Edito
11H27 - jeudi 12 novembre 2020

Quand le confinement 2.0 nuit gravement à notre économie… L’édito de Michel Taube

 

Une image hante Emmanuel Macron et son gouvernement : celle de patients en détresse respiratoire qui, faute de lits disponibles, patientent dans leur voiture devant les hôpitaux. Au mieux, certains se verraient remettre un masque à oxygène, en fonction des disponibilités. Ce n’est pas de la fiction, mais ce qui se passe déjà en Italie. Et il y a sans doute d’autres images, plus dramatiques, que la télévision ne montre pas, pour le moment, celles de patients suffoquant et passant de (sur)vie à trépas dans leur voiture, ou sur le pavé, devant l’hôpital.

Devant l’incapacité des pouvoirs publics à mettre en place la stratégie tester-tracer-isoler (dans cet ordre ou dans un autre), et à prendre acte de ce que, comme le disait Emmanuel Macron, nous sommes en guerre, ce qui aurait dû conduire à augmenter les capacités de réanimation (bientôt un an depuis le début de la pandémie !), il ne resterait donc que le confinement pour éviter des scènes aussi terribles ?

Sur un autre front, économique et social, le président de la République, seul véritable décideur (« je décide, il exécute », avait naguère dit Jacques Chirac à l’endroit de son ministre Nicolas Sarkozy), sous l’influence de médecins incapables de regarder au-delà de leur pré carré, voire de ministres inquiets des poursuites judiciaires dont ils pourraient être l’objet, n’est-il pas en est train de mettre à genoux la France, son économie, sa société, son vivre-ensemble, pour un résultat sanitaire plus qu’hypothétique ?

Le chômage explose, et ce n’est qu’un début. Faire croire aux Français que la manne budgétaire (un crédit qu’il faudra bien rembourser) sera infinie est un mensonge. Notre président ne semble pas avoir remarqué à quoi ressemblent nos rues : des magasins, des restaurants, des artisans, et même des grands magasins fermés, et dont beaucoup n’ouvriront plus (le Printemps vient d’annoncer la fermeture de sept magasins, mettant au chômage des centaines de personnes).

Des rues tristes, des gens tristes, mais ailleurs, là où domine le commerce « de première nécessité », des rues bondées, comme le sont les transports en commun (ça, c’est sûr que le chef de l’Etat ne peut le voir !). Hors ces commerces sacrifiés, les Français travaillent (encore). De nombreux DRH refusent le 100 % télétravail, même lorsqu’il est possible, obligation seulement formulée verbalement par le gouvernement. Les Français se déplacent également beaucoup, munis de leur attestation sur laquelle ils trouvent toujours la bonne case à cocher. Celle qui est très en vogue est « Déplacements pour motif familial impérieux, pour l’assistance aux personnes vulnérables et précaires… ». Jamais nous n’avons été aussi attentionnés à l’égard d’un parent ou d’un grand-parent (qu’il faudrait théoriquement éviter de rencontrer pour ne pas risquer de le contaminer).

Nous disions commerces ? Ceux qui vendent les fameux produits de « première nécessité » restent ouverts : supermarchés (les chouchous des pouvoirs publics), commerces alimentaires, téléphonie, informatique, opticiens… Sauf si vous êtes bébé, il est interdit de s’habiller, de s’acheter ou de réparer ses chaussures. Par contre, comme il est vital de pouvoir s’enivrer (ou apprécier un bon vin à consommer avec modération) en ces temps difficiles, les cavistes demeurent ouverts.

Ce n’est pas un confinement, mais un sacrifice de nombreuses forces vives sur l’autel sanitaire. On sait aujourd’hui que le risque de contamination est moindre à l’extérieur, sans être nul. Mais en faisant respecter le port du masque, y compris par les « jeunes des cités », dans la rue comme dans les transports, en imposant à tous les établissements accueillant du public un protocole sanitaire strict (limitation du nombre de personnes simultanément dans l’établissement, nettoyage des mains, désinfection des rayons, distances de sécurité…), il est évident que l’impact de l’ouverture de tous les commerces sur la transmission du virus serait insignifiant, et bien moindre que la promiscuité dans les supermarchés, les métros et les bus, les restaurants du personnel (même dans les administrations et les hôpitaux !) et plus généralement sur le lieu de travail.

Ce n’est pas parce qu’on a failli sur le plan sanitaire que l’on doit « se rattraper » en détruisant l’économie. Il est urgent de lever cet absurde confinement partiel, ce confinement des heures creuses, de cesser de détruire la France parce qu’on n’a pas été capable d’augmenter les capacités de réanimation, ni de dépister avec efficacité (où sont les tests salivaires et les chiens renifleurs ?).

Lever le confinement, cela ne signifie évidemment pas retourner à la vie normale, mais agir intelligemment sans s’en remettre à l’avis de ceux qui n’ont comme unique horizon que le nombre de places en réanimation (et qui ne risquent pas de se retrouver sans ressources ni sans emploi).

Dans les prochaines semaines, Opinion Internationale présentera de nombreuses solutions concrètes de prévention, en coopération avec des organisations représentatives des médecins de ville, des infirmiers et des pharmaciens pour contrôler et contenir l’épidémie bien plus efficacement que cela n’est fait aujourd’hui, et sans sacrifier inutilement tant de commerçants, sans nuire gravement à toute l’économie d’un pays.

Si le Covid tuait comme la peste ou Ebola, si un confinement plus strict, comme celui mis en œuvre en mars, dans la panique devant l’inconnu, était la seule manière d’éviter un carnage, alors il ne fait aucun doute que personne ne s’y opposerait… le temps d’organiser des solutions alternatives.

Le chef de l’État (et ses exécutants), dont le discours laisse effectivement croire que le covid est Ebola, semble bénéficier d’un consentement de la population très émoussé en faveur de ce pseudo confinement qui, en bout de course, fera peut-être plus de morts que le virus, avec en sus une crise économique et sociale sans précédent. Un accident mal géré en mars. Un crime contre l’économie en novembre, crime, dont il est encore possible de limiter les effets et d’éviter qu’il se perpétue, comme dirait un juriste en référence à l’article 434-1 du Code pénal, sanctionnant la non-dénonciation dudit crime.

Monsieur le président de la République, à quelques heures de la conférence de presse du premier ministre où nous saurons si un confinement discriminatoire se poursuit, il est temps de rouvrir les petits commerces pour éviter une hécatombe de vies sociales et humaines.

 

Michel Taube

 

 

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