Edito
07H06 - vendredi 7 février 2020

Nous sommes tous Mila ! L’édito de Michel Taube

 

Le blasphème n’est pas du racisme, il est l’expression de la liberté d’opinion. Mais, vu le contexte de rupture de nombreux Français avec les valeurs de la République, le droit au blasphème est un des meilleurs curseurs de la résistance que nous devrions tous opposer au fanatisme religieux. La jeune Mila nous l’a rappelé à ses dépens…

Mila retrouvera-t-elle une vie et une scolarité normales ? Jean-Michel Blanquer s’y emploie côté Education Nationale mais la partie n’est pas gagnée !

Depuis le 18 janvier dernier, Mila, jeune adolescente de 16 ans, excentrique, homosexuelle revendiquée et militante LGBT, vit un cauchemar. Ce jour, elle est en live sur Instagram, avec ses « followers ». On parle de tous les sujets qui peuvent passionner les jeunes filles, jusqu’au moment où l’une d’elles dit ne pas être « fan des rebeus », ce à quoi Mila répond que ce n’était pas davantage son « style ». Elle rejette également les avances d’un jeune musulman, lui répondant qu’elle est homosexuelle. Traitée de « sale lesbienne » de l’individu, elle réagit vertement, et met en cause la religion.

Mila réfute les accusations de racisme. Comme elle l’expliquera au site féminin, pardon féministe, Bellica, « on ne peut pas être raciste envers une religion. » Trop tard. La meute est lâchée, dissimulée derrière des pseudos : Les insultes, y compris racistes et homophobes, et les menaces fusent. Mila craque, et dérape le lendemain, dans une vidéo enregistrée : « Je déteste la religion… Le Coran, il n’y a que de la haine dedans…. Votre dieu je lui mets un doigt dans le cul ».

Plus tard, l’adolescente reviendra sur ses propos et fera ses excuses sur les réseaux sociaux : « Je m’excuse, je ne voulais offenser personne. J’ai parlé trop vite. L’erreur est humaine ». Mais les harceleurs offensés ne veulent pas d’excuses. Ils veulent la peau de Mila, comme d’autres eurent celle des blasphémateurs de Charlie. « Sale pute », « violez-la », « salope, je vais te tuer », « On va te retrouver et t’égorger sale chienne », « va mourir sale pute lesbienne », « sale Française »… Telles furent leurs réponses sur les réseaux sociaux (jusqu’à 200 messages par minute).

Abdallah Zekri, délégué général sortant du Conseil français du culte musulman (CFCM), justifie les menaces de mort contre l’adolescente dans des termes qui reviennent à encourager son lynchage : « Elle l’a cherché, elle assume. Les propos qu’elle a tenus, les insultes qu’elle a tenues, je ne peux pas les accepter ».

 

Tous se divisent : le gouvernement, le CFCM, les Français…

Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Égalité femmes-hommes, a été, comme nous le sommes, scandalisée par ces menaces et plus encore par leur approbation publique par ce haut représentant du culte musulman. Au micro de France Inter, elle déclare : « Je trouve que ce sont des propos criminels, ce sont des propos coupables, et je me bats contre cette idée selon laquelle une femme, une jeune fille en l’occurrence, mais qui que ce soit qui serait victime de violence, de cyber-harcèlement, ce serait parce que cette personne l’aurait cherché ».

La véhémence des propos de Marlène Schiappa a été une juste réponse à ceux de Abdallah Zekri dont les propos sont entendus comme une justification, une excuse des appels au meurtre de cette jeune fille et de tous ceux qui oseraient critiquer l’islam. Fort heureusement, Mohammed Moussaoui, nouveau président du CFCM, qui avait d’ailleurs rappelé à ses coreligionnaires que le port du voile n’est pas une « prescription religieuse » du Coran, a sauvé l’honneur de cette institution en déclarant sur Twitter que « rien ne saurait justifier les menaces de mort à l’égard d’une personne ». Il avait été précédé le 24 janvier par un tweet de Hafiz Chems-edddine, Recteur de la Grzande Mosquée de Paris allant dans ce sens.

Il reste que la justice s’est intéressée d’emblée à l’affaire Mila. Mais pas dans le sens attendu… En effet, le parquet de Vienne, en Isère, a immédiatement ouvert une enquête pour « incitation à la haine raciale », parallèlement à une autre enquête pour « menaces de mort » (quand même !). Même si la première fut classée sans suite le 30 janvier, on ne peut qu’être troublé par cette initiative judiciaire. Il faut dire que le 29 janvier, Nicole Belloubet, Garde des Sceaux et ministre de la Justice, avait estimé au micro d’Europe 1 qu’insulter une religion était « évidemment une atteinte à la liberté de conscience ». Ainsi, le seul crime serait à ses yeux celui de blasphème commis par une jeune fille poussée à bout, au point de commettre l’erreur (dont on espère qu’elle ne lui sera pas fatale), de critiquer, certes vertement et dans des termes excessifs, la religion musulmane et non les Musulmans.

Sommes-nous en Iran, au Pakistan, en Arabie Saoudite ? Les propos de la Garde des Sceaux, qu’elle admit avoir été maladroits, et l’enquête ouverte par le parquet ont contribué à donner un sentiment de capitulation devant cet islam politique qui veut faire sécession de la République (dixit Emmanuel Macron) ?

Sur TMC et l’excellente émission « Quotidien » de Yann Barthès, Mila a affirmé le 3 février ne pas avoir à se cacher, n’ayant « rien fait de mal ». Mais déscolarisée et sous protection policière, Mila vit bien cachée. On envisage même qu’elle change d’identité ! Contrairement à d’autres, elle ne courbe pas l’échine : « Je m’excuse pour les personnes que j’ai pu blesser, qui pratiquent leur religion en paix… J’ai voulu blasphémer, parler d’une religion et dire ce que j’en pensais ».

A fortiori s’ils sont retirés de leur contexte et sans considération pour les agissements qui les ont provoqués, les propos de Mila peuvent choquer. Ils sont injurieux, grossiers et même si, contrairement à ce que pense trop souvent la justice, critiquer une religion n’est en soi pas du racisme, car le délit de blasphème n’existe pas en France, on peut admettre qu’ils aient pu être ressentis comme racistes. Mais enfn, venant d’une ado de 16 ans… Et de là à appeler au crime…

Et puis surtout, il faut le dire et le redire, critiquer l’islam n’est pas être raciste, le blasphème n’est pas en soi un acte raciste contre les musulmans. Les caricatures de Mahomet qui ont valu à leurs auteurs et à ceux qui, comme Charlie Hebdo, les ont publiées, le destin tragique que l’on sait, n’étaient pas des œuvres antimusulmanes. Quant donc l’esprit critique et l’humour gagneront-ils tous les membres de la communauté musulmane ?

La vie de Mila est en danger : « Je peux plus mettre un pied dans mon lycée et je ne peux même pas changer de lycée parce que c’est la France entière qui veut ma peau », expliqua-t-elle à Bellica. Après sa déscolarisation, des écoles catholiques et juives se seraient proposées de l’accueillir, et le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a assuré tout mettre en œuvre pour la rescolariser.

Dans son ensemble, la classe politique ne s’est pas montrée très loquace, surtout dans les premiers jours de l’affaire. À LREM, on ne doit plus savoir sur quel pied danser : une ministre de haut rang protocolaire contredit une secrétaire d’État star du gouvernement. S’il ne faut évidemment rien attendre des islamogauchistes (sauf, et c’est à son grand honneur, de Jean-Luc Mélenchon), on soulignera que quelques personnalités de gauche, comme Raphaël Glucksmann ou Laurence Rossignol, ont apporté leur soutien à Mila. Il serait regrettable et même dramatique que l’extrême droite soit son principal soutien, qu’elle confisque le combat pour le droit de critiquer la religion et les religions.

Mais le plus inquiétant est peut-être que Mila n’est pas unanimement soutenue par les Français, et encore moins par ses camarades de classe (« tout le monde la déteste ») sur lesquels la doxa anti blasphème semble prendre corps.

Selon un sondage publié par Charlie Hebdo, 30 % des sondés approuvent les propos pourtant ignominieux du délégué général du CFCM, et 44 % ceux de la Garde des Sceaux.

Schizophrènes ou d’une infinie sagesse, comme à l’égard de la réforme des retraites, les Français sont en revanche 68 % à approuver les propos de Richard Malka, avocat de Mila : « C’est la liberté de conscience de Mila qui est en jeu… C’est ça le droit français : le fondement de la liberté de conscience n’est pas d’interdire la critique ou même l’injure, mais de protéger la liberté d’expression ». Oui à la critique, mais non au blasphème, pensent la moitié des Français, au pour cent près (50 % pour, 50 % contre le droit au blasphème). Ils sont aussi 53 % à soutenir Mila, une très faible majorité.

Quand on songe aux nombreuses unes que Charlie Hebdo consacra à se moquer de l’Église, on imagine que la grande majorité des Français se délectent de ce droit au blasphème. Mais ils savent que si leur enfant, quelle que soit sa confession, critiquait le christianisme comme Mila critiqua l’islam, cela ne susciterait pas même un débat. La menace, la violence, la peur, le terrorisme… L’islam radical fourbit ses armes, mais la plus dangereuse est la confiscation de la pensée musulmane par les idéologues fréristes et salafistes. Ce dessein est poursuivi méthodiquement, et reçoit un écho de plus en plus large, notamment chez les jeunes musulmans, comme l’illustrent les enquêtes de l’Institut Montaigne et de la fondation Jean-Jaurès.

Ne pas soutenir Mila, n’est-ce pas se rendre complice d’une soumission à l’obscurantisme ? Face à ces menaces de mort (quand donc la justice arrêtera-t-elle ne serait-ce qu’un de leurs milliers d’auteurs ?), nous devons tous être Mila !

 

Michel Taube

 

 

Directeur de la publication

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