Edito
12H48 - mardi 7 juillet 2020

Le gouvernement Jean Castex : tout cela pour ça ? L’édito de Michel Taube

 

Alors que s’amorçait la sortie (provisoire ?) de la crise sanitaire, annonciatrice d’une terrible crise économique et sociale, nombreux étaient les observateurs à parier sur un virage à gauche d’Emmanuel Macron, qui lui-même avait déclaré que, le moment voulu, il se remettrait en cause.

Mais son monde d’après, du moins si l’on s’en réfère à la composition du gouvernement, ressemble surtout à celui d’avant, voire d’avant l’avant. Un gouvernement très sarkozyste à vrai dire, avec une ouverture à gauche et à la société civile, comme l’avait fait l’ancien chef de l’État en 2007.

Si un dirigeant ou transfuge de LR comme Xavier Bertrand ou Christian Estrosi avait été à la place d’Emmanuel Macron, le gouvernement Castex aurait été du même acabit que celui qui prend aujourd’hui ses fonctions. Certes, on peut considérer qu’injecter dans l’économie les milliards à crédit est typique d’une approche budgétaire de gauche. On peut penser que l’augmentation du poids de l’État qui en résulte est également une caractéristique de gauche. Mais s’agissant d’amortir les effets extrêmes du confinement, le monde entier a eu recours à cette méthode, dont on ne peut par conséquent pas tirer de conclusion politique.

Si le gouvernement Castex n’est pas nécessairement plus à droite que le précédent en nombre de ministres, les fonctions essentielles sont bien confiées à des hommes (pour la parité, on reviendra) issus de la droite, comme l’économie et le budget, et maintenant l’intérieur, outre Matignon.

 

L’agonie de la macronie ?

Où sont les Mounir Mahjoubi, Sibeth Ndiaye, Agnès Buzyn, Christophe Castaner, Richard Ferrand, Nicolas Hulot, Muriel Pénicaud, tous ces ministres de premier gouvernement Macron/Philippe, issus de LREM, venus d’ailleurs ou de nulle part, ces bébés Macron qui devaient construire la France des start’up, dans ce que cette expression a de plus positif, de plus emballant ? À la trappe, comme LREM, un parti d’amateurs dont Emmanuel Macron a eu le tort de se désintéresser une fois installé à l’Élysée, et qui n’a même plus la confiance de son géniteur.

Zéro maire LREM élu aux municipales, mais le triomphe au Havre d’un populaire Premier ministre de droite qui applique la politique de l’impopulaire chef de l’État (qui est le fusible de qui ?), c’est la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Le vase était effectivement rempli à ras le bord : LREM, c’est une extraordinaire addition de gaffes, d’erreurs, de fautes, dans ou à l’extérieur du gouvernement, avec des conséquences graves sur certains piliers de l’État, comme la Justice et l’Intérieur.

En 2017, Emmanuel Macron avait démoli la gauche, et réduit le PS au rang de groupuscule. La droite républicaine vivotait encore, avec sa centaine de députés LR, mais aucune figure charismatique et entraînante pour conduire une éventuelle reconquête. Une poignée de médiocres sont partis chez Le Pen, d’autres, plus futés, chez Macron, d’autres nulle part.

Avec le gouvernement de Jean Castex, et en dépit de la présence de Dupond-Moretti, que l’on peut penser éphémère (nous y reviendrons demain), on aurait presque le sentiment qu’Emmanuel Macron est lui aussi un transfuge de LR.

L’ombre de Nicolas Sarkozy plane sur ce gouvernement : c’est peut dire qu’il a l’oreille du président. De nombreux ministres du gouvernement, et non des moindres, ont été formés à son école. Ce sont des pros, pas forcément si anciens, mais qui connaissent les rouages de l’État et maîtrisent l’art de le diriger. Du moins peut-on l’espérer !

 

Ou est le virage écologiste ?

Quant à l’écologie, une néo macronienne, transfuge de la gauche, fait son entrée au gouvernement : Barbara Pompili, chargée de la transition écologique. Elle n’est pas le poids lourd que certains espéreraient, mais elle semble bien choisie pour instiller dans les esprits l’idée qu’en 2022, le candidat vert-vert sera Emmanuel Macron, et le candidat vert-rouge celui d’EELV, a fortiori si ce parti passe par une primaire dont le (trop) modéré Yannick Jadot pourrait faire les frais mais qu’il refuse d’envisager.

Un gouvernement vu à la télé ? Avec Roselyne Bachelot à la Culture, Emmanuel Macron ne fait pas vraiment dans la techno et le rap ! Cette grande fan d’art lyrique, qui avait juré ne plus jamais revenir en politique, a cependant deux atouts : l’expérience gouvernementale et la gouaille. Capable de passer du plateau de Cyril Hanouna au Conseil des ministres, la dame sait faire le show. Même si Roselyne ne fait pas l’unanimité, elle tranche avec son prédécesseur, déjà oublié et parti au Commerce extérieur.

 

Darmanin versus Schiappa, le régalien en sursis

Visée par une enquête pour viol, Gérald Darmanin est-il à la place au ministère de l’Intérieur ? En tout cas, la question est posée. Mais ne pas l’y nommer pour cette raison eut été faire trop plaisir à ces juges justiciers, parfois plus inspirés par Edwy Plenel que par le Code pénal. La justice fera son œuvre, mais cette nomination est aussi une manière de rappeler avec force la présomption d’innocence et faire comprendre aux juges qu’ils doivent dire le droit et non faire de la politique.

Mais surtout, l’arrivée de Gérard Darmanin, âgé de 37 ans, au ministère de l’Intérieur, rappelle le parcours d’un certain Nicolas Sarkozy. Comparaison n’est jamais raison, mais le nouveau locataire de la place Beauvau pourrait bien un jour être tenté de faire les quelques mètres qui le séparent du Palais de l’Élysée.

Plus important, on aurait souhaité un grand ministère de la laïcité. Non seulement il n’y en a pas, mais la personne qui semble être en charge de ces questions sera Marlène Schiappa, désormais ministre chargée de la Citoyenneté, mais sous le contrôle du ministre de l’Intérieur. Sa conception étriquée de la laïcité risque de se traduire par une prime au communautarisme.

Quant à la réforme de l’État, elle aurait dû être une pierre angulaire du quinquennat. C’est finalement la jeune Amélie de Montchalin, groupie macronienne de la première heure, qui se retrouve affublée du titre de ministre de la Transformation et de la Fonction publiques. Autant dire que la grande réforme de l’État, si elle voit le jour, est remise à 2022. Ou 2027. Ou….

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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