Edito
11H31 - lundi 23 novembre 2020

Procès Jonathann Daval : fait divers ou exutoire d’une France déprimée ? L’édito de Michel Taube

 

Il y a quelque chose de curieux, et peut-être même d’indécent dans l’immense place accordée par les médias, et pas seulement les chaînes d’information en continu, à l’affaire Jonathann Daval et plus encore à son apothéose, le procès devant la Cour d’assises de la Haute-Saône.

La France traverse un des moments les plus difficiles de son histoire récente, dont les derniers chapitres n’ont pas encore été écrits : avant qu’un vaccin ne referme, si tout se passe comme espéré, celui du Covid-19, la comptabilité morbide perdurera, avec son lot de contaminés, d’hospitalisés, de décédés. S’y ajoute déjà celle du chômage, qui risque d’exploser dans ces prochains mois, au risque de provoquer une crise sociale sans précédent. Parallèlement, notre ministre de l’intérieur nous a dit que la question n’est pas de savoir si, mais quand la France sera frappée par le terrorisme islamique.

Et pourtant, durant le procès Daval, on nous a presque harcelés jour après jour, heure après heure, avec ce fait divers, certes criminel, mais qui en tant que crime est d’une affligeante banalité. Jonathann Daval n’est pas Michel Fourniret, Marc Dutrou ou l’éventreur du Yorkshire. Son histoire est celle d’un type très ordinaire, qui à la suite d’une scène de ménage a étranglé sa femme. Presque la chronique d’un féminicide « ordinaire », une femme étant tuée tous les trois jours par son mari ou compagnon, dans des circonstances non moins sordides et dramatiques que celles du meurtre d’Alexia Daval.

Si au moins cette vague médiatique avait aidé à dénoncer les violences faites aux femmes et les féminicides, nous serions sortis du, seul fait divers morbide mais manifestement aucune des parties prenantes ne l’a entendu de cette oreille.

Si ce fait divers a « passionné » les Français, c’est parce qu’il leur a été servi sous tous ses angles. « Interruption spéciale : Jonathann Daval a demandé une pause technique en pleine audience ». On n’en était pas loin ! La participation active de la famille, Isabelle Fouillot, mère de la victime, n’y est pas étrangère. Elle s’est abondamment répandue dans les médias, alimentant un feuilleton sans aucune retenue. « La justice a bien fait son travail, a compris notre douleur et a compris le massacre d’Alexia en même temps », s’est félicitée Isabelle Fouillot devant une nuée de journalistes, après le verdict de la cour d’assises. Et d’ajouter que l’arrêt est « à la hauteur de notre souffrance, cela va nous permettre de tourner une page. » La justice doit être à la hauteur du crime. Rien de plus.

L’affaire Daval n’a pas débuté avec la crise sanitaire, mais son épilogue (le parquet peut encore faire appel) devant la Cour d’assises, dépourvu du moindre suspens, aurait-il été le divertissement, même l’exutoire des Français semi-confinés, gagnés par la déprime et parfois la dépression ? Une tranche de Daval entre deux tranches de Covid / Islamisme ? A quand un roman, un film, une série télévisée ?

L’information s’inscrit parfois dans un cercle dont on ne sait s’il est vicieux ou vertueux. Un fait déclenche le buzz et aucun média – même visiblement Opinion Internationale ! – ne peut y résister sous peine d’être passé à côté de L’ÉVÉNEMENT.

Jonathann Daval est désormais en prison pour les 25 prochaines années comme l’a décidé la cour d’assises. En réalité, il n’en fera probablement que la moitié. Cette réalité, qui dépasse ce fait divers, soulève une vraie question politique, celle de l’exécution des peines et de la légitimité des juridictions de l’application des peines qui dénaturent en tout ou partie de la décision souveraine des juridictions de jugement, y compris la cour d’assises.

Pour l’heure, Jonathann Daval dort en prison et les familles frappées par ce drame peuvent poursuivre leur deuil.

Quant à nous, reprenons le cours de notre vie. Au menu demain : les révélations tant attendues d’Emmanuel Macron sur l’allégement du confinement… Pardon : elles sont déjà annoncées dans tous les médias ? Le (faux) suspense est donc insoutenable !

 

Michel Taube

 

 

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