Edito
06H55 - samedi 18 avril 2020

Coronavirus : et s’il fallait remercier ce petit joueur ? L’édito de Michel Taube

 

Remercier le coronavirus, qui provoque le Covid-19, nom de la maladie, semble impensable. Une véritable provocation, compte tenu des morts, des endeuillés, des souffrances qu’il engendre, sans parler des effets sur l’économie. Une sacrée saloperie que ce virus !

Sauf que l’on sait depuis toujours que la seule question n’était pas si, mais quand une pandémie se produira. En 2005, à l’époque de la crise asiatique du SRAS, la CIA avait prédit, dans un rapport public lu par des centaines de milliers d’Américains et de citoyens dans le monde, mais pas par nos dirigeants (malgré les commentaires éclairés de la traduction en français par Alexandre Adler) !!!, les effets désastreux d’un nouveau coronavirus.

Peste, choléra, grippe espagnole, grippe de Hong Kong… Les épidémies ont jalonné notre histoire, nous laissant à chaque fois sans véritable défense. Même aujourd’hui, notre science et nos supercalculateurs n’ont su éviter de recourir à la plus ancestrale des mesures : le confinement. Tout juste peut-on espérer qu’ils nous aideront à trouver plus rapidement un traitement permettant une guérison totale et un vaccin. Pour le Sida, cela fait bientôt quarante ans que l’on cherche en vain l’un et l’autre. Tout juste la médecine aide-t-elle les personnes atteintes du Sida à vivre avec. Et c’est déjà beaucoup !

Le Covid-19 est la première pandémie qui en, en quelques semaines, s’est rependue sur toute la planète. Faut-il sans étonner ? Les virus prennent eux aussi l’avion, avec les passagers ou le fret (le coronavirus résiste plusieurs jours sur des surfaces inertes comme le verre, le carton ou le plastique). Il est très contagieux, puisqu’une personne infectée peut en contaminer trois autres (contre une autre pour la grippe). Son expansion est par conséquent exponentielle, raison pour laquelle plus de la moitié de l’humanité pourrait être touchée.

Sa mortalité dépend beaucoup des capacités hospitalières, notamment en réanimation. En Italie, qui comme la France, est l’un des pays les plus riches de la planète, on a observé que le taux de mortalité, inférieur à 2 %, pouvait dépasser allègrement 3 %, du fait de la saturation du système de santé. À ce jour, 3,4 % des patients confirmés positifs au coronavirus sont décédés, alors que l’Afrique n’en est qu’au début de l’épidémie. Mais ces chiffres doivent être relativisés du fait de nombreux de porteurs sains ou ne présentant pas de symptômes graves. Ils passent sous les radars. Si 4 milliards de personnes sont infectées, le Covid-19 pourrait par conséquent en tuer entre 40 et 150 millions, en majorité des personnes âgées ou fragiles, car présentant une comorbidité.

Dans notre malheur, nous avons eu beaucoup de chance. Car imaginons qu’un virus aussi contagieux ait le taux de mortalité des souches les plus virulentes d’Ebola : 90 % ! Là, nous commençons à nous approcher des ouvrages ou films catastrophes aux scénarii les plus radicaux. Or une fois encore, la question n’est pas de savoir si, mais quand un tel scénario se réalisera. Si c’est dans plusieurs siècles, les catastrophes environnementales qui s’annoncent, et les guerres subséquentes auront peut-être déjà fait le travail en lieu et place des virus. Réjouissante perspective !

Mais il est à craindre que les choses aillent bien plus vite. En 2009, la grippe A (H1N1), due au virus Influenza, résonna comme un avertissement presque sans frais. Elle ne fut en définitive pas plus mortelle que la grippe saisonnière. Entre 1968 et 1969, la grippe de Hong Kong tua 1 million de personnes en moins de deux ans dont 31000 personnes en deux mois et près de 40000 personnes en France. Entre 1918 et 1919, la grippe espagnole fit entre 50 et 100 millions de victimes, selon les dernières estimations, mais avec des disparités géographiques très importantes (0,5 % de mortalité en Europe, 6 % en Inde).

Aujourd’hui, tous les commentateurs s’accordent sur un point : il y aura un avant et un après Covid-19, tant sur le plan économique, avec notamment une relocalisation de certaines productions, que sur le plan sanitaire. Il faudra être prêt lorsque la prochaine pandémie frappera, peut-être dès l’année prochaine, avec un retour du coronavirus (s’il nous a lâchés d’ici là !), peut-être et plus virulent. Toute une culture des gestes barrière est à inventer, à intégrer à nos pratiques. Nous en parlions hier pour les restaurants. Tous les pans de notre vie sociale seront concernés !

L’organisation des transports et celle du travail n’y échapperont pas. Face à un nouveau virus, sans remède ni vaccin, nous ne sommes pas plus avancés que nos ancêtres, et le confinement demeurera notre première réponse à l’attaque virale. Mais il nous faudra imaginer une économie et même une société capable d’y résister durablement, ce qui suppose le développement du télétravail, de la télémédecine ou de la robotique, et un assouplissement du carcan juridique et administratif générateur de retard et de lenteurs. Il ne pourra y avoir un deuxième coup des masques !

Optimiste par nature, il n’y a que des solutions. Encore faut-il les mettre en œuvre à grande échelle. Les inventeurs du monde de demain sont déjà au travail ! Et Opinion Internationale leur ouvrira leurs colonnes dès lundi 20 avril.

Sur le plan des relations sociales, les alternatives au confinement total devront être imaginées, sans doute grâce à de nouveaux outils de distanciation sociale (attribution de créneaux horaires pour les sorties, alarme lorsqu’on se rapproche trop d’une autre personne, espaces isolés dans les restaurants…), tout cela prêt à servir, mais uniquement en cas d’épidémie, comme un gilet de sauvetage sur un bateau ou dans un avion.

Nous aider à être prêts au pire, tel est peut-être le plus beau cadeau que nous a fait le Covid-19. Mais il est aussi possible que le naturel revienne au galop, que la leçon soit très vite oubliée.

À nous d’écrire la prochaine page de l’histoire, car sinon la fin de l’histoire finira par nous tomber dessus comme le ciel sur la tête de nos ancêtres les Gaulois.

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

Directeur de la publication

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