Edito
06H55 - samedi 7 mars 2020

Et Marine Le Pen nomma Jean-Pierre Wallerand de Saint-Just d’Autingues ministre des finances. L’édito de Michel Taube

 

Le Rassemblement national serait au bord de la faillite. Un avant-gout de la gestion de la France que nous prépare l’extrême droite ?

Cela fait plusieurs années que le vase se remplit, mais la goutte d’eau qui pourrait faire déborder le vase du parti lepéniste vient d’y être versée, en la forme d’une assignation en liquidation judiciaire émanant d’un ancien salarié du Front national, Mickaël Ehrminger. La goutte d’eau, révélée par Challenges, s’évalue à 20.900 euros, montant de l’indemnisation que le FN devenu RN lui devrait (il conteste partiellement la somme) à l’issue d’un contentieux prud’homal.

Mais le vase, lui, est déjà bien rempli d’une dette globale qui atteignait 24,4 millions d’euros en 2018, et n’a fait que croître au long de ces sept dernières années. Entre soupçons de malversations et incompétence, la gestion des affaires du parti d’extrême droite laisse augurer de la catastrophe économique et financière que serait son avènement à la tête de l’État. Imaginons Wallerand de Saint-Just, pardon Jean-Pierre Wallerand de Saint-Just d’Autingues, bref le trésorier du FN / RN, au poste de ministre du budget ou des finances de la République française !

La situation financière du RN semble être désespérée, même si ses leaders s’efforcent d’en minimiser la gravité d’un méprisant revers de manche : retenue à la source de 4,2 millions d’euros sur la dotation annuelle de cinq millions versée au RN (affaire de financement de la campagne de 2017), poursuites pour d’éventuels emplois fictifs au Parlement européen, procédure engagée devant une juridiction russe pour non-remboursement d’un prêt de plus de neuf millions d’euros, jugement en avril prochain dans l’affaire de surfacturation des kits de campagne (11,6 millions d’euros de dommages et intérêts réclamés par l’État), le RN semble effectivement en cessation de paiements et même en faillite. Si l’ancien salarié a assigné le RN en liquidation judiciaire, c’est à la suite d’une saisie infructueuse pratiquée sur ses comptes bancaires, dont le solde n’était que de 3000 euros. 

Comme si cela ne suffisait pas, le parti a connu une dégringolade du nombre de ses adhérents depuis 2017, phénomène dû, moins à la déception du second tour de la campagne présidentielle de 2017, qu’au désamour entre les fachos pur jus et Marine Le Pen : cette dernière s’obstine à vouloir ravaler la façade de sa boutique afin de paraître républicaine et donc présentable à l’ensemble de l’opinion. Mais qu’elle ne s’inquiète pas de cela : tout ce beau monde se retrouvera le moment voulu.

Cette situation est un véritable paradoxe : à ce jour aucun candidat potentiel, hormis Marine Le Pen, n’est assuré d’être présent au second tour de la prochaine présidentielle. L’hypothèse de sa victoire en 2022 est devenue crédible et plausible, certains la considérant même vraisemblable. Or le Rassemblement national demeure, ne lui en déplaise, un parti d’extrême droite.

Jean Marie Le Pen, avec lequel sa fille n’a pas totalement coupé les ponts, était coutumier de l’intimidation et de la menace. En somme, on a intérêt à se montrer compréhensif avec le futur pouvoir, si l’on ne veut subir son châtiment, sa vengeance. Ce n’est évidemment pas dans ces termes que le RN s’adresse aujourd’hui aux juges. Les choses sont encore à un stade plus subtil, mais le climat qui s’installe progressivement n’annonce rien de bon pour la démocratie et l’État de droit.

Le RN s’apprête à jouer la sérénade de la victimisation, de l’acharnement, du complot politique. Le fait qu’un créancier réclame son dû lui est insupportable. Toujours prompt à dénoncer les abus des autres partis, il ne tolère pas de se voir rouler dans sa propre boue. Il se croit au-dessus des lois, puisque bientôt, il sera la loi.

Pourtant, on peine à imaginer le Rassemblement national disparaître de l’échiquier politique pour cause de liquidation judiciaire. Il cherchera sans doute à faire appel à ses adhérents, voire à ses sympathisants, pour qu’ils renflouent les caisses. Autant qu’il sollicite directement des dons, car on aurait quelques raisons de douter qu’il rembourse un éventuel prêt. Une fois au pouvoir, il saura distinguer le bon grain de l’ivraie et se montrer reconnaissant envers ses bienfaiteurs. Mais qui peut encore croire en la parole du RN ?

En cas de liquidation judiciaire du parti, la famille Le Pen fondera un nouveau parti. Depuis le régime de Vichy, dont l’extrême droite française est originairement issue, jamais elle n’a été si proche du pouvoir. Comme une rock star, Marine Le Pen haranguera ses fans à coup de « on est chez nous, on est chez nous ! » et toute l’extrême droite, à l’unisson, se perdra dans des dérapages complotistes assortis de menaces de plus en plus appuyées.

L’extrême droite, ce n’est pas seulement une formule, ni même un programme politique. C’est une philosophie et un état d’esprit. Les actuels déboires judiciaires et financiers du RN devraient donner à réfléchir à ceux qui sont tentés de lui accorder leur suffrage. Leur déception serait cruelle et leur désillusion douloureuse, notamment pour leur portefeuille.

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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