Edito
10H53 - mardi 29 septembre 2020

Covid-19 : après la Mayenne, Marseille est-elle le nouveau bouc-émissaire de nos fautes collectives ? L’édito de Michel Taube

 

La saturation galopante des services de réanimation appelle le gouvernement à prendre de mesures restrictives, certes mal préparées et annoncées, mais qui n’ont d’autre but que d’éviter un confinement généralisé ou une hécatombe sanitaire. Comme en mars, c’est le spectre de la saturation des lits de réanimation qui est le fil conducteur de la politique gouvernementale. Une course de vitesse imposée que l’absence de mesures de prévention orchestrées suffisamment tôt auraient pu permettre d’éviter.

Contrairement aux assertions des pouvoirs publics, la France n’est pas prête à affronter une seconde vague. Les dysfonctionnements demeurent nombreux, que ce soit sur le terrain de la prévention (le fiasco du dépistage et de l’isolement) que celui de la prise en charge de la pathologie dans sa phase extrême, puisqu’on en est revenu aux 5000 lits de réanimation en disponibilité permanente, comme si une seconde vague de l’épidémie avait été exclue par le gouvernement.

Ceci étant, ce que l’on entend depuis la décision de fermer provisoirement les bars et restaurants marseillais confine à la tartuferie, outre le fait que nombreux sont ces établissements qui ont largement bénéficié durant l’été de l’extension des terrasses sur le domaine public, parfois au grand dam des riverains, et que Jean Castex a annoncé une compensation de la perte du chiffre d’affaires, ce dont d’autres professions, tout aussi impactées par la crise, ne bénéficieront pas. Quant à l’évocation d’une punition de Marseille par Paris, ou d’un conflit personnel entre Olivier Véran et Didier Raoult, il est d’une bêtise et d’une absurdité dignes du complotisme le plus primaire.

« Prouvez-moi que le risque est plus important dans un restaurant ou un bar qu’ailleurs », entend-on dans la bouche des révoltés du zinc. Jean Castex s’appuie sur une étude qui prouverait que l’on est quatre fois plus exposé si l’on fréquente un bar, étude dont il est vrai qu’elle demeure confidentielle. Pourtant, n’est-elle pas superfétatoire : les restaurants et bars, hors terrasses, étant des espaces clos où l’on ne peut porter le masque, un virus peut s’y diffuser en aérosol et être à l’origine d’un cluster, quel que soit l’espace entre les tables. C’est simple, implacable (le seul débat portait sur l’utilité du masque en extérieur), et pourtant subitement remis en cause au nom d’intérêts économiques certes légitimes. Sauf mensonge généralisé de tous les gouvernements de la planète, il est absurde d’exiger de prouver ce qui était jusqu’ici considéré comme une évidence.

Pourtant, un argument plaide en faveur des restaurateurs : à Marseille, les restaurants du personnel, dans les entreprises et les services publics, ne seront pas fermés, même si là aussi, les interprétations peuvent diverger. Pourquoi le risque de contamination serait plus important dans une brasserie que dans un self d’entreprise ? La réponse renvoie au respect du protocole sanitaire. Dans un self d’entreprise, tout est fait (en principe !) pour que soient respectées la distanciation physique et la désinfection des mains et des tables. Il faut bien reconnaître que dans la restauration de loisir, cela n’est pas toujours le cas, rentabilité oblige. Dans certains quartiers plus que dans d’autres, les serveurs ne portent pas le masque (ou le portent sous le menton), les convives se déplacent également non masqués dans l’établissement, le gel hydroalcoolique n’est pas proposé (et encore moins imposé) à l’entrée… Quant à la prise de température à l’entrée…

Certes, le problème de la diffusion du virus par aérosolisation n’est pas réglé par le respect du protocole sanitaire (il ne l’est pas davantage dans les selfs du personnel !) ; certes, on peut considérer que les restaurants d’entreprise sont plus essentiels au bon fonctionnement de l’économie que les restaurants de loisir, malgré les conséquences pour ce secteur. Mais on peut aussi comprendre que toute la profession ne veuille pas payer pour les brebis galeuses, trop nombreuses, qui ne respectent pas le protocole sanitaire. Si l’on maintient ouverts les restaurants d’entreprise, on devrait accepter que les autres le soient également, mais à condition que toutes les précautions sont prises. La situation est plus délicate pour les bars, sauf s’il est possible d’y appliquer les mêmes règles préventives qu’au restaurant.

Hélas, la plupart des indicateurs sont au rouge. « Si rien ne change », affirme au JDD Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, l’épidémie sera généralisée, durable, et notre système de santé sera « incapable de répondre à toutes les sollicitations », avant d’ajouter : « la deuxième vague arrive plus vite que nous le redoutions ».

Et ce qui change ne va pas dans le bon sens, surtout quand des notables de pacotille comme Nicolas Bedos ou Jean-Marie Bigard appellent à la désobéissance civique, que certains éditorialistes et journalistes chantent la liberté de vivre comme bon leur semble et que des professeurs de médecine, comme Jean-François Toussaint, minimisent la gravité de la situation ?

Cela ne consolera pas les restaurateurs marseillais, mais ils pourraient être rapidement rejoints par leurs confrères parisiens (puisque cette comparaison semble obsessionnelle à Marseille), puis ceux de la France entière si la prévention, c’est-à-dire un strict respect des gestes barrière et la détection du plus grand nombre de personnes contaminées.

Il faudra vivre avec le virus, avait dit le chef de l’État. Mais au train où vont les choses, c’est le virus qui vivra très bien avec nos affres, nos légèretés et nos erreurs collectives et publiques.

 

Michel Taube

 

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Directeur de la publication

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