Edito
07H55 - jeudi 13 février 2020

8 mai 2022, 20h. Cyril Hanouna est élu Président de la République ! L’édito de Michel Taube

 

 

Toute une émission pour faire semblant et s’offrir un sondage grandeur nature : 51% des 30 000 internautes ayant assisté à l’émission TPMP de Cyril Hanouna le 11 février ne voulaient pas de sa candidature à la présidentielle. Tiens donc ! Le clown faisait semblant de n’en mener pas large !

Une blague ? On l’espère ! On nous annonce donc une nouvelle candidature de type Coluche à la prochaine élection présidentielle en 2022. Un nom est sur toutes les lèvres : Cyril Hanouna. L’animateur de C8 draine dans son sillage une véritable cour, s’appuie sur un puissant réseau et serait « un des rares qui parlent à la diversité dans ce pays… ». Ben voyons. Mélenchon, plus que Macron, devrait s’inquiéter ! Dans Morandini Live, sur Cnews, chaine sœur de C8, Cyril Hanouna dément avoir pareilles intentions, en ajoutant « pour l’instant ». Tout cela s’apparente à des fuites sciemment organisées, à un teaser pour instiller cette idée dans les esprits.

Idée saugrenue ? Le comédien Volodymyr Zelensky est président de l’Ukraine depuis mai 2019. Un Hanouna ukrainien au pouvoir qui a peut-être déjà conseillé son « homologue » français. Et que n’avait-on dit de Donald Trump, catcheur et homme d’affaires qui n’eut de cesse de manifester son aversion pour la classe politique, Trump, considéré comme bouffon dégénéré lorsqu’il se présenta à l’élection en 2016, puis comme une erreur de casting lorsqu’il fut élu quelques mois plus tard, et qui aujourd’hui a toutes les chances d’être reconduit pour quatre ans à la tête de la première puissance mondiale.

En France, même Emmanuel Macron n’était pas tout à fait pris au sérieux lorsque l’on évoqua pour la première fois l’hypothèse de sa candidature. Souvenons-nous aussi de quelques autres candidats à la présidentielle de 2017. Outre la brochette de trotskystes, on peut se demander si les Poutou, Cheminade, Lassalle et autre Asselineau n’ont pas fait moins de voix ensemble qu’en ferait Hanouna à lui seul en 2022.

Pourtant, quels que soient les talents d’animateur de Cyril Hanouna, sa candidature serait désastreuse pour la noblesse que devrait être « la gestion des affaires de la cité », en d’autres termes, pour la politique. D’abord parce que l’égocentrique animateur semble y croire. On dirait même qu’il s’y prépare. N’a-t-il pas animé des débats remarqués pendant la crise des gilets jaunes, avec une certaine Marlène Schiappa qui doit désormais se rêver en première ministre du président Hanouna !

En tâtant le terrain, en jouant les innocents (« la main sur le cœur que je n’y ai jamais pensé » nous « hanoune »-t-il), la vedette télé se comporte comme s’il était déjà membre de la caste. « Cher confrère », en somme, mais avec le ton parfois supérieur de celui qui tranche, qui a le dernier mot.

Désastreuse, la candidature Hanouna le serait également parce qu’elle ferait le jeu de Marine Le Pen, qui ne peut que se délecter du spectacle offert par le bouffon Hanouna, pour le coup au sens propre du terme, dont la candidature contribuerait à abaisser le débat politique au niveau du caniveau et à prendre des voix à Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle. De Gaulle et Mitterrand sont décidément bien loin !

Qu’apporterait Hanouna au débat politique, si ce n’est un torrent de démagogie enrobée d’un humanisme de paillettes. Il n’y a qu’à l’observer dans son rôle d’animateur : Cyril Hanouna est capable d’accuser Raquel Garrido d’être antisémite et, en même temps (!) d’absoudre des Taha Bouhafs ou Yassine Belattar de la même accusation après leur avoir donné l’occasion de réciter leur plaidoirie, la main sur le cœur (excellent pour piquer des voies musulmanes à Mélenchon). Hanouna est maître de la brosse à reluire, poussant le « en même temps » macronien jusqu’à l’indécence.

Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil : les gauchos, les fachos, les juifs et les arabes, les voilées, les laïcs, les gilets jaunes, les blouses blanches, les robes noires, les féministes, Marlène Schiappa et Brigitte Macron (qu’il dit rêver d’avoir dans son émission).

Hanouna est déjà au second tour de la présidentielle. Il ratisse large et récupère tout.

 

Retour de manivelle pour les pros de la politique ?

Aujourd’hui, le rôle de trublion dans l’espace politique est principalement assuré par Jean-Luc Mélenchon et son parti LFI, le terme de trublion étant bien sympathique au regard du dessein révolutionnaire et autoritaire de cette extrême gauche de plus en plus radicale. La majorité, quelle qu’elle soit, participe également au show politique, notamment dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, et lors de la campagne présidentielle, le débat du second tour étant un peu notre Superbowl ou la finale de coupe du monde de football. Il n’empêche que ceux qui sont aux affaires ont une énorme responsabilité et doivent supporter la charge de gouverner. La politique, la vraie, ce n’est pas seulement un show, n’en déplaise à Hanouna.

Si la politique se résume à la popularité ou à la notoriété, Jean-Jacques Goldman ou Kylian Mbappé (l’ancien footballeur George Weah est Président du Libéria depuis janvier 2018) pourraient aussi tenter leur chance. En France, le candidat le plus décalé à une élection présidentielle fut sans doute Coluche, l’immense Coluche. D’ailleurs, certains veulent déjà voir en Hanouna un nouveau Coluche. Un peu franchement ridicule, non ? Coluche ne s’est jamais pris au sérieux, en se portant candidat en 1981. Pourtant, en créant les Restos du cœur et en montrant que l’on peut rire de tout et de tout le monde sans offenser personne, Coluche a fait de la politique au sens originel du terme.

Malheureusement, cet édito contribue peut-être à ce que souhaite Cyril Hanouna : que l’on parle de lui. Mais osons espérer qu’il ait la clairvoyance de rester à sa place, ne serait-ce que pour éviter que Marine Le Pen n’arrive en tête, nettement en tête du premier tour des prochaines présidentielles, au point de devenir favorite du second.

Cyril, l’homme de la diversité, tu ne veux tout de même pas de Marine Le Pen à l’Elysée ?

 

Michel Taube

 

Directeur de la publication

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