Edito
12H21 - vendredi 15 janvier 2021

Et si tous les vaccins contre la Covid étaient des génériques ? L’édito de Michel Taube

 

Et si tous les vaccins contre la Covid, occidentaux, chinois, russes et autres, étaient d’emblée « offerts » à l’humanité comme des génériques, la vaccination de toute la planète irait-elle beaucoup plus vite ?

 La philanthropie n’est pas la qualité première de l’industrie pharmaceutique. Ni d’aucune autre d’ailleurs. Au contraire, une nouvelle maladie est annonciatrice de profits, et lorsqu’il s’agit d’un virus dégénérant en pandémie, la course au vaccin devient celle au jackpot. D’ailleurs, la perspective qu’un générique puisse tuer la poule aux œufs d’or ne peut que hérisser les poils dans les grands laboratoires, comme l’illustra la polémique sur la fameuse chloroquine promue par le professeur Didier Raoult. Efficace ou non, le générique effraye les investisseurs. On peut les comprendre. Nul besoin de complotisme pour cela !

La pandémie de Covid, comme celles qui l’ont précédée (on se souviendra que la Peste à décimé la moitié de la population européenne au Moyen-Age) sont des fléaux d’une telle ampleur que l’idée que les combattre puisse être source de profits est en elle-même une insulte aux valeurs de l’humanisme. Mais comme chacun sait, c’est l’argent et non l’humanisme qui régit le monde. Enfin, un peu des deux quand même et cela s’appelle la civilisation !

L’histoire de la médecine a aussi connu ses gentlemen au grand cœur ! Connaissez-vous Albert Sabin, médecin américain, qui mit au point le vaccin antipoliomyélitique oral en 1962, et en fut récompensé en 1965 par le Prix Albert-Lasker pour la recherche médicale clinique. Son fait de gloire ? Il décida de ne pas breveter le vaccin, qui devint ainsi immédiatement un générique à bas prix. Cette initiative contribua significativement à la quasi-éradication de la polio dans le monde. 

L’idée de développer un courant philanthropique au sein de la recherche vaccinale fut poursuivie avec la création du Sabin Vaccine Institute en 1993, et la médaille d’or Albert B. Sabin décernée annuellement en récompense d’initiatives visant à promouvant la plus large diffusion des vaccins dans le monde.

Mais aujourd’hui, la recherche médicale est une affaire de grands laboratoires, dont les chercheurs ne sont que de modestes salariés (surtout en France !). Le chercheur découvreur d’un vaccin ou son équipe peut espérer une distinction internationale, peut-être même un prix Nobel, mais il ne peut renoncer à breveter son invention. Cette initiative appartient aux actionnaires et dirigeants. Dans certains pays, les chercheurs sont aussi des chefs d’entreprises qui maîtrise le devenir de leurs découvertes : Etats-Unis, Royaume Uni, Israël notamment.

Pour l’heure, on peut espérer que les politiques œuvrent en faveur de vaccins « génériqués ». On se souviendra de l’engagement de Bernard Kouchner à la fin des années 1990 : le secrétaire d’État à la Santé inaugura à Abidjan le premier programme d’un fonds de solidarité visant à faire bénéficier les femmes séropositives de médicaments antirétroviraux. 

Aujourd’hui, c’est la société civile, en particulier la Fondation Bill Gates, qui contribue le plus significativement à la large distribution des vaccins anticovid dans les pays les plus pauvres. L’engagement du fondateur et ancien patron de Microsoft, inventeur de Windows, agace et alimente les suspicions complotistes les plus extravagantes (il voudrait nous injecter un vaccin comprenant une puce électronique, de Microsoft évidemment, destinée à nous contrôler puis à nous éliminer !). D’autres l’accusent de vouloir mettre la main sur les laboratoires de la planète. Mais en réalité, ce milliardaire est un vrai philanthrope, dans la grande lignée des riches philanthropes américains, inaugurée par Rockefeller. Selon le New York Times, Bill Gates a permis au géant indien du vaccin, Serum Institute of India, d’acquérir le matériel indispensable à la production de doses de vaccin contre la Covid-19, au bénéfice des plus pauvres. Par le truchement de la Fondation Bill & Melinda Gates, plus de 11 milliards de dollars auront été consacrés à permettre à 150 pays de se préparer à l’arrivée de vaccin. En matière d’intendance et de logistique, certains sont manifestement plus efficaces que d’autres ! Dans ces conditions, il est évident (et salutaire au vu des défaillances de l’OMS et des Etats) que Bill Gates est devenu un acteur majeur de la santé mondiale et un des premiers interlocuteurs privés de l’OMS. Peu importe que cela déplaise aux complotistes.

AstraZeneca/Oxford, dont les vaccins arriveront prochainement en France, s’est engagé au côté de Bill Gates. Le laboratoire anglais devrait ainsi livrer des vaccins à prix coûtant, et pas seulement dans les pays pauvres. En France, le coût d’une dose de ce vaccin est de 1,78 € contre à 14,70 € pour celui de Moderna et 12€ pour celui de Pfizer/BioNTech, le seul actuellement utilisé en France.

L’idée de considérer le vaccin comme un bien commun de l’humanité n’est donc pas une chimère d’illuminés woodstockiens. Bill Gates et AstraZeneca/Oxford sont bien engagés dans cette voie, et la gloire, voire indirectement la fortune, qu’ils pourraient en retirer, ne seraient que justifiées et parfaitement légitimes. 

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

 

 

Directeur de la publication

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