Edito
12H10 - mercredi 28 octobre 2020

Confinement n°2… Six mois de perdus ? L’édito de Michel Taube

 

Ce mercredi 28 octobre 2020, Emmanuel Macron devrait annoncer, comme au soir du 16 mars dernier, un nouveau confinement, renforcé ou général, de la France. Mars en novembre, ou le Moyen-âge au 21ème siècle, lorsque face à la peste, le confinement était déjà la seule véritable méthode permettant de limiter la circulation du virus. Aujourd’hui, on ne comprend pas que des médecins, comme le professeur Jean-François Toussaint, puissent encore être invités sur les plateaux de télévision pour affirmer que la preuve de l’efficacité du confinement n’a pas été rapportée, type d’argument préféré des conspirationnistes en tous genres. Qu’attend l’Ordre des médecins pour mettre un holà à ces éructations aussi absurdes que dangereuses ?

Si le confinement est inévitable, pas seulement en France, c’est d’abord la faute du virus ! Mais c’est aussi celle de l’incurie des pouvoirs publics, du manque de civisme de certains individus, particuliers ou professionnels. En Asie, indépendamment du régime politique, il existe encore un sens de l’intérêt collectif qui fait largement défaut en Occident. La France est championne du monde du corporatisme, une forme d’égoïsme catégoriel qui reflète celui des individus. Le « Y’en a que pour ma gueule » y est développé, mais finalement pas plus que dans les autres sociétés occidentales dont la liberté est la valeur cardiale, jusqu’à oublier qu’elle s’arrête là où commence celle des autres. Quand la liberté devient celle de contaminer, de tuer, et qu’elle est chantée par des leaders d’opinion, artistes, éditorialistes, médecins, politiques…, elle devient contraire à une autre composante de notre devise républicaine : la fraternité.

La France cumule les handicaps : corporatisme, donc, mais aussi bureaucratie, assistanat (dangereux quand l’assistant, l’État, est défaillant), centralisme et exercice vertical du pouvoir, nombreux territoires où l’État de droit recule pour préserver la paix sociale (combien de contraventions pour non-respect des restrictions sanitaires dans le métro ou dans les « quartiers » ?)…

Le retour du confinement est aussi le résultat de l’échec du premier déconfinement. Déconfiner est bien plus difficile que confiner. C’est là que tout se joue. Et c’est ce en quoi le gouvernement a échoué. Il y a eu des erreurs pardonnables et des fautes qui le sont moins. Avoir ignoré, snobé, méprisé cette formidable armée (puisque nous sommes en guerre) de médecins de ville, de pharmaciens, d’infirmiers, d’anesthésistes des cliniques privées (et des cliniques privées en général) pour ne focaliser que sur le seul hôpital et les antichambres, sinon de la mort, du moins de graves séquelles, que sont les services de réanimation, est même un affront au candidat Emmanuel Macron qui jurait en 2017 que la prévention était l’avenir de la santé publique. Affront du président au candidat peut-être, car dans notre Vème République, tout remonte au chef de l’État, comme l’illustre la mascarade de la réunion qui s’est tenue au ministère de la Santé le 27 octobre, au cours de laquelle Jean Castex indiqua aux hauts dignitaires du Parlement qu’il ignorait les mesures que le président annoncera personnellement au peuple.

À la décharge du gouvernement et donc du monarque républicain, la nouveauté et la brutalité du phénomène pandémique ont déstabilisé presque tous les exécutifs, notamment dans les pays démocratiques où l’autorité, perçue comme autoritarisme, est mal supportée et comprise par la population. L’erreur est acceptable, et l’important est d’en tirer les leçons. Il est trop tard et improductif de disserter sur le bienfondé du confinement.

« Monsieur 1er déconfinement » est désormais Premier ministre. Il devra comprendre que les protocoles sanitaires qu’il voulut imposer aux entreprises et aux écoles (des dizaines de pages de directives dignes de la bureaucratie soviétique) n’ont pas de sens, comprendre que battre le record du nombre de tests (en oubliant de prioriser les personnes à risques) n’en a pas davantage s’il faut une semaine pour obtenir le résultat, comprendre qu’on ne peut échapper au respect des règles (comme le port du masque dans les transports en commun) parce qu’on est jeune et qu’on va provoquer une émeute en criant au racisme si on est sanctionné, comprendre qu’il faut cesser de s’entêter avec des StopCovid et des TousAntiCovid (qui a choisi cette appellation ridicule ?) alors que les jeunes, importants vecteurs de transmission du virus, ne rechigneraient pas à utiliser l’utilitaire déjà intégré à leur smartphone, comprendre que plus que saupoudrer des aides aux entreprises, aides souvent insignifiantes au regard de leur perte d’activité, mais colossales pour les finances publiques, l’État devrait encourager toutes les innovations et les initiatives privées visant à développer une économie et un mode de vie compatibles avec la pandémie, comprendre, comme nous l’avons déjà dit et qu’il faut le répéter avec insistance, qu’il faut s’appuyer sur les infirmiers, les pharmaciens et les médecins de ville…

Aux États-Unis, Donald Trump risque de perdre (quoi que rien n’est joué…) les élections à cause de sa gestion de la l’épidémie. En France, la prochaine campagne électorale se déroulera sans doute en pleine crise sanitaire, entre confinement et déconfinements n° 3 ou 4. Si ce yoyo sanitaire revient à choisir entre la bourse et la vie, entre 100.000 morts et 5 millions de chômeurs, ou pire, à ne pas choisir parce que l’on aurait les deux, c’est bien plus que l’avenir politique du seul Emmanuel Macron qui se jouerait en 2022.

Confinement n°2. Dont acte. Mais plus de droit à l’erreur pour le déconfinement n°2 ! 

 

Michel Taube

 

 

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