Edito
08H00 - vendredi 1 mai 2020

Brigitte et Emmanuel Macron, dites-le avec des fleurs ! La petite histoire d’une composition de muguets destinée à l’Elysée et qui finit dans un EHPAD pour le 1er mai. L’édito de Michel Taube

 

Cet article est paru le 25 avril 2020.

Dites-le avec des fleurs, Mesdames, Messieurs ! Dites-le avec du muguet le 1er mai !

Des fleurs, oui, mais pas dans un caddy d’un super/hypermarché ou une jardinerie de grande marque épargnés par le confinement. Franchement, des fleurs dans une grande surface sans âme, chez le marchand de légumes ou l’épicier du coin qui, ces jours-ci, a déjà doublé sa surface (illégalement bien sûr), situé juste en face ou à côté d’un fleuriste fermé administrativement, ça fait mal au cœur !

Les fleurs, ce n’est pas un produit essentiel ? Certes, mais un bouquet, ce sont des sourires, de belles senteurs, si précieux par ces temps de pandémie. Une clochette de muguet, c’est un cadeau de la nature. C’est la tradition française !

Les cavistes et les marchands de vin sont ouverts. Essentiel, n’est-ce pas ? Mais pas les fleuristes, même pour le 1er mai, même en prenant les plus grandes précautions : distanciation sociale, nettoyage des mains, voire même vente exclusivement en extérieur.

Malheureusement, le verdict est tombé. Sourd à leur supplique, à leur souffrance, le ministère de l’Agriculture vient d’accorder une fin de non-recevoir à la requête de la profession (il faut dire pas très bien représentée) des fleuristes et des horticulteurs : les boutiques de fleurs n’auront pas de dérogation le 1er mai pour ouvrir exceptionnellement avant le début de la levée du confinement le 11 mai et vendre du muguet pendant quelques heures.

En guise de consolation, la vente sauvage sera interdite ! Allons donc : on va demander aux gendarmes et aux policiers déjà fatigués par la crise et mal protégés d’aller verbaliser des dizaines de vendeurs à la sauvette le 1er mai. Les amendes vont connaître une courbe épidémique le 1er mai ! Pire, pandémique !

Il est vrai que le ministre Didier Guillaume préfère la corrida aux fleurs, et que la corrida (dans la Rédaction, nous sommes divisés sur le sujet), on ne peut y assister dans un supermarché.

A Opinion Internationale, nous nous sommes dits que c’est profondément injuste et que cette interdiction est l’illustration caricaturale de la méthode Macron ! Les petits commerces de proximité, non, les grandes surfaces, oui !

C’est comme pour les masques : on mise sur les quatre plus grosses entreprises du secteur et sur l’importation de Chine au lieu de mobiliser dès la mi-mars (voire avant) une industrie de guerre en réquisitionnant les usines nécessaires et en appelant les Français à fabriquer des masques par millions. Heureusement que ces derniers s’y sont mis d’eux-mêmes et ont contraint l’Etat à changer (trop tard) son fusil d’épaule !

Mais revenons à notre muguet !

Chaque année, le 1er mai, la profession des horticulteurs et des fleuristes offre au président de la République un bouquet de muguet ! Nous nous sommes dits que le muguet sera fané d’ici là, faute de pouvoir être vendu !

C’est pourquoi nous avons eu l’idée qu’il serait judicieux d’anticiper et d’offrir un bouquet de muguet au couple présidentiel pour tenter de le faire changer d’avis !

 

Les fleuristes et les horticulteurs en colère !

Nous avons donc trouvé deux fleuristes qui animent le carreau des fleurs à Rungis (malheureusement fermé, autre bêtise administrative) qui ont trouvé l’idée excellente : c’est que Monsieur Jackie Théart, Président de l’APHUMR (Association des producteurs horticoles usagers du marché de Rungis, bref les horticulteurs de la région parisienne) et Gérard Baesler pour les fleurs en pot, sont en colère !

Egalement fleuriste à Antony dans les Hauts-de-Seine (ayons une pensée pour le défunt ancien maire d’Antony Patrick Devedjian, victime de cette cochonnerie du coronavirus), Gérard Baesler nous a reçus dans sa superbe boutique et nous a remis une magnifique composition de muguets offerte par l’APHUMR.

 

 

Pas de muguet à l’Elysée

Interview confinée à Antony puis en route vers l’Elysée !

Et là, surprise, refus catégorique de la Présidence de la République de recevoir le muguet : seuls les courriers diplomatiques et officiels peuvent être déposés. L’Elysée s’est confinée en bunker ?

Si nous avions été reçus à l’Elysée, nous aurions dit ceci : que penseraient Madame Macron, Madame Philippe, Madame Guillaume ou Monsieur Riester (car les fleurs, c’est de l’art !) s’ils ne pouvaient aller chez leur fleuriste préféré le 1er mai ? Leurs conjoints respectifs diraient que si on commence à accorder une dérogation aux uns, les autres réclameraient le même traitement. Et leur bien-aimé aurait pu répondre : comme si cette discrimination parfois injustifiable sur le plan sanitaire ne caractérisait pas déjà l’octroi (merci votre majesté) de dérogations à nos chers cavistes. Il faut dire aussi que le vin (noble art et excellence française lui aussi) est mieux défendu que les fleurs !

Madame la Première Dame, Madame Brigitte Macron, j’aurais voulu vous offrir ce gros et beau brin de muguet !

Je me contenterai donc de vous encourager à en parler avec le chef de l’Etat. Punir les fleuristes le 1er mai n’apportera aucun bénéfice sanitaire. Je suis même convaincu que le coronavirus déteste les fleurs : Emmanuel Macron n’a-t-il pas dit hier que ce virus « n’aime pas l’art de vivre à la française » ?

Disons-le avec force : si le confinement et les gestes-barrière sont indispensables pour faire reculer la pandémie (la vraie, celle du coronavirus, pas celle des amendes du 1er mai aux vendeurs à la sauvette), aller chez son fleuriste de quartier, c’eut été respecter le périmètre d’un kilomètre pour prendre l’air et l’heure autorisée pour faire ses courses.

Et surtout, rappelons-le avec force : il est plus simple de faire respecter les gestes-barrière, de vérifier que tout le monde porte un masque dans un petit commerce de proximité comme le fleuriste du quartier que dans une grande surface !

 

 

Rendez-vous dans un EHPAD lundi !

A Opinion Internationale, on reste positifs ! Même en colère, même déçus par les choix présidentiels pour gérer cette crise, il n’y a que des solutions !

Nous n’allons tout de même pas laisser nos fées clochette se faner. Alors, le refus élyséen nous a donné une idée : puisque les fleuristes ont le droit de livrer par mail ou téléphone des commandes de fleurs, nous allons offrir cette magnifique composition de muguets lundi 27 mars à un EHPAD francilien.

Histoire de faire plaisir à nos aînés, de soutenir les personnels soignants et encadrants, durement meurtris par cette pandémie, et d’appeler les Français à faire de même en commandant des fleurs à leur fleuriste le plus proche de chez eux (respectons le périmètre d’un kilomètre) pour les offrir le 1er mai, par livraison express, à nos aînés confinés chez eux ou dans un EHPAD.

Dernière embûche, il faut penser à tout : espérons que la CGT n’appellera pas au boycott de cette belle opération pour cause de fête du travail le 1er mai. Un droit de retrait est à craindre !

Conclusion : Monsieur le président de la République, nous vous l’avons dit ici avec des fleurs : et si d’ici lundi vous décidiez d’autoriser l’ouverture des fleuristes le 1er mai pour vendre du muguet ?

Michel Taube

 

 

 

 

 

Merci à Cheikh Thiaw, Yacine Diagne et Oumou Sissoukou pour leur aimable participation.

Directeur de la publication

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