Edito
06H55 - vendredi 3 avril 2020

Le système D au secours de l’Etat dans la guerre contre le coronavirus. L’édito de Michel Taube

 

A Paris une pharmacie et à Sète un navire usine qui produisent en masse du gel hydroalcoolique, des entreprises et des artisans du textile et de la papèterie qui se mettent à fabriquer des masques hier non homologués et aujourd’hui acceptés par les pouvoirs publics sous la pression de l’opinion publique, vive le système D ! Et vive la créativité des Français qui viennent tenter de réparer les retards de l’Etat sanitaire.

« Système D » comme débrouille, système D comme solutions par temps de guerre. Voilà une expression bien française qui, hélas, ne correspond pas toujours à l’état d’esprit d’un peuple trop habitué à se reposer sur l’État.

Pourtant, fallait-il attendre la pandémie de Covid-19 pour réaliser que l’État ne rend pas aux Français ce qu’il leur prend sous forme de prélèvements obligatoires, puisqu’on se demande souvent comment sont utilisés les 56 % de la richesse nationale absorbés par le secteur public ? Indépendamment des reproches conjoncturels faits à l’actuel exécutif, on peine à comprendre pourquoi la sixième puissance économique du monde, forte d’un État mastodonte (obèse, sans doute), est à la traine lorsqu’il s’agit de fournir à ses administrés des masques, des tests de dépistage, des lits de réanimations, des respirateurs, voire la chloroquine qui commence à être prescrite aux quatre coins de la planète par des généralistes.

Les Anglais, engagés plus tardivement que nous dans cette guerre sanitaire (Boris Johnson aura certainement à en répondre devant le peuple britannique) et malgré un système de santé nettement moins réputé que le nôtre ont mis moins d’une semaine à créer le plus grand hôpital de campagne au monde avec 5000 lits à Londres ! Pâle figure que nos 30 lits militaires sur le parking de l’hôpital de Mulhouse aménagés à renfort de communication politique il y a deux semaines.

Système D, donc. Par exemple, le spécialiste d’articles de sport Décathlon vient d’offrir 30.000 masques de plongée aux hôpitaux, afin de pallier à la pénurie de masques de protection, mais aussi parce que ce modèle peut être relié à un respirateur. Alors que ces masques, détournés par un ingénieur italien, avaient été montrés à la télévision il y a une dizaine de jours, on aurait pu espérer que l’État se saisisse de l’information et contacte l’entreprise dans les 48 heures.

Les Français, désemparés par les défaillances d’un État dont il attendait tout, ont commencé à se rappeler qu’ils avaient naguère été, durant la guerre notamment, de grands experts du système D. Et comme nous sommes en guerre, le déclic est enfin tombé à pic !

 

Des masques à tout prix

La priorité absolue est de palier à la pénurie de masques, car ils sont les premiers et principaux remparts (contrairement au discours officiel français et à l’instar de l’expérience des Asiatiques) contre un virus respiratoire, lorsque l’on est obligé de fréquenter un lieu clos, comme un supermarché ou un bus, où il survit au moins trois heures dans l’air ambiant. Bien que cela provoquerait une crise d’apoplexie chez tout haut fonctionnaire obsédé par les normes, les labels et les procédures bureaucratiques, ces masques artisanaux sont parfaitement capables de réduire significativement le risque de contracter la terrible maladie, s’ils sont réalisés sur la base de certains tutoriels que l’on trouve sur internet, comme celui proposé par le CHU de Grenoble lui-même. D’autres tutoriels suggèrent qu’un rectangle découpé dans un sac d’aspirateur ou une lingette de type Swiffer, glissé entre deux couches d’un quelconque tissu, ferait également l’affaire, d’autant plus que le masque maison n’est porté que le temps de faire ses courses ou son trajet. Il est regrettable que les pouvoirs publics ne l’aient pas suggéré comme geste-barrière, alors qu’ils se jurent (et nous jurent) que l’heure est désormais à la transparence.

Il y a le système D pour compenser les insuffisances des pouvoirs publics. Il y a aussi celui des Français confinés : les cours de gym organisés sur les balcons, les « passe-moi l’sel » par un fil tendu entre deux appartements, les cours en tous genres proposés en ligne pour adultes et enfants, les entraides au bénéfice des personnes isolées, notre rubrique Corona-Blagues qui rencontre un grand succès et qui n’est que le modeste reflet de l’inventivité des confinés…

 

Priorité au dépistage généralisé

Système D, avons-nous dit. Va-t-il falloir l’appliquer dans la bataille décisive qui commence, celle des tests de dépistage. On sait que la France a beaucoup de retard sur l’Allemagne et d’autres pays. Seront-ce des Français qui prendront les devants sur la machine administrative pour nous en doter ? Une entreprise en Ille-et-Villaine (NG Biotech), et les organismes Cerballiance et COSEM à Paris proposent déjà des tests de dépistage du coronavirus.

Face à la multiplication des solutions de tests, espérons que l’Etat ne s’enfermera pas dans sa posture fermée adoptée face au médicament universel proposé par Didier Raoult et adopté désormais dans de nombreux pays pour alléger la douleur de malades en début d’alerte respiratoire.

Espérons aussi que les nombreux entrepreneurs qui proposent des solutions pratiques et qui trouvent encore porte close à la tête des services publics mal organisés, seront rapidement entendus !

Système D, ou la béquille d’un Etat en mal de bonne gouvernance !

 

Michel Taube

 

Directeur de la publication

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