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10H42 - mardi 21 juin 2016

Quand les objets s’éveilleront

mardi 21 juin 2016 - 10H42

Les objets connectés pourraient bien être le chaînon manquant de la quatrième révolution industrielle tant attendue. Les liaisons entre objets, la collecte et l’exploitation des données ouvrent d’immenses perspectives. L’Internet des Objets (IdO) fait presque déjà partie de notre présent.

Crédit photo : Wilgengebroed

Crédit photo : Wilgengebroed, Wikimedia Commons

 

L’Internet des Objets (aussi nommé IoT en anglais pour « Internet of Things ») fait le buzz. Que l’on évoque les technologies portables (wearbales), les objets de notre quotidien – voitures, autocuiseurs, machines à laver, réfrigérateurs, ampoules, compteurs, thermostats, valises, poubelles, médicaments –, sans oublier les machines-outils, flottes de véhicules, avions ou encore bâtiments… le phénomène de l’Internet des Objets est une formidable accélération de la numérisation de nos vies. Selon la récente étude Ericsson Mobility Report, sur les 28 milliards de terminaux mobiles en circulation en 2021, 16 milliards seront des objets connectés au-delà du traditionnel Smartphone, lui-même à l’avant-garde de cet Internet des Objets. On réalise ainsi que le réveil des objets connectés, capables d’interagir entre eux, nous fera entrer dans une nouvelle ère, celle du tout connecté avec sa promesse d’un monde enchanté où les objets seront censés nous obéir au doigt et à l’œil.

 

Passer du « M2M » au « M2S »

L’expression « Internet des Objets » n’est pas nouvelle. C’est Kevin Ashton, ingénieur technologies chez Procter & Gamble qui, en 1999, développa ce concept dans un article intitulé « Cet objet Internet des Objets ». Son intuition était simple : « Si nous possédions des ordinateurs ayant toutes les connaissances possibles sur les objets, utilisant les données qu’ils recueillent sans aucune aide de notre part, nous serions en mesure de suivre et comptabiliser chaque objet, réduisant nettement les déchets, pertes et coûts. Nous serions avertis lorsqu’un objet doit être remplacé, réparé ou rappelé, s’il est frais ou périmé. » Et de poursuivre : « Nous devons autonomiser les ordinateurs en leur procurant leurs propres moyens de recueil des informations afin qu’ils puissent voir, entendre et sentir par eux-mêmes le monde dans toute sa magnificence aléatoire. » Bien qu’énoncés il y a dix-sept ans, ces principes demeurent, sauf qu’aujourd’hui l’Internet des Objets est une réalité qui représente pour les entreprises des opportunités nouvelles saisissantes. C’était tout le propos de Michael Porter, enseignant à Harvard et de visite à Paris le 19 mai dernier. Étudiant comment ces objets connectés transforment les entreprises, sa démonstration s’appuie sur l’idée que les produits intelligents connectés forceront les entreprises à redéfinir leur nature et leur stratégie du fait qu’elles ont désormais à disposition une masse de données qui ne pourra que créer un supplément de valeur.

 

Avec le développement de l’Internet des Objets, nous passons du « Machine to Machine » (M2M) au « Machine to Services » (M2S). En clair, il ne s’agit plus seulement de connecter des machines entre elles mais de créer de nouveaux liens entre les machines et les personnes. Pour les entreprises, le service et la relation à l’utilisateur s’en trouvent radicalement transformés : les données révélées par les objets connectés génèrent une foule d’informations permettant aux entreprises, aux clients et aux partenaires d’optimiser les performances des produits tout en recueillant de précieuses informations sur le consommateur. De là, un nouveau lien commercial direct et permanent qu’il est possible de nouer avec sa communauté de clients. L’Internet des Objets permet à toutes les entreprises d’enrichir et transformer leur business model en passant du stade « Je ne suis qu’un vendeur de produits » à celui « Je complète mon offre en proposant à mes clients de nouveaux services centrés sur l’usage ». Ainsi, le simple fait d’équiper toute une foule d’objets de puces et systèmes d’information pour ensuite les connecter aux réseaux Internet a pour conséquence de modifier en  profondeur la stratégie des entreprises. Vu l’immense potentiel de développement des objets intelligents connectés, pas étonnant que la France, comme tous les grands pays industrialisés, ait décidé d’en faire un axe prioritaire de sa politique industrielle.

 

Des usages infinis

Nous ne sommes qu’au début de cette révolution des objets connectés du fait qu’au moins six facteurs vont permettre d’accélérer leur développement : l’explosion de la connectivité (est-il besoin de rappeler qu’il y a aujourd’hui environ 2 milliards de connexions en 3G et 500 millions en 4G ; en 2020, selon les estimations, leur nombre devrait être de l’ordre de 4 et 3 milliards, sans parler de la 5G attendue à partir de 2019), l’accroissement de la puissance de calcul des processeurs, la miniaturisation des technologies, le développement du Cloud, la forte diminution du coût des capteurs et enfin les progrès de l’intelligence artificielle.  

 

Que ce soit pour le grand public ou pour les entreprises, les opportunités concernent presque tous les secteurs. Citons notamment l’automobile et l’assurance où la pose de capteurs permettra non seulement de connaître en temps réel l’état du véhicule mais de moduler la prime d’assurance en fonction de la conduite. Transmises à l’assureur, ces données lui permettront de recalculer votre prime en fonction de vos éventuels écarts. Citons également l’immobilier où des objets « intelligents » existent déjà (thermostats intelligents, détecteurs de présence actionnant des fonctions : ajustement de la lumière et des stores, etc.) Mais la véritable valeur de l’Internet des Objets se manifestera lorsque tous ces dispositifs connectés et l’ensemble des objets domestiques communiqueront entre eux. Ainsi, par exemple, le thermostat connecté d’une maison enregistrera la température extérieure et communiquera ces données au système de garde-robe qui suggérera l’habillement approprié du jour. Dans d’autres secteurs, banque, aéronautique, santé, distribution, énergie, alimentation… les champs des possibles de ces objets connectés sont presque infinis.

 

Sous surveillance permanente

Face à ces milliards de capteurs qui recueillent en permanence des données sur leur environnement, la question de la protection de la vie privée prend évidemment une place centrale. L’enjeu Big Data issu des objets connectés est connu : si cette somme de données peut certes rendre les usages numériques plus simples et accessibles, cette gigantesque collecte d’informations de toute nature peut, dans le même temps, nous réduire en consommateurs compulsifs ou en citoyens sous surveillance permanente. Lorsque nous serons cernés par les objets connectés, la phase ultime de la numérisation sera alors de faire jouer au corps le rôle de support. Science-fiction ? Une start-up canadienne teste actuellement le principe d’implanter sous la peau une puce d’identification sans contact permettant par exemple de déverrouiller une serrure ou un ordinateur. Puce sous la peau, tatouage électronique… nous pourrions nous-mêmes devenir de purs « objets » certes intelligents mais hyperconnectés et sous contrôle. Nous vivons le commencement d’un commencement…

 

Philippe BOYER est l’auteur du livre, Ville connectée = vies transformées – Notre prochaine utopie ? éditions Kawa

Emoji première langue

Twittosphère, geeker, troller, fablab ou encore émoji font leur entrée dans l’édition 2017 des dictionnaires Robert et Larousse. Né au Japon avec l’avènement des Smartphones, le phénomène « emoji » est désormais mondial. Bien…