Edito
08H49 - lundi 27 avril 2020

Guerre contre le Covid-19 : le Jour où Macron perdit la première grande bataille. L’édito de Michel Taube

 

Demain le premier ministre dévoilera à l’Assemblée Nationale le plan de la deuxième bataille dans cette guerre contre le coronavirus. Il faut dire que la première bataille n’a pas été un grand succès. Une drôle de guerre en somme.

Pour bien comprendre ce qui se prépare pour demain, il est utile de revenir sur ce premier Acte de la guerre.

Or dans la vie et singulièrement dans la vie politique, il y a des dates charnières, où le sort bascule vers le meilleur ou le pire. Pour Emmanuel Macron, il a souvent basculé vers le meilleur, si souvent en si peu de temps qu’on pourrait se demander s’il n’a pas épuisé son capital chance en arrivant à l’Élysée, et que désormais, il lui faudrait en payer le prix. Non, sans doute. D’autres n’ont jamais de chance ou en ont toujours.

Mais non. Macron a de la ressource. L’homme est compétent et même brillant. Du moins pouvait-on le penser en le voyant débattre durant des heures, à l’occasion du grand débat national post gilets jaunes. Il connaît ses dossiers, il a le sens de la répartie, il sait communiquer, il n’a pas peur de l’adversité.

Et sur le fond, il n’a souvent pas tort, pas entièrement au moins. La France est engluée dans ses archaïsmes, dans sa bureaucratie. Il faut libérer les énergies. « Je vous ai compris ».

Oui, certes, dans le discours ou dans les envolées lyriques. Mais dans les actes ? Et dans la mise en œuvre des réformes ?

Affaire Benalla, gilets jaunes, réforme des retraites, aujourd’hui crise du coronavirus. Les retards à l’allumage, les choix contradictoires (ah, ce en même temps macronien…), les solutions trop complexes qui n’en sont plus au final, notre cher Président se révèle franchement décevant par temps de tempête.

On le sentait déjà avec la réforme des retraites. Comment le pays, l’Île-de-France en particulier, a-t-il pu être bloqué pendant cinq semaines par une poignée de marxistes défendant leurs privilèges qu’ils firent passer pour l’intérêt général ? Comment les Français ont-ils pu les approuver, alors qu’à peu de choses près, cette réforme était annoncée par le candidat Macron, et que tous les autres pays développés sont allés dans la même direction ? La faute à Macron, aux Français, aux syndicats… ?

Mais alors que cette réforme est repoussée aux calendes grecques, voici que le coronavirus est arrivé. Et là, on a changé de catégorie. C’est du lourd, du très lourd.

 

12 mars 2020. Et le destin d’Emmanuel Macron fut scellé ?

Et, alors que les Français sont en majorité mécontents de la gestion de la crise par le gouvernement,  alors que la colère monte à nouveau dans le pays au fur et à mesure que l’on découvre l’ampleur de la catastrophe (le syndicat MG France prétend que 9000 morts à leur domicile n’ont pas été décomptés ; et selon Le Monde, le taux de mortalité en réanimation serait de 30 % à 40 %, selon le réseau européen de ventilation artificielle, soit beaucoup plus que les 10 % évoqués par le gouvernement le 17 avril), il faut revenir sur la date charnière qui a marqué le rendez-vous manqué de Macron avec l’histoire.

Le jeudi 12 mars, le président de la République annonça simultanément la fermeture des écoles et le maintien du premier tour des élections municipales. Et deux jours après, le premier ministre annonça la fermeture le soir même des bars et des restaurants et le maintien de l’élection le lendemain !

Le 12 mars, et les jours suivants, ce fameux en même temps macronien, si utile pour brasser le plus grand nombre de voix pour être élu, ruina la gouvernance macronienne. Et Emmanuel Macron perdit peut-être même sa légitimité de grand chef, d’homme d’État. Il écouta son Conseil scientifique (mais François Bayrou prétend que celui-ci l’encouragea plutôt à reporter le scrutin), son Premier ministre, le président du Sénat (celui de l’Assemblée nationale est un serviteur trop zélé pour exprimer un avis autre que celui du chef), ceux des chefs de parti. Il entendit les représentants de l’opposition s’exprimer sur les plateaux de télévision, évoquant le coup d’État que serait le report des municipales. Comme si la France cessait d’être une démocratie parce que l’on ajourne des élections municipales de quelques mois en pleine pandémie.

Et si le coronavirus devait revenir en mai 2022, même un gilet jaune supporterait Macron quelques mois, le temps de sauver sa peau. L’Angleterre, qui était une démocratie avant la France, n’a pas bronché lorsque les élections municipales du 7 mai furent reportées d’une année.

Ce 12 mars marque un tournant dans le parcours présidentiel d’Emmanuel Macron, parce qu’il n’a pas osé, parce qu’il n’a pas su faire face, se lever seul contre tous, seul avec la France et le peuple qui le lui en serait gré aujourd’hui.

Et pourtant, les faits lui auraient donné raison. Emmanuel Macron aurait repris le flambeau de la lutte contre le Covid-19, aurait été ce capitaine dont le navire France avait besoin dans cette terrible tempête, ce général en chef d’une vraie guerre sanitaire.

Certes, avant le 12 mars, nous avions déjà eu droit aux ratés gouvernementaux, au manque cruel d’anticipation : Agnès Buzyn, Sibeth Ndiaye jurant que jamais l’épidémie de toucherait la France et qu’au cas où, notre système de santé est tellement plus formidable que celui des Italiens, où le virus avait commencé à sévir, qu’on lui règlement son compte en deux temps trois mouvements. Mais bon… L’esprit Tchernobyl, on connait. C’est presque normal en France.

Mensonge sur les masques pour masquer leur pénurie. Scandale des Ehpad laissés à leur triste sort. Tragédie à venir des morts à domicile. Échec de l’ensemble de l’appareil d’État, de l’administration, de la bureaucratie. Dans ces conditions, la montée en puissance des capacités de réanimation des hôpitaux est presque miraculeuse. Elle est une lueur d’espoir pour la France de demain.

Échec d’Emmanuel Macron qui n’a pas su anticiper, qui s’est réveillé le jour où il était trop tard. Il n’était pas le seul, tant s’en faut ! N’est ni de Gaulle ni Churchill qui veut. Les événements révèlent les hommes. Nous sommes en guerre, disait Emmanuel Macron. Le candidat chanceux de 2017 n’a pas, pour le moment, été à la hauteur du challenge. Force est de reconnaître que lui et son gouvernement n’ont pas été aidés. Il faudra bien tôt ou tard réformer l’État en profondeur, désintégrer le fameux mille-feuilles administratif, mais aussi définir les bases d’un nouveau syndicalisme constructif et non idéologique.

Je me souviens le 12 mars… Paris était déjà en train de se vider. Les Français, eux, sentaient venir la crise et commençaient déjà à se confiner. Le président de la République n’a pas joué le rôle ni de lanceur d’alerte ni de général annonçant à l’avance vers où l’on va. Ce sont les Français qui ont donné le la. Il en fut de même avec les masques.

Et il faut craindre qu’il en soit de même avec le déconfinement.

Justement, la France s’engage à présent dans une seconde bataille, celle du déconfinement. Emmanuel Macron sera-t-il au rendez-vous par la voix de son Premier ministre ? Saura-t-il être ce capitaine d’un navire dans la tempête ? Saura-t-il gagner la seconde bataille de cette guerre, qui de sanitaire, deviendra également économique ? Début de réponse à partir de demain.

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

 

Directeur de la publication

Nicolas Bedos assassin ? L’édito de Michel Taube

Trop de « fils de… » accèderaient-ils à la célébrité par ce qu’ils sont fils de… ? Jean-Marie Bigard, futur candidat à l’élection présidentielle, parlerait de « fils de p… ». Si…
Michel Taube