Edito
09H36 - mardi 3 novembre 2020

Les élections américaines sont-elles vraiment un enjeu majeur pour la France et le monde ? L’édito de Michel Taube

 

Au temps de la guerre froide, les États-Unis étaient le bouclier armé de l’Europe, face à la menace soviétique. En contrepartie, ils faisaient la pluie et le beau temps sur l’économie mondiale, grâce au dollar dont ils fixaient le cours, et à un déficit budgétaire quasi illimité. À cette époque, les élections présidentielles américaines n’avaient pas un impact décisif sur la France et l’Europe, puisque la politique internationale de l’oncle Sam était relativement stable à notre égard. C’est plutôt la France gaullienne qui avait pris quelques distances avec l’Amérique, du moins avec l’OTAN, avant de réintégrer son commandement.

Plus qu’un changement à la Maison-Blanche, c’est l’indice Dow Jones de la Bourse de Wall Street qui pouvait affecter la croissance en Europe, plus même que les politiques nationales des pays du vieux continent.

Depuis la fin de la Guerre froide et l’effondrement de l’Union soviétique, de nombreux événements ont bouleversé les équilibres géostratégiques : la révolution islamique en Iran, l’émergence de la Chine et de l’Inde, le 11 septembre 2001, les guerres d’Afghanistan et surtout d’Irak qui ont déstabilisé totalement le Moyen-Orient… La France et le Royaume-Uni ont apporté leur pierre à la déconstruction du monde en éliminant Khadafi en Lybie.

Lorsque le Président Obama décida, in extremis, de ne pas s’engager en Syrie en 2013, au grand dam de François Hollande, le signal donné par les États-Unis au monde devint limpide : « débrouillez-vous ! ». Donald Trump a confirmé le désengagement américain, qu’il avait d’ailleurs annoncé lors de la campagne de 2017, en ne réagissant pas à l’attaque par l’Iran des installations pétrolières de son allié historique saoudien, en septembre 2019.

Entre Donald Trump et Emmanuel Macron, tout comme les autres dirigeants européens, l’idylle a tourné court. Sans doute les relations entre l’Europe et les États-Unis seront-elles meilleures si Joe Biden accédait à la Maison blanche, mais il est peu probable que cela affecte le repli sur soi de l’Amérique. Tout empire, et dans son acception large, les États-Unis en sont un, ne défend pas ses intérêts vitaux sur ses propres frontières. Si ceux-ci sont menacés, au Moyen-Orient ou ailleurs, la machine de guerre américaine sera toujours susceptible d’intervenir. Mais l’Amérique n’aspire plus à être le gendarme du monde. En outre, l’Europe n’intéresse plus vraiment l’Oncle Sam, qui lorsqu’il ne regarde pas son nombril (America first), louche plutôt vers le Pacifique, l’Asie, la Chine en particulier, avec laquelle Joe Biden pourrait revenir à une concurrence plus cordiale, mais tout aussi féroce.

On peut aussi espérer que la COP 21 retrouvera quelques lustres avec Biden aux manettes. Plus généralement, les démocrates sont plus multilatéralistes que les républicains, mais il ne faut pas se bercer d’illusions. En Europe aussi, l’atmosphère est de plus en plus au chacun pour soi, et il ne faut pas attendre d’une administration Biden qu’on en revienne aux joies d’un atlantisme effréné.

L’Europe a créé l’Euro, pour le pire peut-être, mais parfois aussi pour le meilleur. Abandonnée par les États-Unis qui ne lui garantissent plus un parapluie militaire et même nucléaire, l’Europe doit apprendre à s’émanciper dans d’autres domaines, à se renforcer sur tous les plans et tous les fronts. Face à l’Islam radical, elle est désormais en première ligne, en particulier la France. Quelle Europe serait la bonne : celle des marchés, celle des nations (ou des nationalismes), celle du droit et des règles… On peut en débattre éternellement. Mais une Europe seule face à l’adversité, sans le Royaume-Uni, cela est désormais acquis.

Les enjeux de cette élection américaine sont principalement nationaux. À l’international, les Israéliens et les Saoudiens ont probablement quelques raisons de s’inquiéter, tant ils ont flatté l’imprévisible mégalo capricieux Donald Trump. Mais après tout, même ces pays n’ont-ils pas intérêt à la victoire de Joe Biden, afin d’assurer une transition moins brutale ? Dans quatre ans, c’est l’aile gauche des démocrates américains qui pourrait accéder au pouvoir. Politiquement, elle fait penser à la France insoumise tout en restant très libérale sur le plan économique. Elle est déjà très influente, par exemple au sein du New-York Times :  après la décapitation de Samuel Paty, le prestigieux quotidien laissa entendre que la mort de l’assassin était une bavure policière !

Au Moyen-Orient, le désengagement américain accélère de nouvelles alliances. Avec ou sans Trump, les pays du Golfe continueront leur rapprochement avec Israël, qui lui-même lorgne de plus en plus vers la Chine et l’Inde.

Pour la France comme pour le monde, l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche accélérerait une transition qui a toutefois débuté il y a déjà assez longtemps. Si Donald Trump devait l’emporter, on devrait savoir à quoi s’en tenir. Pourtant, il n’en est rien ! Le personnage est si imprévisible qu’il pourrait encore nous surprendre. Pour le meilleur et pour le pire, là aussi, car contrairement à ce que clame l’intelligentsia européenne, son bilan est plus contrasté que son personnage.

 

Michel Taube

 

 

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