Ensemble prévention Covid
09H24 - mercredi 26 mai 2021

Le sourire made in France vaut bien des prothèses dentaires 100% made in France

 

Entretien avec Laurent Munerot, président de l’UNPPD (Union Patron Prothèse Dentaire)

A l’occasion du Dental Forum Digital, le rendez-vous des prothésistes dentaires et de leurs partenaires, qui se tient du 25 au 29 mai 2021, Laurent Munerot, président de l’UNPPD, l’Union Nationale Patronale des Prothésistes Dentaires, répond à Opinion Internationale.

 

Opinion Internationale : comment le secteur des prothésistes dentaires a-t-il traversé cette crise et comment a-t-il été impacté ?


Laurent Munerot :
dès le premier confinement, nous avons subi directement les effets de la fermeture des cabinets de chirurgiens-dentistes. Les prothésistes étaient à l’arrêt du 15 mars au 17 mai 2020, non pas par décision de l’État, mais par manque de travail, puisque nos uniques clients n’avaient plus d’activité. Par contre, l’activité est bien repartie depuis. Heureusement, parce que les prothésistes n’ont eu droit durant cette période qu’au fonds de solidarité, soit deux fois 1500 €. Mais on ne va pas se plaindre quand on songe à d’autres secteurs qui sont encore fermés aujourd’hui. Nous avons pu travailler, surmonter la crise et toutes les difficultés liées à l’importation de prothèses dentaires depuis l’étranger, notamment depuis la Chine. Aujourd’hui, nous constatons une certaine embellie, peut-être aussi parce que certaines personnes privées de restaurant et de vacances ont pu disposer des quelques euros qui leur manquaient pour financer des prothèses dentaires. Aujourd’hui, notre préoccupation est plutôt de s’approvisionner et de trouver du personnel. 

 

Vous avez également bénéficié de la réforme prévoyant une prise en charge des prothèses à 100 %. A-t-elle eu un effet bénéfique pour les prothésistes dentaires ?

Pas vraiment. Nous sommes des artisans, des travailleurs indépendants qui exerçons notre profession avec comme clients les chirurgiens-dentistes, dont nous sommes tributaires. Par contre, les patients, eux, sont peut-être plus enclins à aller plus facilement chez le dentiste, grâce à cette prise en charge à 100 %. Mais cette gratuité s’accompagne d’un plafonnement. La pression est donc sur les dentistes, qui doivent respecter un tarif, ce qui peut rogner leurs marges. Mais à l’entrée en vigueur de la réforme, ils ont reporté cette pression sur les prothésistes. Il a fallu les convaincre que nous sommes de petites unités de fabrication et qu’il ne nous est pas possible d’aller plus bas que les prix que nous pratiquons. 

 

Vous évoquiez les importations. Le thème de votre prochain Dental Forum est le « made in France ». Comment entendez-vous le promouvoir ?

Comme nos clients chirurgiens-dentistes, nous exerçons une activité de proximité. Il n’y a pas de raison qu’un produit comme la prothèse dentaire, qui est aujourd’hui prise en charge entièrement par les mutuelles et par la Sécurité sociale, soit fabriqué à l’étranger par des entreprises et acteurs économiques qui ne participent pas à l’effort de cotisation. 

La différence tarifaire est bien moins importante qu’on l’imagine : sur une couronne céramique facturée par le chirurgien-dentiste environ 500 euros, la différence entre une fabrication française et une fabrication d’importation sera de l’ordre de 10 %. Mais pour ce léger surcoût, il y a de nombreuses raisons pour que le praticien choisisse un laboratoire de proximité, à condition qu’il y soit sensibilisé par le patient. 

Dans le cadre de la prise en charge à 100 %, la prothèse est gratuite pour le patient. Il a donc tout intérêt à exiger de son dentiste une prothèse faite en proximité. Les dentistes, qui ne manquent jamais une occasion de nous rappeler qu’ils font des actes médicaux et non des actes marchands, peuvent prendre leur part à cet effort, au bénéfice de la santé de tous. Lors de notre salon, nous lancerons notre campagne « Je choisis le sourire made in France » et formulerons l’exigence que la réglementation européenne qui impose l’information du patient sur la provenance de sa prothèse soit respectée. En pratique, il faut que le chirurgien-dentiste remette au patient un certificat où est notée l’origine de fabrication de la prothèse, et donc le nom et l’adresse du laboratoire qui l’a fabriquée.

 

L’Union européenne va interdire le cobalt qui est utilisé dans la fabrication des prothèses. Comment allez-vous gérer cette situation ?

Nous sommes bien sûr sur le dossier depuis plusieurs mois, depuis que nous avons appris le classement du cobalt par la Commission européenne en produits CMR, c’est à dire cancérigène, mutagène et reprotoxique. Cela prendra effet le 27 mai. Nous avons interrogé l’Agence nationale de sécurité du médicament, sans recevoir de réponse. Nous devrons trouver soit un matériau de substitution aux alliages de cobalt, soit obtenir le droit de continuer à l’utiliser dans des appareillages en informant le patient de la présence d’un produit censé être dangereux. 

En réalité, notre position est avant tout éthique : le cobalt est inerte dans la bouche du patient, c’est prouvé. Il n’est dangereux que pour les mineurs et ouvriers qui travaillent le minerai de cobalt et l’alliage de cobalt, et qui risquent d’absorber des particules fines. C’est un produit qu’on utilise depuis des années dans le monde entier dans les prothèses dentaires, mais aussi dans la chirurgie orthopédique et dans bien d’autres domaines. Son interdiction va poser, de surcroît, un sérieux problème de substitution.

 

Vous avez été un des premiers partenaires de l’opération Ensemble Prévention Covid initiée par Opinion Internationale. Le sujet vous semble-t-il toujours d’actualité ?

Oui, mais cela dépend de ce que l’on entend par prévention. Au début, c’était l’ensemble des mesures visant à éviter ou ralentir la propagation du virus. Aujourd’hui, la vaccination semble en être le pilier essentiel. Les contours et le contenu de ce concept de prévention devront être fixés pour guider les actions que l’on mettra en place à l’avenir.

 

On aborde le troisième déconfinement après avoir en partie échoué à négocier les deux premiers. L’insuffisance d’actions préventives ne risque-t-elle pas de nous conduire vers une quatrième vague, dont un quatrième confinement dans peu de temps ? 

En tout cas c’est une crainte bien réelle, parce que je ne suis pas sûr que les entreprises puissent se relever d’une quatrième phase de confinement et d’une nouvelle fermeture administrative pour certaines. Il est vrai que les activités ne sont pas toutes impactées de la même manière.

 

Comment va se dérouler le Dental Forum Digital, alors que nous sommes encore en période de crise sanitaire ?

Il devait se dérouler au Parc floral de Paris Vincennes les 27, 28 et 29 mai, mais le contexte sanitaire nous a conduit à le transformer en évènement 100 % virtuel, mais sur cinq jours, du 25 au 29 mai 2021. Nous avons mis en œuvre tous les moyens techniques à notre disposition, notamment en créant une plateforme permettant à chacun de s’exprimer virtuellement, lors de différentes conférences, tables rondes et échanges en direct permettant à tous les professionnels de découvrir les nouveaux produits et de discuter avec leurs fournisseurs préférés. 

Le sourire made in France le vaut bien !

 

Propos recueillis par Raymond Taube, rédacteur en chef d’Opinion Internationale et directeur de l’IDP – Institut de Droit Pratique

 

 

 

 

 

 

 

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