Edito
09H31 - jeudi 2 juillet 2020

La macronie contre Macron ? L’édito de Michel Taube

 

Les principales personnalités de la macronie viennent de la gauche et de la droite, à commencer par Édouard Philippe. Rien de si surprenant, puisque Emmanuel Macron a dynamité LR et anéanti le PS avec l’aide bien involontaire des deux François, Fillon et Hollande.

La République en Marche, LREM, n’a pas quatre ans et a connu son baptême du feu démocratique aux élections présidentielle et législatives en 2017. On peut donc accorder au parti du président quelques circonstances atténuantes à la débâcle qu’il vient de subir aux élections municipales. Circonstances atténuantes certes, mais coupable tout de même : pas de sortant dimanche matin, pas d’entrant dimanche soir ! A moins de deux ans des prochaines présidentielles et législatives, c’est de mauvais augure.

La faute à qui ? A Macron qui n’a pas su gérer les égos des uns et des autres comme à Paris ? A la direction de la LREM ? En effet, la direction de ce parti a réussi l’exploit de ruiner en moins d’un quinquennat la dynamique mobilisatrice qu’il avait suscitée à l’origine.

Qui connaît les dirigeants d’En Marche ? Dans la trentaine des membres du Bureau exécutif, lesquels s’expriment régulièrement dans le débat d’idées, lesquels sont allés au combat électoral aux municipales ?

La réalité est que la macronie qui entoure le chef de l’Etat pêche par manque d’envergure, par excès de jeunisme, par orgueil et condescendance. Le président de la République porte une vision, dessine un chemin (que l’on peut désapprouver mais qui a le mérite d’exister) mais la mise en œuvre et le service après-vente sont catastrophiques.

La faute au DRH ? Macron s’est révélé un mauvais DRH, à l’Elysée même (rappelons-nous l’affaire Benalla) comme dans la mise en œuvre de ses décisions. Mais il n’a pas été aidé, notamment par sa jeune garde (ces fameux strauss-kahniens) qui fut brillantissime pour gagner la présidentielle mais chez qui l’exercice du pouvoir est monté à la tête. Rappelons-nous Benjamin Griveaux !

Après son accession à l’Élysée, la macronie s’est trop souvent comportée comme un enfant gâté et méprisant. On brasse de l’air, on se complaît dans la réunionite, on regarde les autres de haut, on est le pouvoir.

Et que dire des trois cents parlementaires de LREM ? Le casting de 2017 restera un éternel mystère. Le fruit d’une forme de démocratie participative qui a fait que c’est tout sauf la compétence politique qui a présidé au choix des futurs députés. Quelques très bons députés en sont sortis mais jamais le couple Elysée – groupe parlementaire n’a fonctionné. Les relations se sont distendues au fil du temps.

Quant au parti LREM, nous avons compris le drame lorsqu’un proche du chef de l’Etat nous a confié en janvier 2020 qu’à l’Elysée, on s’en fout d’En Marche et que Macron peut s’en sortir tout seul, lui face au peuple. Cette confession d’un des golden-boys de la macronie en dit long sur l’état d’esprit qui règne dans la macronie.

Au gouvernement, les figures dominantes viennent aujourd’hui presque toutes de la droite, comme Jean-Michel Blanquer et plus encore Gérald Darmanin et Bruno Lemaire, autour d’Édouard Philippe. De la gauche, il ne reste guère que Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, qui jouisse d’une bonne notoriété, et Olivier Véran, qui n’a pas démérité dans la gestion de la crise sanitaire malgré les retards irratrapables des pouvoirs publics. Les ministres estampillés LREM ne font guère l’unanimité, ou alors contre eux, comme Christophe Castaner. Même la fougueuse Marlène Schiappa est aujourd’hui vilipendée, même par Emmanuel Macron, pour ses lois gadgets comme la pénalisation de la goujaterie ou la diplomatie féministe, alors qu’on ne parvient même pas à lutter efficacement contre le viol.

Alors qu’Emmanuel Macron était (l’est-il toujours ?) considéré comme un homme brillant, le Kennedy français, disait-on même, il n’a pas su, pu ou voulu s’entourer des meilleurs, pour conduire un véritable changement, pour moderniser la France (quid de la réforme de l’Etat ?) comme naguère surent le faire Georges Pompidou ou Valéry Giscard d’Estaing, ou encore François Mitterrand sur le plan culturel. Même les réformes annoncées pendant la campagne présidentielle de 2017, comme celle de la retraite, n’ont été menées à leur terme, sauf parfois au prix de concessions qui les vidaient d’une grande partie de leur substance.

Si Emmanuel Macron ne se succède pas à lui-même, la macronie disparaîtra du paysage politique. LREM n’est rien sans Emmanuel Macron.

C’est aussi l’autre enjeu du remaniement gouvernemental : remanier en profondeur les cercles qui entourent le chef de l’Etat, faire le grand ménage à la tête de LREM (combien de dizaines de milliers de militants ont quitté le navire à cause des mesquineries et des confiscations de tout débat et de toute respiration démocratique par les hiérarques du parti).

Réinventer la macronie pour sauver Macron. C’est l’autre défi qui attend le chef de l’Etat.

 

Michel Taube

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