Edito
07H56 - mardi 3 mars 2020

Coronavirus : peur sur la ville ? L’édito de Michel Taube

 

Ne pas paniquer ! Se protéger par une stricte hygiène mais continuer à vivre ! Tel est le mot d’ordre de santé publique qui devrait, selon nous, guider les pouvoirs publics, les dirigeants d’entreprises et les citoyens face à l’épidémie du coronavirus.

La semaine coronanienne commence par l’annulation par le chef de l’Etat de tous ses déplacements extérieurs, hors ceux consacrés au coronavirus. Emmanuel Macron veut concentrer toute son énergie et son temps sur la lutte contre le coronavirus. Certes. Mais alors que les pouvoirs publics ne cessent d’appeler au calme et au sang-froid, d’encourager les Français à ne pas céder à la panique, ce comportement n’est-il pas de nature à l’attiser, voire à nourrir la méfiance que les citoyens peuvent avoir envers le pouvoir depuis le mensonge d’Etat du nuage radioactif de Tchernobyl qui aurait contourné la France en 1984 ?

Peur sur la ville, donc, avec un point d’interrogation qui, au fil des jours et de son cortège d’annulations, tend à devenir point d’exclamation. Poing dans la figure des Français, également, qui avant le déclenchement de l’épidémie, se sentaient déjà acculés dans le coin du ring. Gilets jaunes, émeutes, violences, assassinats islamistes, grèves des transports, manifestations contre la réforme des retraites, dérèglement climatique… Il est loin le temps de l’insouciance.

Les Français sont depuis longtemps un des peuples les plus pessimistes et les moins heureux de la planète. Même dans des pays où sévissent la guerre et la misère, les visages sont plus souriants que ceux des Parisiens, le matin dans le métro. Le coronavirus va-t-il faire souffler un vent de solidarité ? Il faut l’espérer !

Nous voulions croire que cette pandémie mondiale nous épargnerait, que la grande muraille de Chine l’empêcherait de se répandre dans le monde. Mais le Covid 19, petit nom du charmant virus, est désormais aussi notre affaire, notre virus. Alors que l’épidémie régresse en Chine, qui a pris des mesures de confinement sans communes mesures avec celles qui sont aujourd’hui (mais demain ?) imposées aux Italiens et aux Français, elle s’étend chez nous.

Les fachos auront beau chanter au virus leur nauséabonde sérénade « on est chez nous », appelant à un douteux souverainisme sanitaire, et les gauchos scander que le capitalisme mondialisé en est la cause, en espérant qu’il ne s’attaque qu’aux riches, il est là, et pour tout le monde. Il ne pourra être arrêté par une frontière, n’en déplaise aux souverainistes et autres nostalgiques d’une France qui n’existe plus, ni même par des mesures de confinement qui ne permettent que de limiter l’ampleur de la contagion.

Le coronavirus fait peur mais il ne faut pas le montrer. « J’ai plus peur de l’équipe d’Ecosse que du xoronavirus » fanfaronnait un supporter de l’équipe de France de rugby, venu assister à un entraînement à Marcoussis. En même temps, les Français se précipitent dans les pharmacies pour acheter des masques et des lotions hydroalcooliques, et commencent à déserter les restaurants, pas seulement chinois.

On se méfie du discours officiel, qu’il vienne de Chine, de l’OMS ou de nos dirigeants. Par le passé, ils avaient tellement menti. Ont-ils aujourd’hui raison de chercher obstinément à nous rassurer ? Oui, si des éléments objectifs le justifient. Oui, s’il s’agit d’éviter la panique irrationnelle et ses dérives racistes, comme la communauté chinoise en est victime et à présent aussi des Italiens. Mais à mesure que l’épidémie tisse sa toile, que les foyers d’infection se multiplient, que le ratio entre le nombre de contaminés et le nombre de morts, au moins dix fois supérieur à celui de la grippe s’imprègne dans nos esprits, s’installe l’idée que le coronavirus pourrait être un fléau, qu’il peut nous frapper, nous et nos proches, mais aussi que notre propre emploi pourrait être menacé, et avec lui, notre situation économique et sociale, celle dont nous nous plaignons pourtant sans cesse. Et pourtant la grippe, elle, tue des milliers de personnes chaque année, rien qu’en France !

Des salariés des transports en commun dans l’Oise et au Louvre exercent leur droit de retrait. Jérôme Salomon, directeur général de la santé, a eu raison de dire que cette décision est illégale. Pour le moment. Pour nous clouer à la maison, le Covid 19 serait-il bien plus efficace que la CGT ? Ne cédons pas à la panique !

En Suisse, toutes les réunions de plus de 1000 personnes sont interdites. En France, la barre est fixée à 5000… pour le moment. Mais à quoi faut-il se préparer ? A la fermeture des transports en commun, des cinémas, des salles de spectacle, des théâtres, des restaurants… ? A l’annulation de toutes les compétitions sportives, des colloques, des salons… A des entrées filtrées au supermarché, comme à Wuang, d’où l’épidémie est partie, à des écoles fermées, des villes entières isolées (tout Paris ?), des hôpitaux saturés…

Tiens, ce scénario nous ramène à l’origine de la crise : la Chine pourrait nous servir de modèle, si pénible soit-il de l’admettre et de l’appliquer. Si la principale méthode pour limiter la propagation de la maladie est d’éviter les contacts entre humanoïdes, de mettre en quarantaine des régions entières pendant quinze jours, il faudra se rendre à l’évidence : des mesures drastiques pourraient être mises en place.

Saurons-nous être un peuple courageux, solidaire et responsable ? Déjà, la GCT et l’extrême gauche préparent de nouvelles actions contre la réforme des retraites et reprochent au gouvernement de passer en force au Parlement après avoir méthodiquement œuvré à l’y obliger.

L’inquiétude et la prudence sont salutaires, au contraire de la panique qui fait toujours prendre les mauvaises décisions. Mais on ne saurait surmonter la peur par la bêtise, la jalousie, le dogmatisme ou la dénégation. Nous avons un terrible challenge à relever.

La solidarité, ce n’est pas l’addition des égoïsmes, tout comme la prudence n’est pas l’amalgame des peurs.

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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