La chronique de Michel Scarbonchi
10H38 - vendredi 6 novembre 2020

Côte d’Ivoire : quel futur ? La chronique de Michel Scarbonchi

 

Le 5 mars 2020, le président Alassane Ouattara annonçait qu’il ne briguerait pas un troisième mandat présidentiel. Coup de tonnerre dans un monde africain où le mandat présidentiel est trop souvent considéré comme l’équivalent d’une « concession à perpétuité ».

Il fit aussitôt désigner par son parti Gon Coulibaly comme candidat, écartant ou neutralisant les autres prétendants à la fonction. Le Premier ministre, homme intègre, compétent et loyal, était le dauphin qu’il avait préparé depuis des années pour lui succéder ; et qu’il considérait comme un fils.

Hélas, le 8 juillet dernier, au retour d’un long séjour médical en France, Gon Coulibaly décédait d’une crise cardiaque au cours d’un conseil des ministres.

Le « plan ouattarien » d’une transition pacifique du pouvoir s’effondrait.

Face à un Henri Konan Bédié très âgé, un Laurent Gbagbo empêché et un Guillaume Soro neutralisé, Ouattara n’avait d’autres solutions que de se remettre à la tâche, utilisant la réforme constitutionnelle de 2016 qui avait remis les mandats présidentiels à zéro.

Pas pour l’opposition qui dénonçait aussitôt un coup d’Etat constitutionnel et « enflammait » le pays.

Les principaux opposants, tout en concourant à l’élection, ont fini par la « boycotter ».

Recette africaine convenue, le boycott, illustré récemment en Guinée, lors de l’élection présidentielle, et au Bénin lors des élections législatives, est une arme qui permet à ceux qui savent qu’ils n’ont aucune chance de victoire, de tenter de gagner, par la rue, ce que l’élection leur refusera par les urnes.

N’était-il pas pathétique de voir dans cette élection ivoirienne, Bédié, l’homme du concept de « l’ivoirité » responsable de la guerre civile qui a déchiré le pays pendant des années, concourir à 86 ans, pour cette élection ? Comme quoi s’enrichir pendant 20 ans ne calme pas l’avidité du pouvoir !

Le Président Ouattara, élu avec plus de 94% des voix d’une élection qui, malgré son boycott, a connu une participation de près de 56%, n’est pas dupe ! Le scénario de cette élection n’est pas celui qu’il avait minutieusement préparé depuis deux ans.

 Après avoir pacifié le pays et redressé son économie aux lendemains de la crise politique de 2010 qui fit près de 3000 morts, il voulait sortir par le haut en prenant une paisible retraite.

 Mais le voilà confronté à un nouveau défi : assurer la stabilité du pays, le préserver du terrorisme et lui conserver son rôle de « locomotive » économique de l’Afrique de l’Ouest, de la CEDEAO, tout en préparant la transition politique vers les nouvelles générations.

 Stabilité et développement dont la France a grand besoin dans une zone ou le Sénégal et le Niger « flirtent » avec notre ennemi, Recept Erdogan, où le Mali a vécu un coup d’Etat et où le Burkina-Faso va vivre une élection présidentielle décisive.

L’amnistie et le retour au pays d’un Laurent Gbagbo pourront-ils contribuer à cette stabilisation ?

La Côte d’Ivoire doit rester un facteur d’équilibre en Afrique francophone. C’est tout le programme qui attend désormais le président Ouattara.

 

Michel Scarbonchi

Consultant international, ancien député européen

 

 

 

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Ancien député européen