Edito
08H47 - lundi 3 février 2020

Quand LREM se prend pour SOS Racisme ! L’édito de Michel Taube

 

Etait-ce un meeting de pré-campagne en vue de la lointaine présidentielle de 2022 ou véritablement une réunion de soutien aux candidats LREM dans le Nord pour les municipales de mars prochain ?

C’était samedi 1er février dans le Nord : un meeting d’En Marche intitulé « Engageons-nous face au RN ! » en présence de trois ministres, Gérald Darmanin, Julien Denormandie, et Monsieur retraites du gouvernement, Laurent Pietraszewski. Le même jour, Stanislas Guérini, en déplacement en Provence, annonçait que son parti serait en première ligne contre le Rassemblement National et se désisterait du deuxième tour des municipales si son mouvement était en mauvaise posture et que le RN menaçait de l’emporter. Une note interne de LREM prédit que 137 villes seraient de possibles terres de conquête du RN en mars prochain (une autre « étude » du mouvement macronien parlait de cent municipalités en octobre dernier), alors que même Marine Le Pen n’en espère que 40 en plus des 11 mairies RN sortantes.

LREM en ferait-il trop à manier le chiffon rouge (pardon, bleu marine voire brun pour certains) du Rassemblement National ?

C’est que LREM, bébé d’Emmanuel Macron, risque fort d’être privé de joujou municipal à l’issue des élections de mars prochain. Une sévère déculottée ne serait une surprise pour personne… Il faut reconnaître que les élections municipales sont toujours difficiles pour le parti présidentiel qui, cette fois, ne peut même pas présenter aux électeurs son bilan et ses élus locaux. En Marche n’existait pas en 2014 lors des précédentes municipales. Sans le moindre maire sortant et avec un exécutif national plombé par une situation sociale dégradée depuis plus d’un an, les marcheurs ne se font guère d’illusions. Beaucoup n’arborent même pas le logo de leur parti.

Stanislas Guerini, patron de LREM (évidemment sous l’œil d’Emmanuel Macron) a manifestement choisi d’utiliser les municipales pour affiner le scénario de la présidentielle de 2022. En Marche voudrait donc que les municipales de mars prochain soient comme un test et un tour de chauffe pour la présidentielle.

L’un des grands crédos de la gauche a toujours été l’antiracisme. Cette menace n’opère plus contre l’extrême-droite, jusque dans ses rangs puisque la moitié des électeurs de Jean-Luc Mélenchon serait prêts à s’abstenir ou à voter RN en cas de second tour Macron – Le Pen. Marine cache pourtant bien son jeu et comme nous l’avons montré dans un livre récent, avec d’autres, elle est et reste d’extrême-droite. En Marche souhaite donc reprendre à son compte le credo de l’antiracisme politique contre l’extrême-droite…

L’antiracisme permet aussi à LREM de se souvenir de son positionnement initial « un pied à droite, un pied à gauche », non pas en vantant les dix milliards lâchés pour calmer les Gilets jaunes, ou les mérites de la réforme des retraites, mais pour s’approprier le combat moral contre le racisme : pour ces municipales, LREM veut se présenter comme le seul rempart contre ce marqueur historique de l’extrême droite.

Stanislas Guérini nous ferait-il le coup de SOS Racisme, qui naguère avait servi les intérêts de la gauche de François Mitterrand ? Sauf que le niveau municipal n’est pas le niveau national, et que LREM ne devrait pas se tromper de scrutin.

Alors que la campagne électorale a à peine commencé, LREM, que l’on annonce comme perdante, a su occuper le terrain avant les autres, et s’ériger en rempart contre le Rassemblement national, qui lui, pourrait conquérir quelques dizaines villes. LREM se veut une union nationale républicaine à elle seule. Dans cette logique, elle risque fort de contribuer à installer les populistes extrémistes comme alternance unique.

A quoi joue donc LREM ? A SOS Racisme ? Est-ce donc le seul programme d’En Marche pour les municipales : être contre le Rassemblement National ? On en attend plus d’un parti de gouvernement !

 

Michel Taube

Michel Taube commente l’actualité du week-end sur BFM TV et France Info : https://www.opinion-internationale.com/media

 

 

 

 

Directeur de la publication

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