Edito
11H16 - vendredi 3 juillet 2020

Édouard Philippe, la rigueur tranquille pour 2022 ? L’édito de Michel Taube

 

Qui a démissionné Edouard Philippe ? Emmanuel Macron ? Ou Edouard Philippe est-il parti de lui-même ?

En politique, comme en diplomatie, il n’y a pas d’ami. Seuls les intérêts respectifs et les rapports de force dictent les relations entre individus.

Edouard Philippe a toujours été considéré comme loyal. Il l’a parfaitement été aussi longtemps qu’il était au gouvernement. Comme avant lui Jacques Chirac envers Valéry Giscard d’Estaing, Édouard Balladur envers Jacques Chirac. Comme Emmanuel Macron à l’égard de François Hollande, lui qui pourtant préparait déjà sa campagne présidentielle alors qu’il était encore ministre de l’Économie. C’est un peu la chronique des trahisons politiques, ou celle des arroseurs arrosés.

S’il n’avait pas été nommé Premier ministre, Édouard Philippe n’aurait vraisemblablement pas eu d’avenir national aussi vite. Peu importe, car telle est la règle du jeu. Sans François Hollande, Emmanuel Macron aurait-il été président de la République ? La reconnaissance du ventre n’existe pas en politique. Brutus tue toujours César. C’est dans l’ordre des choses.

Sans doute, les deux hommes ont-ils intérêt à ce divorce. Les élections municipales ont été un désastre pour LREM, qui n’a pas su faire élire le moindre maire. A l’inverse, Édouard Philippe a été élu presque magistralement maire du Havre, reprenant ainsi les commandes de son fief historique, d’où il pourra tranquillement préparer ses futures joutes électorales.

De son côté, Emmanuel Macron veut se saisir pleinement du flambeau largement abandonné à Édouard Philippe durant la crise sanitaire et le confinement. Il doit ressentir la popularité de son ancien Premier ministre comme une profonde injustice, lui qui est si largement décrié, au point de devenir l’incarnation de tout ce qui ne fonctionne pas dans ce pays. Car la politique qui vaut à Édouard Philippe sa popularité paradoxale, c’est bien celle de Macron. Sous la Vème République, rien ne peut se faire sans le consentement du chef de l’État, a fortiori lorsque le Premier ministre est un transfuge d’un parti minoritaire.

Ledit parti, Les Républicains, est un cadavre de plus sur le champ de la bataille de 2017. Certes, il bouge encore et pourrait espérer une improbable résurrection, les élections municipales se sont pas trop mal passées pour la droite républicaine, mais il lui manque encore une personnalité capable de l’incarner, qui se détache des autres, qui rassemble, qui séduit, qui convainc. Il lui manque un Jacques Chirac ou un Nicolas Sarkozy…

Ou un Édouard Philippe ? L’ancien Premier ministre, issu de LR, a trahi son parti, mais n’a jamais adhéré à LREM. L’avantage de la normalité de la trahison est que l’on passe facilement l’éponge. Il n’est pas exclu qu’Édouard Philippe devienne le chef que LR attend, d’autant plus qu’Emmanuel Macron prépare un coup de barre à gauche, peut-être avec Jean-Louis Borloo à Matignon, qu’il avait pourtant humilié en rejetant son plan pour les banlieues, ou un premier ministre (une ?) plus technicien qui ne lui ferait pas d’ombre pour préparer 2022…

Si Édouard Philippe a cette force de conviction et ce charisme lui permettant de rassembler autour de sa personne, il n’aura pas besoin d’un parti pour s’engager sur la route de l’Élysée. Il lui suffira de créer son propre mouvement, comme le fit son ancien patron avec LREM.

La popularité d’Édouard Philippe est un véritable anachronisme et une chance inespérée. Dans une France qui ne sait plus elle-même si elle est de droite ou de gauche écolo, et dont le président est mal-aimé et le gouvernement largement considéré comme défaillant ou incompétent à des postes aussi importants que l’Intérieur ou la Justice, Édouard Philippe plane au-dessus de la mêlée. Ou de la mélasse ! Il lui sera néanmoins difficile de renier son propre bilan, d’affirmer qu’il a été entravé dans ses projets par Emmanuel Macron. La ligne de fracture se dessinera sur la nouvelle politique macronienne, dont on se demande si elle sera compatible avec les idées d’autres ministres venus de la droite, et non des moindres, comme Bruno le Maire ou Gérald Darmanin. Le premier fut déjà candidat à la présidentielle de 2017. Le second s’imagine sans doute un grand avenir. Rejoindront-ils Édouard Philippe ?

À ce jour, seule Marine Le Pen semble assurée d’être qualifiée pour le second tour de la prochaine présidentielle. Il restera un fauteuil que se disputeront Emmanuel Macron (s’il se représente), un candidat vert (probablement Yannick Jadot), peut-être Anne Hidalgo, si la gauche réinvente la gauche plurielle, et maintenant Édouard Philippe. Si on y ajoute un candidat LR (dans l’hypothèse où ce ne serait pas Édouard Philippe) et un candidat d’extrême gauche, comme Jean-Luc Mélenchon, le thriller de 2022 s’annonce déjà passionnant.  

Avec une prime certaine à Edouard Philippe ? Après les années flamboyantes et turbulentes (le mot est faible) d’Emmanuel Macron, les Français pourraient préférer la rigueur tranquille qu’incarne à ravir Edouard Philippe.

Une chose est sûre : l’élection présidentielle a commencé le 3 juillet 2022.

 

Michel Taube

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