Edito
11H11 - lundi 12 octobre 2020

Attaque d’un commissariat à Champigny-sur-Marne : là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir ! L’édito de Michel Taube

 

Lorsqu’une vingtaine de « jeunes » (quels jeunes ?) de Champigny-sur-Marne, en région parisienne, attaquent un commissariat à coup de mortier et de barres de fer dans la joie et l’insouciance d’une fête couronnée d’un magnifique feu d’artifice, il ne devrait y avoir personne pour oser encore affirmer que la police et la justice font peur aux délinquants. Et pourtant, la magistrature et, dans une certaine mesure, le Garde des Sceaux, réfutent tout laxisme. Il est vrai que la justice condamne… lorsque le délinquant lui est effectivement présenté ! Elle prononce alors des peines lourdes, comme les prévoit le Code pénal, peines qui ne seront très souvent pas exécutées, comme le permet le Code de procédure pénale. Hypocrisie d’un système…

On peut incriminer la mansuétude des juges, du moins ceux qui manient avec générosité l’excuse sociale, voire ethnique. On peut dénoncer la surpopulation carcérale, qui explique en partie la non-exécution des peines. On peut aussi pointer du doigt l’évolution législative, en particulier la loi du 23 mars 2019, qui renforce l’inexécution des courtes peines de prison, qui n’ont donc de fermes que le nom, au bénéfice de mesures alternatives, comme les fameux travaux d’intérêt général, également rarement effectués, et qui font rigoler ceux qui y sont théoriquement astreints. Même en cas de multi récidive, le « petit » délinquant échappe trop souvent à la prison ou à une alternative dissuasive. Jusqu’au jour où il bascule dans le crime, se retrouve derrière les barreaux pour longtemps et en ressort pire qu’il ne l’était, la réinsertion étant aussi défaillante que la dissuasion.

Il est urgent que nos gouvernants admettent que la violence gangrène la France plus que la plupart des autres démocraties (pire que les États-Unis ?!), et que la vacuité du duo police-justice en est une cause fondamentale, même si elle n’est pas la seule. Le sentiment d’impunité est le reflet d’une impunité effective. Dénoncer la violence et réclamer le rétablissement de L’État de droit n’est pas l’apanage de l’extrême droite populiste, n’en déplaise à Éric Dupond Moretti et à Libération, qui avait scandaleusement mis sur un même plan la droite républicaine, le gouvernement d’Emmanuel Macron et le Rassemblement national. Il faut cesser d’excuser ces exactions par la prétendue violence sociale (et policière) d’une société discriminante, alors que la France est le pays le plus redistributeur du monde. Des pauvres, ces individus de Champigny-sur-Marne, dont des mineurs selon les premiers témoignages (des enfants en danger, selon l’ordonnance de 1945 et de nombreux juges) ? Le feu d’artifice déployé comme arme (de guerre dans leur esprit) contre le commissariat a sans doute coûté plusieurs milliers d’euros. D’où vient l’argent ? 

À Champigny-sur-Marne, on attaque la police au mortier d’artifice. À Herblay, on abat froidement deux policiers. À Marseille, une jeune femme de 19 ans est en urgence vitale après une fusillade, une de plus… Pire que les États-Unis demandions-nous, un pays où l’on peut offrir une Kalachnikov à un gamin pour sa communion ? 

Finalement, ne faut-il pas donner raison aux délinquants ? Là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir, dit-on ! Pourquoi se priver de se faire plaisir si l’on ne risque rien ? La justice pénale ne retrouvera pas sa vertu dissuasive avec des déclarations tonitruantes du ministre de l’Intérieur ou des mesures comme celle annoncée de l’interdiction de la vente en ligne de mortier de feu d’artifice.

C’est une question de moyens, certes, mais aussi de volonté politique.

Le droit pénal français doit être entièrement refondé. On ne peut plus tolérer son triple échec : dissuasion, réinsertion, réparation. La faillite est complète. La reprise en main urgente.

Mais agir ne signifie pas foncer tête baissée vers la répression. Le trafic de stupéfiants, en particulier de cannabis, a pris de telles proportions qu’il semble bien illusoire de l’endiguer avec des mesures de police, surtout après la généralisation de l’amende forfaitaire sanctionnant les consommateurs de cannabis et de cocaïne, en réalité une légalisation déguisée de leur usage. La France est un des pays où l’usage de cannabis est le plus important, malgré sa prohibition jusqu’alors parmi les plus sévères.

Regardons ce qui se fait ailleurs dans le monde, et ouvrons le débat sur la légalisation totale, sous le contrôle de l’État, avec un système proche de la licence IV de l’alcool. Avantages et inconvénients d’une telle évolution devraient être mis tranquillement et objectivement sur la table (voir notre article “La réforme de la répression de l’usage du cannabis : un pétard mouillé ?”), au lieu de crier à « l’empoisonnement de nos enfants » dès son évocation, quitte à fâcher les alcooliers. 

Délinquance, islamisme, Covid, relance économique… Décidément, espérons que l’hymne du quinquennat ne soit pas la chanson de Dalida « Paroles paroles… » !

 

Michel Taube

 

Retrouvez-nous dans le prochain Live Opinion Internationale jeudi 12 novembre 2020 de 19h à 20h30 sur Zoom. Programme et inscription ici.

 

Directeur de la publication

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