Edito
09H52 - dimanche 10 mai 2020

Quand Prévert rencontre Kafka. L’édito de Michel Taube

 

On connaissait le masque inutile devenu obligatoire, les incohérences, les voltes faces, les affirmations péremptoires démenties par les faits, notamment venant de scientifiques, les ministres recadrés par le président…

Le chef del’Etat, dans l’école de Poissy, disait jeudi que « les formulaires, il n’est pas pour ». Mais quelle est l’autorité du politique sur les administrations ?

Le déconfinement commence enfin demain mais l’insupportable machinerie administrative sévit encore. Des listes d’obligations règlementaires à la Prévert, pondues par des bureaucrates déconnectés du monde réel, et dont on pourrait croire qu’ils éprouvent un malin plaisir à compliquer la vie des administrés, à entraver les élans créatifs, à décourager les initiatives, à nuire. Mais non. Ils ne sont pas méchants (en général).

Des hauts fonctionnaires aussi créatifs que ceux de l’Éducation nationale qui désignent un ballon comme un « référentiel circulaire bondissant » ne veulent pas notre peau. Ils sont formatés pour produire du papier, du règlement et pour donner à l’administration tous les motifs de sanctionner l’administré qui n’aurait pas respecté en totalité cette folie bureaucratique, et pour se protéger, eux et le gouvernement.

 

Vous avez dit DUER ?

Si vous, chef d’entreprise, ne pouvez assurer à chaque salarié 4 m2 d’espace individuel et qu’un seul d’entre eux contracte le Covid-19, même s’il est contaminé par un joggeur zélé qui lui, après une journée en télétravail, l’aura croisé sur le chemin du retour à son domicile, vous en assumerez les conséquences juridiques, quand bien même l’espace serait-il de 3,90 m2, que toutes les autres obligations du document unique d’évaluation des risques (DUER) auraient-elles été respectées. Ce DUER va jusqu’à exiger qu’une seule personne occupe un bureau (et pourquoi pas un voyageur par rame de métro ?!), que la distanciation sociale soit matérialisée par un marquage au sol, ou que les déplacements des salariés soient limités dans l’entreprise. Cela va peut-être inspirer les Allemands et Italiens qui vont reprendre leur championnat de football : fléchage au sol vers le but !

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Il va de soi que l’employeur est garant de la santé de ses salariés et qu’une pandémie exige des mesures spécifiques. Mais cette ultra réglementation, complétée par des fiches métiers, démontre le peu de confiance que le gouvernement accorde aux entreprises, ce gouvernement qui a laissé tant de personnes prendre les transports en commun en leur disant qu’il était inutile de se protéger les voies respiratoires.

Les pharmaciens ont droit à une liste à la Prévert supplémentaire : celle du comptage des masques, car chaque catégorie de bénéficiaire (médecins, infirmières, patients…) a droit à un nombre spécifique, et qu’il faut consigner cette distribution dans un formulaire en ligne. « Au rapport, mesdames et messieurs les pharmaciens, et surtout ne vous avisez pas de remettre un masque à un patient subissant une chimiothérapie ! »

Et que dire des établissements scolaires qui devront respecter un protocole sanitaire de plus de 50 pages. Encore une liste à la Prévert, encore des instructions souvent difficiles, voire impossibles à mettre en pratique, et qui ne garantissent pas pour autant un risque zéro.

Des listes à la Prévert donc, et des situations kafkaïennes, incompréhensibles par un esprit « normal », germées au cœur de la haute fonction publique et avalisées par des dirigeants politiques également issus du même moule, à commencer les énarques Emmanuel Macron (qui n’est pas vraiment le président des star-tups) et Édouard Philippe.

Kafka est souvent dénué de bon sens car il erst coupé des réalités… Emmanuel Macron se posait en gardien du bon sens jeudi dernier ? On se demandera alors qui, du Président, du Premier ministre, du gouvernement ou des conseillers, a pris l’absurde décision de refuser la prise de température systématique à l’entrée de tous les lieux accueillants du public, comme cela se fait dans tous les pays qui affichent un bilan sanitaire autrement plus élogieux que le nôtre. Tester les personnes fiévreuses réduirait le risque de propagation du virus et serait un excellent préalable au dépistage. Le Conseil scientifique aurait-il un avis différent ? Depuis quelques mois, l’évidence scientifique confine parfois à l’absurde et il est fort dommage, là encore, que nos dirigeants politiques accordent une confiance aveugle à ces sachants de l’incertitude ou de l’erreur, scientifiques et administratifs. Qui a donc pris cette décision absurde. Comme dirait Jean-Jacques Bourdin, les Français veulent savoir !

Kafka malgré eux peut-être mais Kafka quand même, car on ne sait plus si l’école est obligatoire ou facultative, on ne comprend pas pourquoi un touriste de l’Union européenne, de l’espace Schengen ou du Royaume-Uni (lequel n’appartient ni à l’une ni à l’autre) peut se rendre partout en France alors qu’un Français ne peut parcourir plus de 100 kilomètres à vol d’oiseau s’il sort de son département. Et voilà qu’Olivier Véran nous raconte que ce serait finalement une bonne nouvelle si on ne parvenait pas à tenir la promesse des 700.000 tests par semaine ! Les injonctions contradictoires se multiplient depuis le début de la crise sanitaire, ruinant la confiance des Français en leur gouvernement et leur administration.

Quand cela cessera-t-il ? Jamais peut-être. Les chefs de l’État non issus de l’ENA, François Mitterrand et Nicolas Sarkozy, avaient, eux aussi, été happés et quelque part muselés par leur administration. Lorsqu’un ministre nouvellement nommé donne ses instructions au chef de son administration, il s’entend répondre : « ce n’est pas possible Monsieur le ministre ». La réponse devrait être « vous êtes viré ! » L’engagement d’Emmanuel Macron d’instaurer un système à l’américaine de « spoil system », qui ferait que les hauts fonctionnaires seraient remplacés lors d’une alternance politique, a fait long feu.

Dans la crise du Covid-19, la France porte un double bonnet d’âne : au désastre sanitaire (des dizaines de milliers de morts) s’ajoute le décrochage économique par rapport à nos voisins, partenaires et concurrents. Si l’on ne parvient à éviter des millions de chômeurs supplémentaires – déjà un demi-million pour le mois de mars -, la crise risque de devenir sociale, puis politique.

Emmanuel Macron a été élu sur une promesse : faire de la réforme de l’Etat la reine des réformes. Il n’a jamais nommé comme ministre en charge de ce dossier que des seconds couteaux ou des transfuges du socialisme (expérience garantie en la matière !). Une fois au pouvoir, il a préféré faire de la retraite sa grande réforme. Avec l’échec cuisant de la tutelle administrative dans la santé pour anticiper la crise du coronavirus, on en paye aujourd’hui l’addition. Reste à espérer que l’Etat laissera les Français se prendre en main et réussir le déconfinement tout en se protégeant.

 

Michel Taube

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Directeur de la publication

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