Edito
08H00 - samedi 22 février 2020

Salon de l’agriculture : Emmanuel Macron battra-t-il son record 2019 de plus de 14h de déambulation ? L’édito de Michel Taube

 

Le portrait de Jacques Chirac pourrait figurer à l’entrée du salon de l’agriculture, comme symbole du lien indéfectible entre la terre et la politique, entre les agriculteurs et le président de la République. L’homme de Corrèze, ministre de l’Agriculture bien avant son accès à l’Élysée, faisait de la politique « au cul des vaches », serrait toutes les louches, goûtait à tous les produits, solides ou liquides, s’imprégnait de tous les terroirs. Il fut au salon de l’agriculture ce que Bob Beamon fut au saut en longueur : une référence, un symbole, un record qu’on penserait qu’il ne serait jamais battu.

Avant et après Chirac, tous les présidents de la République, et même toute la classe politique, de la majorité comme de l’opposition, se bousculaient chaque année dans les allées de la plus grande « ferme de France », même si l’agriculture est devenue une industrie productiviste, et le paysan trop souvent un agriculteur pour ne pas dire serviteur de l’industrie agroalimentaire. Le phénomène du bio, qui n’est plus simplement une mode, l’aversion grandissante pour la maltraitance animale, plus généralement la place grandissante prise par l’écologie et l’environnement, sont autant d’évolutions que l’on espère salutaires et dont le paysan, mamelle nourricière de notre beau pays doit se faire une seconde peau. La transition écologique devra également être une transition agricole et donc alimentaire.

Et puis Emmanuel Macron arriva.

En 2019, Emmanuel Macron resta plus de quatorze heures au salon de l’agriculture, battant tous les records précédents de déambulation. Il serra toutes les mains, accepta tous les selfies. Il aime le contact, ce Président ! Fera-t-il mieux cette année ? Vouloir battre ce record comme on voudrait battre celui du saut en longueur ou du marathon serait en soi absurde. Mais Emmanuel Macron sait que le chronomètre sera déclenché à son arrivée, et que ses adversaires n’hésiteraient pas dénoncer son mépris pour les agriculteurs s’il devait rester une heure de moins que durant l’édition précédente. Inversement, s’il devait battre son record, ses adversaires souligneraient la futilité de la démarche. L’opposition, quelle qu’elle soit, est trop souvent caricaturale. La politique se réduit au jeu de rôles, où chacun joue sa partition sans nuance. Macron a toujours tort, quoi qu’il dise et fasse. Ça en devient si lassant qu’il va finir par en tirer parti.

On reproche si souvent au chef de l’État (quel qu’il soit, là aussi) d’être coupé du monde réel, que l’on devrait se réjouir de voir l’hôte de l’Elysée aller au contact, aujourd’hui des agriculteurs, hier des élus locaux et des Français lors du grand débat à la suite du pic de la crise des gilets jaunes. Discuter, débattre, écouter (pas seulement ses conseillers), quoi de plus normal, voire de plus salutaire pour un chef de l’État.

Le marathon de Macron au salon de l’agriculture ne serait qu’une opération de communication s’il n’en tirait aucun enseignement, ou s’il considérait qu’il est le summum de sa politique agricole. Car les agriculteurs continuent à souffrir, à subir la dictature de la grande distribution, malgré la loi « Egalim » du 30 octobre 2018 « pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous ». Rien que cela… La loi du marché est encore celle du plus fort.

Cette année, Emmanuel Macron a un atout considérable dans sa besace. Les agriculteurs sont parmi les principaux bénéficiaires de la réforme des retraites (quand elle sera votée !), grâce au minimum de 1000 euros par mois pour une carrière pleine. Il pourrait faire fructifier ce capital confiance en faisant des agriculteurs les acteurs, et non les sujets, d’une véritable révolution agricole qualitative.

Les difficultés à préserver la PAC (politique agricole commune) dans le futur budget de l’Union Européenne (le Sommet de Bruxelles des chefs d’Européen n’a pas encore permis de trouver de compromis) inquiète le monde paysan français. Et pas que la FNSEA.

Pour le moment, il nous reste à souhaiter à Emmanuel Macron d’avoir de bonnes chaussures, un solide estomac et une bonne résistance à l’alcool. Avec une pensée pour son service de sécurité, constamment vigilant et sur les dents dans cet exercice périlleux.

Le p’tit sauciflard (AOP) avec le ballon de rouge (AOC) au p’tit déj, ça vous met en orbite pour toute la journée ! Bonne déambulation, Monsieur le Président !

Michel Taube


Directeur de la publication

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