Edito
09H41 - vendredi 18 octobre 2019

Contre Trump. L’édito de Michel Taube

 

Donald Trump est contre l’Union européenne et il est temps que nous nous en rendions compte !

L’annonce d’un cessez-le-feu unilatéral par la Turquie et les Etats-Unis à la frontière syrienne n’y changera rien. La girouette Trump donne le tournis et cause des dégâts majeurs sur la scène internationale.

Même si un certain repli sur soi des États-Unis avait débuté avant l’avènement de Donald Trump, le comportement et les propos du président américain, en particulier depuis le début de l’agression turque contre les Kurdes, sont révélateurs d’un esprit cynique, où la trahison devient mode de gouvernance.

Alliée historique des États-Unis, l’Europe, divisée et affaiblie, ne peut que s’inquiéter de la volonté de Donald Trump d’affaiblir ses institutions communes. Ses propos sont de plus en plus grotesques et prêteraient à sourire ou même à rire s’ils n’étaient sérieux et parfois sanglants dans leurs effets.

 

Dire que Donald Trump est imprévisible est devenu un lieu commun. Ce trait de caractère peut être un atout s’il est maîtrisé, notamment en diplomatie, discipline qui s’apparente parfois à une partie de poker. Sauf qu’avec Trump, on s’interroge tant sur sa maîtrise des décisions qu’il prend que sur l’usage, non pas occasionnel, mais systématique, de l’imprévisibilité. Le résultat en est que personne ne peut lui faire confiance, en particulier ses alliés, qu’il peut abandonner du jour au lendemain. Même l’allié britannique, le plus ancien et le plus fidèle d’entre tous, est méprisé par le locataire de la Maison blanche, notamment pour son incapacité à entériner le Brexit. Boris Johnson, Premier ministre britannique récemment arrivé aux affaires, et fervent brexiteur, ne se fait sans doute pas d’illusions : Trump, c’est America first, et les mirifiques accords commerciaux que Johnson espère obtenir des Américains pour tempérer les effets du Brexit, si celui-ci survient un jour, risquent de se faire attendre.

L’Arabie saoudite, autre allié historique des États-Unis, a constaté, médusée, que son protecteur yankee n’avait pas envoyé le moindre pétard à l’Iran, qui s’était pourtant massivement attaqué à ses installations pétrolières. Après tout, les Américains sont les premiers exportateurs mondiaux d’or noir, et un « incident » provoquant une hausse des prix peut leur être profitable.

S’il est réélu, Donald Trump ne serait-il pas capable d’un changement d’alliance et donc d’abandonner les Saoudiens au profit de l’Iran ? Cela paraît hautement improbable. Aussi improbable que l’est la personnalité de Donald Trump ! En Israël, nombreux sont ceux qui s’inquiètent du « lèchebotisme » ostensible d’un Benjamin Netanyahou, qui s’accroche à son siège (éjectable) de Premier ministre, après deux scrutins électoraux dont aucune majorité n’est issue. Plus qu’en changement d’alliance, c’est la fin de l’aide américaine que craignent les Israéliens.

En Extrême-Orient, Japon et Corée du Sud n’ont pu être que surpris du pas de danse du président américain avec le dictateur nord-coréen, même si l’initiative n’est peut-être pas totalement improductive. Elle aura au moins permis une désescalade qui semble durer.

Car quoi qu’on en dise, Donald Trump n’a pas toujours échoué à l’international. La tension avec la Corée du Nord s’est effectivement estompée, certes au prix d’une acceptation factuelle de son arsenal nucléaire. Mais aurait-il pu en être autrement ? Le bras de fer entre les États-Unis et la Chine se traduit par une succession de voltefaces, mais il a le mérite de faire comprendre aux Chinois qu’ils ne s’imposeront pas comme première puissance économique mondiale sur la base d’un protectionnisme unilatéral. Au Moyen-Orient, l’initiative de paix pour ramener à la table de négociation Israéliens et Palestiniens semble mal engagée, mais en coulisses, on discute, notamment d’économie, en se préparant à l’après-Abbas et à l’après-Netanyahou.

 

Trump contre l’Europe 

Donald Trump déteste le multilatéralisme. Sa dénonciation des accords de Paris sur le climat en est une illustration dramatique, même si le personnage serait capable, girouette oblige, de se transformer en champion de l’écologie lors d’un éventuel second mandat, estimant que le Green Business est plus profitable à l’économie américaine que les énergies fossiles.

Détester le multilatéralisme, c’est aussi et surtout haïr l’Europe. Donald Trump espère le démantèlement de l’Union européenne, ce qui ne manquerait pas de se produire si d’autres pays devaient suivre l’exemple britannique. Son soutien à Boris Johnson pour le Brexit est une aubaine dans son dessein d’affaiblir son principal concurrent commercial, l’Europe des 27 et surtout la zone euro.

Les sanctions commerciales entrées en vigueur ce matin (7,5 milliards de dollars de droits de douane notamment sur les avions, les vins français, les fromages italiens et les whiskys écossais), certes légitimées par l’Organisation Mondiale du Commerce, participent de ce bras de fer entre les deux côtés de l’Atlantique.

 Il est d’un cynisme sans limites. Emmanuel Macron a peut-être cru se mettre le grand Donald dans sa poche, à coup de folles embrassades et d’un dîner aux chandelles sur la Tour Eiffel. Aujourd’hui, Trump méprise le président français, affaibli par des crises intérieures, et ne veut pas de lui comme intermédiaire dans la crise iranienne comme il a tenté de le montrer pendant le G7 de Biarritz.

Plus spectaculaire encore est la détestation que le président américain voue à l’Allemagne, un pays dont son père est pourtant originaire. Sans nous livrer à une psychothérapie sans en avoir les compétences, on s’interroge sur les causes profondes de cette haine. Cette haine renvoie-t-elle à ses racines allemandes ?

De toute manière, surtout à l’égard de l’Europe, Donald Trump manie sans vergogne l’invective et la menace, allant jusqu’à déclarer que si la France et l’Allemagne ne rapatriaient pas leurs ressortissants enrôlés dans Daesh, les États-Unis les laisseraient regagner leurs « foutues frontières ». Ce chantage est gravissime, et pourtant, on se demande si la France, déjà en prise au terrorisme islamique, pourra faire autrement que d’y céder.

Toujours à propos de la guerre menée par la Turquie contre les Kurdes sur le territoire syrien, Donald Trump, tout en écrivant au président turc Erdogan pour lui demander de ne pas faire « l’idiot », déclare que ses anciens alliés kurdes « ne sont pas des anges », et que les Turcs et les Syriens auront « beaucoup de sable » pour « jouer là-bas ». Rappelons qu’il avait déjà reproché aux Kurdes de ne pas avoir aidé l’armée américaine lors du débarquement en Normandie en 1944 ! Faute de pouvoir explorer sa psyché, le moins qu’on puisse dire est que Donald Trump se comporte en traitre cynique et indigne des responsabilités internationales de la première puissance économique et militaire du monde. Indigne aussi du peuple américain et de son histoire.

Et pourtant, si une procédure d’impeachment engagée par les démocrates ne le force pas à quitter la Maison blanche (de toute façon, son vice-président, qui le remplacerait, est un républicain ultra qui ne changerait pas grand-chose à la politique trumpienne sinon d’introduire un peu de constance dans son conservatisme et son isolationnisme), Trump a de bonnes chances d’être réélu en 2020.

Son bilan économique est plutôt flatteur, même si un retournement de tendance ne peut être exclu. Le chômage est au plus bas, la croissance bat son plein, les salaires progressent, les impôts baissent… Que le peuple pourrait-il demander de plus ? Un peu de tenue et de morale, de considération pour les plus défavorisés, peut-être.

Revenons en Europe : vu du Vieux Continent, Donald Trump est un gamin capricieux dont la spontanéité traduit l’incompétence. Il est et demeure une erreur de casting, et n’aurait jamais dû entrer à la Maison blanche. En tant qu’Européen, il n’est pas notre allié, à défaut d’être notre ennemi. Mais il est peut-être aussi une chance pour l’Europe. Elle, comme tous ceux qui se croiraient protégés des États-Unis, savent qu’ils ne devront leur salut qu’à eux-mêmes, peut-être dans le cadre de nouvelles alliances. La défense européenne est aujourd’hui si embryonnaire qu’elle en est inconsistante. Elle demeure une utopie, alors que Donald Trump nous fait comprendre qu’elle est une nécessité.  

L’Europe ne doit pas seulement être militairement forte. Elle doit défendre ses valeurs, sa culture, son mode de vie, notamment vis-à-vis de l’Amérique (et ses GAFA) qui la méprise, une Chine (et ses BATX) qui voudrait l’écraser et quelques autres qui attendent que l’Union européenne s’effondre. En ce sens, il faudrait peut-être dire « Merci Donald » !

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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