Edito
17H31 - lundi 17 juin 2019

Et si la Coupe du monde de foot féminin était un sujet de philosophie ? L’édito de Michel Taube

 

Jour de Bac de philo et de match (et de maths) pour la France dans le Mondial de foot féminin… Certes, les commentaires de Wendie Renard ou de Delphine Cascarino (sans parler de la kyrielle de commentateurs sportifs) sur les performances de l’équipe de France de football féminin ne relèvent pas davantage de la philosophie que celles de Kylian Mbappé ou de Paul Pogba sur celles de l’équipe masculine. Pourtant, il est parfaitement possible de répondre positivement à la question : « La Coupe du monde de football féminin pourrait-elle être un sujet de philosophie ? » Voici pourquoi…

La question serait une plaisanterie si elle portait sur le pronostic sportif. Mais ce n’est pas le cas. On remarquera d’ailleurs qu’un philosophe contemporain, Alain Finkelkraut, a été interrogé sur le regard qu’il portait sur cette compétition et que sa réponse lui valut un torrent d’indignations, la pensée dominante étant non pas seulement qu’il faut soutenir l’équipe de France et souhaiter sa victoire, souhait presque unanimement partagé par les Français, mais qu’il faut se passionner pour l’épreuve, tout comme l’an dernier, il fallait pleurer la mort de Johnny Halliday pour pas se mettre en dehors de la communauté nationale. Après tout, nous sommes tous autorisés à n’aimer ni le foot, ni notre Johnny national (semble-t-il pas si national s’agissant d’optimisation fiscale). Je précise que l’auteur de ces lignes adore le foot (surtout Saint-Etienne) et aime bien Johnny Halliday.

Sauf que la Coupe du monde féminine prend une dimension supplémentaire parce que, précisément, elle est féminine, et que les femmes ont autant que les hommes le droit de jouer au football, d’être adulées, et sans doute de gagner autant que les hommes, comme cela est le cas dans le tennis. Sauf que pour atteindre ce dernier objectif, il leur faudra d’abord générer autant d’argent que leurs collègues masculins, ce qui hors des Etats-Unis, est loin d’être le cas. Il faut ici saluer le volontarisme et la vision autant business que sociétale de Jean-Michel Aulas qui a flairé avant tous les Français la révolution du sport féminin.

La Coupe du monde de football féminin est au moins un sujet de société et elle peut sans le moindre doute être abordée sous l’angle de la philosophie, dont l’une des définitions données par le dictionnaire de l’Académie française est « Recherche de la vérité, des principes et des fins de toutes choses ».

Le foot est partout, de tous les enjeux : féminisme, égalité entre femmes et hommes, incarnation du patriotisme, importance sociétale du sport, diplomatie sportive [hier soir François Hollande expliquait dans le très beau documentaire « C’était écrit » de Dominique Rouch et Karim Rissouli qu’il avait écourté sa visite d’Etat en Israël pour assister au fameux France – Ukraine le 19 novembre 2013 qui avait sonné la renaissance du foot français masculin], « opium du peuple » (du pain et des jeux), instrumentalisation et récupération politiques, rôle des médias dans la fabrication de l’événement…

Eugénie le Sommer ou Amandine Henri, dont le grand public ignorait le nom il y a encore deux semaines, seront peut-être bientôt des stars, riches et célèbres. Elles tireront vers le haut l’ensemble du football féminin, comme les élites de l’économie et des nouvelles technologies le font dans leur domaine, au plus grand bénéfice de toute l’économie française. 

Elles portent en même temps un combat : celui de l’égalité des conditions entre femmes et hommes. Combat français, combat mondial quand on constate avec effarement les reculs de droits que les femmes subissent dans le monde entier.

A n’en point douter le foot, c’est bien de la philo ! Et les femmes les nouvelles philosophes de l’égalité !

 

Michel Taube

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