durant la première vague épidémique. Faut-il y voir un paradoxe ?

Enfin, s’il n’est pas établi que le sujet vacciné ne peut être contagieux et donc transmettre le virus, l’inverse n’est pas davantage démontré. Le principe de précaution, d’ailleurs à valeur constitutionnelle, gagnerait à être appliqué à cette vaccination contre la Covid-19. L’analyse du ratio bénéfice-risque plaide sans le moindre doute en sa faveur.

Quand un jeune en Institut de Formation en soins infirmiers commence ses études, il doit avoir un carnet de vaccination à jour. Ce qui implique bien une obligation de vaccination. 

Cette « contrainte » a pourtant été d’emblée écartée, dans sa dernière adresse solennelle aux Français le 24 novembre, par le président de République qui s’est peut-être avancé un peu vite. Si la vaccination devait s’avérer être l’unique moyen de retourner à une vie normale, d’éviter un carnage sanitaire et un effondrement économique, la question de l’obligation vaccinale pour les professions les plus exposées (professionnels de santé, enseignants…) mériterait d’être à nouveau posée. Et aux soignants peut-être plus qu’à d’autres.

 

Daniel Guillerm

Président de la Fédération Nationale des Infirmiers

Co-initateur de la campagne « Ensemble Prévention Covid » 

 

 

 

 

 

La FNI est la première organisation syndicale représentative de la profession infirmière d’exercice libéral, composée de plus de 130 000 professionnels organisés sur les territoires pour répondre 7 jours/7 aux exigences de continuité des soins et ce essentiellement au domicile des patients.

 

Une autre voie est possible contre la Covid.

Appeler au redémarrage de toutes les activités mises en veille en raison de la crise du Covid-19 serait pure démagogie ou défense d’intérêts catégoriels si la démarche ne reposait sur des constats,…
Raymond Taube