Edito
13H20 - vendredi 21 février 2020

Fessenheim ferme. Vive la voiture électrique ! Cherchez l’erreur. L’édito de Michel Taube

 

Voici donc une première centrale nucléaire française qui ferme. A Fessenheim en Alsace, à la frontière allemande. Petit retour en arrière…

Nous sommes au début des années 1980, au bord du Rhin, non loin de la centrale nucléaire de Fessenheim. Les Verts allemands et suisses manifestent dans la bonne humeur, arborant fièrement leur pin’s « Atomkrfaft Nein Danke » (énergie nucléaire, non merci). Ce fut le slogan phare de cette période.

Les Verts français n’existent quasiment pas. Brice Lalonde avait obtenu 3,88% de voix au premier tour de la présidentielle de 1981, mais la France avait bien d’autres chats à fouetter. Comme le réchauffement climatique n’était pas d’actualité, les écolos étaient également contre le nucléaire, ce qui dans la France des années 1980, relevait de l’hérésie passible du bûcher. Quelques années plus tard, les Français gobèrent sans broncher un énorme mensonge d’État : le nuage nucléaire échappé de la centrale ukrainienne de Tchernobyl aurait sagement contourné la France.

Trente ans plus tard, les Verts ne savent plus sur quel pied danser. Alors que le réchauffement climatique et les émissions de CO2 concentrent les critiques sur les énergies fossiles, la centrale nucléaire de Fukushima, au Japon, ne résiste pas en 2011 à un Tsunami. À nouveau, on se déchaîne contre le nucléaire. En Allemagne, la chancelière Angela Merkel décide de fermer toutes les centrales et les écolos germaniques (et suisses, encore), remettent dans leur viseur la plus vieille centrale nucléaire française, celle de Fessenheim, en exploitation depuis 1978.

Le paradoxe est à son comble : le nucléaire est l’énergie la moins polluante, du moins en termes d’émissions de dioxyde de carbone, le fameux C02 devenu ennemi officiel de la planète. Sous cet angle, elle est l’énergie verte par excellence. Mais elle a une dimension effrayante : d’abord, personne ne peut garantir qu’un accident majeur, une catastrophe climatique ou un attentat terroriste d’envergure ne provoquerait pas une fuite radioactive massive. Imaginons pareil désastre à la centrale de Nogent-sur-Seine, à 110 kilomètres de Paris : évacuation de l’Île-de-France pour quelques décennies ou pour toujours, des milliers, peut-être des dizaines voire des centaines de milliers de personnes irradiées… Le risque est minime, mais s’il se réalise… Ensuite, le démantèlement des centrales nucléaires ne semble pas avoir été sérieusement budgété. Pour les Français, la récompense du risque avait été l’électricité bon marché. Cette promesse ne pourra plus être tenue à l’avenir. Elle ne l’est d’ailleurs plus depuis aux moins dix ans, les prix de l’électricité ayant bondi de près de 50 % de 2008 à 2018.

On peut néanmoins se demander si la question du risque radioactif fait encore sens en 2020. La durée de vie de certains déchets nucléaires se compte en millions d’années. Qu’adviendra-t-il lorsque les tonnes de poison radioactif enfoui sous terre ou au fond des mers échapperont à leur confinement ? Nos descendants trouveront bien une solution ! Même si l’on réduit le risque en fermant les centrales, le mal est déjà fait. Il est profond et probablement irrémédiable.

Mettre une centrale ou toutes les centrales à l’arrêt réduirait arithmétiquement le risque d’accident majeur. Mais agir dans la précipitation pour montrer sa verditude (un terme qui siérait à Ségolène Royal qui, en sa qualité de ministre de l’Écologie, signa en avril 2017 le décret de fermeture de Fessenheim) ne semble guère frappé du coin du bon sens. On ne peut pas chanter les louanges du tout électrique, en particulier de la voiture électrique, faire de la réduction des gaz à effet de serre et de la lutte contre le réchauffement climatique le combat suprême, et se priver d’un outil indispensable à ce combat.

Espérons que d’ici quelques années, quelques décennies tout au plus, les énergies alternatives permettront de se passer tant du fossile que du nucléaire. Rien que sous nos pieds et au-dessus de nos têtes, nous avons des réservoirs inépuisables d’énergie que nous apprenons progressivement à maîtriser.

Durant cette transition énergétique, il eut peut-être été utile d’entretenir et de rénover notre parc nucléaire, au lieu de céder aux injonctions de certains écologistes dogmatiques (tous ne sont plus des « Atomkrfaft Nein Danke »), au nom d’une décision prise par un pouvoir socialiste finissant. Il y eut bien entendu des incidents à la centrale de Fessenheim, rendus publics par l’Autorité de sûreté nucléaire. Mais pas de quoi prétendre que la centrale est dans un tel état que sa fermeture immédiate en serait devenue indispensable.

Certes, le 18 novembre 2018, pour atteindre les objectifs visant à sortir la France des énergies fossiles et à ramener à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité d’ici 2035, contre 71,6 % en 2017, Emmanuel Macron avait confirmé la fermeture d’ici 2022 des quatre dernières centrales à charbon du pays et celle 14 des 58 réacteurs du parc français d’ici à 2035. Il en reste donc 13 ! Un en même temps qui vise à satisfaire – un peu – sa fibre écologiste tout en rappelant : « Je n’ai pas été élu sur un programme de sortie du nucléaire ».

Mais qui sait si l’avenir ne sera pas à la calèche et à la voiture à pédale. Au vélo, répondrait Anne Hidalgo ! Plus sérieusement : un investissement européen massif dans les énergies renouvelables permettrait seul de sortir et du tout fossiles et du tout nucléaire. Un choix qui sera, peut-être, un des enjeux clé de l’élection présidentielle en 2022.

Michel Taube

Directeur de la publication

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