Edito
10H08 - mercredi 8 janvier 2020

Communautarisme, islamisme, laïcité : il n’y aura donc pas de grand discours d’Emmanuel Macron ? L’édito de Michel Taube

 

Aura-t-on vraiment (en février ?) un grand discours d’Emmanuel Macron sur la laïcité, sur la lutte contre l’islamisme radical et le communautarisme ? C’est ce que laissaient entendre les vœux du chef de l’Etat le 31 décembre : « Je vois trop de divisions au nom des origines, des religions, des intérêts. Je lutterai avec détermination contre les forces qui minent l’unité nationale et dans les prochaines semaines je prendrai de nouvelles décisions sur ce sujet. »

A l’écoute du compte-rendu du conseil des ministres du 6 janvier dressé par la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, la question est posée : le président de la République aurait-il changé d’avis ? De quelle parole s’agissait-il lundi ? Celle de Sibeth Ndiaye, celle du Président, celle du gouvernement ?

Alors que la France commémore les attentats meurtriers contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, qui avaient ébranlé la France en janvier 2015, la porte-parole du gouvernement, dont nous saluons régulièrement le goût vestimentaire fort républicain pour le bleu – blanc – rouge, a tenu de curieux propos.

A la question d’un journaliste de l’AFP sur les mesures et le calendrier attendus dans la lutte contre le communautarisme, Sibeth Ndiaye a répondu :

« Nous avons un travail préparatoire interministériel. Vous savez, ce sont des sujets qui sont extrêmement délicats. Et il y a, si j’ose dire, une tendance gravitaire dans notre pays à avoir de la confusion entre des sujets qui n’ont pas grand-chose à voir les uns avec les autres.

« Et je vais vous le dire très franchement : nous ne souhaitons pas qu’il y ait des confusions qui s’opèrent entre la lutte contre le repli communautaire, contre l’islamisation et d’autres sujets qui n’ont rien à voir, qui n’ont pas de lien direct et immédiat [vraiment ? NDLR] sur la question du terrorisme islamiste par exemple ou sur la question de la laïcité.

« Et nous savons et nous avons eu l’occasion de le revérifier il y a quelques mois encore que ce sont des sujets où il y a rapidement une agglomération de prises de positions qui ne sont pas toujours très éclairées avec des raccourcis extrêmement rapides qui peuvent être blessants à l’égard de nos compatriotes musulmans.

« Et donc il convient sur ces sujets-là de les distinguer avec précision. Et en l’occurrence, le gouvernement aura dans les semaines à venir des annonces à faire sur les sujets très précis de lutte contre les replis communautaires. »

Le 26 avril 2019, Emmanuel Macron avait déclaré « On parle de gens qui au nom d’une religion poursuivent un projet politique, celui d’un islam qui veut faire sécession avec notre République. » En octobre 2019, après l’assassinat de fonctionnaires de la Préfecture de police de Paris, le chef de l’Etat appelait à une « société de vigilance » avant d’ajouter : « la nation tout entière doit se mobiliser et agir face à l’hydre islamiste. »

Madame Ndiaye, éviter le « risque gravitaire de confusion » n’est pas l’objectif mais une simple question de rigueur, de méthode. Pourquoi d’emblée se garder de creuser les relations  incestueuses entre terrorisme, repli communautariste et rejet de la laïcité pour ne pas blesser les musulmans ? On croit rêver (ou cauchemarder) !

L’objectif, c’est la lutte contre le communautarisme, c’est de réaffirmer le sens de la laïcité, deux piliers de la guerre contre l’islam radical en France. Et ce sont les musulmans républicains qui, les premiers, ont besoin d’être aidés dans cette guerre sans merci contre ceux qui tuent et sèment la peur au nom de leur religion.

Les musulmans de France n’ont pas à avoir peur des « confusions », des amalgames. Ce sont les islamistes qui les commettent !

Doit-on rappeler que le but même des salafistes (comme le tueur de Villejuif samedi 4 janvier 2020) et des fréristes est d’enfermer, « d’amalgamer »‘ les musulmans du monde entier dans un carcan idéologique (et non spirituel), afin de les séparer du reste de la société. La Oumma contre les Koufar. C’est exactement ce qu’avait pointé le président Macron dans les deux discours d’avril et octobre derniers.

Ne craignons pas qu’un grand discours du chef de l’Etat ne blesse les musulmans de France. Seuls les musulmans islamistes le seront !

Nier cette évidence au nom du « pas de confusion, pas d’amalgame », c’est commettre cet amalgame, cette stigmatisation. Abandonner le combat pour la laïcité et contre l’islam politique pour ne pas déranger ou froisser tel ou tel, c’est livrer en pâture les musulmans de France aux fondamentalistes.

Autre surprise : Sibeth Ndiaye annonce que c’est le gouvernement qui fera des annonces au terme de la consultation interministérielle actuellement en cours. Nous n’aurons donc pas le discours refondateur de la laïcité du président de la République dont la société française a pourtant tant besoin ?

Une clarification devient urgente, à l’heure où se multiplient les attaques islamistes au couteau, que les services de police et de renseignement déjouent tous les jours des projets d’attentats, que de nombreux jeunes Français s’éloignent et rejettent les valeurs de laïcité, de liberté et d’égalité.

En ces temps de guerre contre l’islam radical, c’est un grand discours du président de la République rappelant les principes et un plan opérationnel et de grands moyens que les Français atendent.

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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